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Accord UE-Turquie : les premières expulsions de réfugiés ont eu lieu


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Accord UE-Turquie : les premières expulsions de réfugiés ont eu lieu

L’accord sur les réfugiés signé entre l’UE et la Turquie est entré en vigueur dimanche 20 mars, en dépit des inquiétudes des ONG et des Nations-Unies sur sa légalité.

L’accord définit les moyens de bloquer la route de la mer Égée aux réfugiés et aux trafiquants, entre la Turquie et la Grèce.

La principale préoccupation c’est que les demandeurs d’asile légitimes puissent être considérés et traités comme des migrants illégaux et renvoyés en Turquie, la Grèce n’ayant ni les installations ni les infrastructures pour traiter les demandes d’asile avec les garanties nécessaires. Le spectre d’une déportation de masse, forcée, est aussi une grande inquiétude.

Les premiers transferts ont eu lieu à la date prévue

Ces transferts ont commencé à la date prévue, considérée initialement comme irréaliste

Tôt le lundi 4 avril au matin, deux bateaux battant pavillon turc sont arrivés en Turquie. A leur bord, 131 migrants expulsés dans le cadre de l’accord. En provenance de l‘île grecque de Lesbos, ils sont arrivés au port de Dikili, escortés par un hélicoptère de la police et deux embarcations des gardes-côtes, selon Reuters.

Côté grec, un responsable garde-côte de l‘île de Chios a annoncé que 66 personnes, en majorité des Afghans, allaient aussi être renvoyées sur un troisième bateau ce même jour.

En parallèle, la Commission européenne a annoncé les premières relocalisations de Syriens en Europe, toujours dans le cadre de l’accord. Trente-deux se dirigent vers l’Allemagne, onze vers la Finlande, et des arrivées aux Pays-Bas sont aussi attendues.

Que dit le texte ?

La déclaration signée par les pays membres de l’UE et leurs homologues turcs à Bruxelles le 18 mars, vise à “briser le business model des passeurs” pour offrir aux migrants “une alternative à la mise en danger de leur vie”.

  • Tous les nouveaux migrants en situation irrégulière qui traversent de la Turquie aux îles grecques seront renvoyés en Turquie à partir du 20 mars.

L’UE prendra les coûts en charge. Le reste du chapitre promet de se conformer aux lois internationales sur les réfugiés en évitant les retours collectifs. Il se présente comme une “mesure extraordinaire pour mettre fin à la souffrance humaine et rétablir l’ordre public”.

  • Pour tout Syrien renvoyé en Turquie depuis la Grèce, un autre Syrien sera réinstallé depuis la Turquie sur le territoire de l’UE. Les réinstallations dans l’UE sont censées se conformer aux critères de vulnérabilité des Nations-Unies.

Les membres de l’UE disent qu’il y a 18.000 places de réinstallation disponibles et un supplément de 54.000 places sur la base du volontariat.
Mais un premier couac vient d’intervenir : après les attentats de Bruxelles, la Pologne annonce aujourd’hui qu’elle refuse désormais d’accueillir des migrants.

  • La Turquie s’est engagée à empêcher la création de nouvelles routes maritimes ou terrestres pour la migration illégale.
  • La feuille de route de la libéralisation des visas sera “accélérée” pour intervenir “au plus tard” fin juin 2016.
  • L’UE va accélérer le paiement des 3 milliards d’euros déjà alloués à la Turquie et mobiliser un financement supplémentaire de 3 milliards d’euros. Le deuxième financement doit être mis à disposition d’ici 2018.
  • L’UE et la Turquie s’engagent à re-dynamiser le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE.
  • L’UE et la Turquie s’engagent à travailler ensemble pour améliorer les conditions humanitaires en Syrie.
    Ils envisagent la possibilité d’une “zone tampon plus sûre” dans les zones proches de la frontière turque pour accueillir les réfugiés et améliorer les conditions de vie des populations locales.

Quelles sont les critiques sur l’accord ?

Une réaction rapide et spectaculaire est venu du HCR.

L’organisme des Nations-Unies pour les réfugiés a décidé de “redéfinir son rôle”, ce qui signifie qu’il gardera la surveillance, mais ne va pas aider. “Le HCR n’est pas associé à l’accord UE-Turquie, ni n’est impliqué dans les renvois ou la détention”, a déclaré le 22 mars la porte-parole Melissa Fleming.

Médecins Sans Frontières, la Croix-Rouge internationale et Save the Children ont retiré leur coopération , ils décrivent comme “centres de détention” les endroits où les migrants sont logés.

Nils Muižnieks, commissaire du Conseil de l’Europe pour les droits de l’Homme, écrit sur www.euractiv.com que l’accord soulève des «graves préoccupations” du point de vue des droits humains.

Tout en admettant que l’accord comprend “quelques” garanties juridiques, il considère que c’est juste “un pansement pour boucher les trous dans l’approche très dysfonctionnelle des Etats européens vis à vis de la migration”.

Certains pensent même que l’accord va améliorer la vie des passeurs : plus les barrières seront difficiles à passer, plus ils tireront d’avantages au trafic d‘êtres humains.

Le ministère égyptien des Affaires étrangères a également critiqué l’accord

Le 22 septembre dernier l’UE avait adopté un accord sur la répartition de 120.000 migrants. La Slovaquie, la Roumanie, la Hongrie et la République tchèque avaient voté contre, tandis que la Pologne, gouvernée à l‘époque par les centristes, ( aujourd’hui conservateur et eurosceptique) avait voté pour.

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