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L'Espagne en finira-t-elle vraiment avec la sieste ?


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L'Espagne en finira-t-elle vraiment avec la sieste ?

Quand le conservateur Mariano Rajoy, chef du gouvernement en exercice, a annoncé sa volonté d’abandonner la journée de travail traditionnelle, longue et tardive, en sacrifiant la fameuse sieste espagnole, tout le monde a cru à un canular. Et pourtant, stéréotypes à part, la question de la productivité et du rythme de travail sont des sujets de débats très sérieux en Espagne.

Combien d’Espagnols font la sieste tous les jours ?

Selon un sondage qui date de 2009, ils sont près de 7,4 millions à faire la sieste quotidiennement. Cela représente 16,2% de la population. Mais près de six personnes sur dix disent ne jamais faire la sieste pendant la journée, et 3% reconnaissent en faire une durant le week-end.

Le journal El Pais a expliqué sur son blog Verne que même le service national des statistiques, interrogé par The New York Times en 2014, a dû préciser que la sieste de trois heures n’était rien d’autre qu’un cliché. En général, les quelques études disponibles sur la question révèlent une baisse de cette pratique largement reconnue comme bénéfique pour la santé.

Pourquoi l’Espagne se trouve-t-elle dans le fuseau horaire central-européen ?

C’est le général Franco qui l’a décidé, conjointement avec les autorités portugaises, pendant la Seconde guerre mondiale, afin de s’aligner sur le fuseau horaire en vigueur en Allemagne hitlérienne. Après la défaite d’Hitler, les Portugais sont revenus discrètement à l’heure de Greenwich mais Franco a décidé de maintenir l’Espagne dans le fuseau centre-européen. Par conséquent, en particulier après le passage à l’heure d’été, l’Espagne se retrouve en avance de deux heures par rapport à son temps solaire. Par conséquent, le soleil se lève et se couche plus tard.

Mais le fuseau horaire n’explique pas à lui seul le rythme de vie des Espagnols. Certains soutiennent que leurs habitudes à prendre le petit-déjeuner très tôt le matin mais le déjeuner, ainsi que le dîner, tard (respectivement vers 14h30 et vers 22h00) sont dues à la pauvreté survenue dans le pays après la guerre civile. Cette dernière aurait poussé les gens à prendre des emplois supplémentaires pour survivre.

Les horaires de travail varient, mais une journée-type commence en Espagne à 9h00 et se termine à 19h00, avec une pause de déjeuner de deux heures. La sieste n’est possible que pour quelques chanceux qui disposent d’un endroit pour le faire. La plupart des gens … patientent. Ainsi, on est forcé de reconnaître que la journée espagnole est totalement décalée par rapport au reste du monde.

Quelles conséquences pour la productivité ?

Etant donné que la majorité des Espagnols est d’accord sur le fait que le rythme de travail dans leur pays est pénible, l’annonce faite par Mariano Rajoy de vouloir le modifier et de changer le fuseau horaire n’a pas déclenché d’avalanche d’articles vantant les bénéfices de la sieste.

En revanche, la presse a plutôt mis l’accent sur l’amélioration de la qualité de vie, la santé et la vie de famille. Les journées de travail en Espagne sont plus longues que celles effectuées dans les pays voisins mais la productivité y est plus faible. Et oui, tout le monde trouve cela ennuyeux de passer 12-14 heures par jour “au travail” pour obtenir environ huit heures et demi de travail effectif.

En 2013, une commission parlementaire a recommandé au gouvernement le retour à l’heure de Greenwich pour améliorer l’équilibre entre le travail et la vie de famille. Il existe même une “Commission de rationalisation des heures de travail”, qui prône ces changements depuis 2003.

Ce n’est que maintenant que leurs revendications sont prises au sérieux.

Est-ce la fin de la sieste ?

Cela pourrait être le début d’une organisation de la vie quotidienne plus rationnelle, mais jamais la fin de la sieste.

Avez-vous déjà essayé de travailler à Séville en août entre midi et 18 heures, avec 45°C ? Eh bien, n’essayez pas ! Faites une sieste à la place !

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