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"Panama papers" vue de l'intérieur : un an d'enquêtes menées par 370 journalistes


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"Panama papers" vue de l'intérieur : un an d'enquêtes menées par 370 journalistes

“Panama Papers”, c’est désormais le nom du plus grand scandale financier jamais révélé. C’est une fuite de plus de 11 millions et demi de documents provenant d’une source interne anonyme du cabinet d’avocat panaméen Mossack Fonseca.

C’est la mise à jour de 214 000 sociétés offshore dispersées dans 21 paradis fiscaux, liées à 14 000 banques et intermédiaires et une liste de 140 noms de politiciens et personnages publics…

C’est une enquête journalistique qui a duré un an.

Les fichiers ont été analysés par l’ICIJ, le Consortium international de journalistes d’investigation, par le journal allemand Süddeutsche Zeitung et une centaine d’autres médias partenaires, au total 370 journalistes de 76 pays.

Ces documents couvrent une période de près de 40 ans, de 1977 à décembre 2015.

Le rôle de l’ICIJ, entretien

Stefan Grobe, correspondant d’euronews, à Washington a rencontré Marina Walker Guevara, directrice adjointe du Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ), entretien :

En tant que directrice adjointe, quel a été votre rôle dans cette enquête ?

Marina Walker Guevara :
“J‘étais directrice du projet, j’ai, disons, endossé le rôle du chef d’orchestre dans cette énorme enquête qui a nécessité beaucoup de travail de coordination entre différentes cultures, différents fuseaux horaires, tout un travail journalistique de fond.

En fait, nous avons réalisé que le seul moyen de gérer autant de données était d’essayer d’avoir autant de partenaires locaux que possible à travers le monde pour vraiment exploiter les informations, trouver les connections. Ce sont ces journalistes qui savent ce qui importe dans quelle juridiction.

Et ça valait la peine, ça valait le stress enduré et le risque contrôlé que nous avons pris en partageant ces informations avec autant de journalistes dans le monde.”

Parlons de l’enquête, elle a duré un an, et rien n’a fuité. Comment avez-vous fait ?

Marina Walker Guevara :
“L’avantage de l’ICIJ, c’est que nous sommes un réseau pré-établi de journalistes. Nous nous connaissons les uns les autres, nous avons travaillé ensemble sur l’affaire Swissleaks, le secret bancaire suisse, sur LuxLeaks et les pratiques fiscales du Luxembourg, et dans beaucoup d’autres enquêtes.

Nous nous faisons confiance et nous savions tous que si l’un de nous révélait l’affaire en cours sans l’accord des autres, cette personne-là ne travaillerait plus jamais avec le consortium et perdrait gros.

En outre, si l’ICIJ avait sorti l’affaire seul, ou si le Süddeutsche Zeitung en Allemagne l’avait fait, l’impact aurait été dix fois moins important que si l’on publie simultanément de la Chine au Chili, et c’est ce qui s’est passé au final… “

Avez-vous eu une quelconque réaction ou demande de gouvernements cherchant de l’aide pour poursuivre des criminels ?

Marina Walker Guevara :
“Nous entendons souvent parler des gouvernements peu de temps après les révélations. Ils nous disent : nous voulons coopérer et nous voulons avoir accès à vos documents pour pouvoir faire notre travail. Et habituellement, toujours même, nous leur répondons : non merci.

Nous estimons que nous ne sommes pas un prolongement de gouvernement.

Nous croyons que les gouvernements ont leurs propres ressources et qu’ils devraient enquêter de manière très agressive dans le domaine des paradis fiscaux.

Certains d’entre eux ne le font pas souvent. Partout dans le monde, certains ont des intérêts particuliers. C’est une question vraiment difficile. Notre mission est d‘être aussi indépendant et aussi agressif que possible dans la recherche de la vérité, c’est notre travail de journaliste d’investigation.”

De grandes banques internationales jouent un rôle essentiel dans ces systèmes offshore. Certaines ont simplement déclaré que les faits dévoilés étaient anciens. Comment réagissez-vous à cela ?

Marina Walker Guevara :
“Nous avons pu constater que des banques ont encore créé des sociétés offshores récemment, en 2015. Donc bon, mais oui, il est vrai qu’après la poursuite de la justice américaine contre différentes banques, suisses notamment, il y a eu une diminution d’enregistrement de compagnies offshore, au moins pour Mosseck Fonseca.

Mais nous avons aussi constaté qu’ils avaient changé leur méthodologie, et ce qu’ils ont fait dans certains cas, c’est qu’ils ont permis à des intermédiaires comme Mossack Fonseca et bien d’autres cabinets d’avocats à travers le monde, de prendre en charge une partie du travail, pour éviter de s’impliquer directement en n’aidant plus les clients à monter des sociétés offshores, alors que ces banques continuent simplement à abriter les comptes bancaires de ces sociétés.

Certaines banques ont aussi pris des mesures plus agressives, je pense qu’en général, elles posent plus de questions, plus dures, qu’elles sont plus diligentes, plus sérieuses concernant ce problème, mais je ne pense pas qu’elles ont complètement coupé les liens avec le système offshore. Ce serait pratiquement impossible pour elles, parce que nombreux sont les clients qui recherchent le secret.”

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