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Panama Papers: Cameron dans la tourmente


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Panama Papers: Cameron dans la tourmente

David Cameron a admis avoir détenu des parts dans une société offshore située au Bahamas appartenant à son père, Ian Cameron .
Le premier ministre a expliqué les avoir revendues en 2010, pour 30 000 livres soit 37 000 euros avant d‘être premier ministre au mois de mai.
Jusqu’ici rien d’illégal, puisque selon lui il aurait payé des taxes dessus.

Alors, “faute” avouée, à moitié pardonnée ?Dans les rues de Londres la pillule a tout de même du mal à passer.

Un londonien croisé vendredi matin:_“Je n’aimerais pas être à sa place. Il devrait partir. Avec tout ce qu’il a fait aux médecins, aux policiers et à tout le monde.
David, tu dois partir !”_

Difficile de comprendre comment un représentant politique a-t-il pu pratiquer l’optimisation fiscale alors même qu’ils prêchent l’austérité budgétaire ?
Selon un sondage YouGov publié vendredi David Cameron est à son plus bas niveau de popularité depuis 3 ans. Seulement 34% des personnes interrogées ont une opinion favorable de son action.

Joe Churcher travaille pour l’agence de presse Press Association, il est rédacteur en chef Politique. Il analyse pour Euronews les conséquences politiques de l’aveu de Cameron.

Euronews: Le gouvernement britannique s’est positionné à l‘échelle mondiale comme un champion de la transparence fiscale. Comment évaluer la façon dont David Cameron a mené ce dossier?

Joe Churcher:
C’est exactement le problème, il s’est présenté comme le champion. Il s’est mis lui même dans cette situation de croisade pour la transparence dans les paradis fiscaux et il a publiquement critiqué les célébrités qui pratiquent l’optimisation fiscale. Il a jugé cela “immoral”. Pour toutes ces raisons il était important pour lui de ne pas être associé avec ces affaires. Il dit, et il a peut-être raison, que ce fonds géré par son père n’avait pour objectif d‘échapper à l’impôt et qu’il a payé ce qu’il devait. Mais être associé d’une façon ou d’une autre à un fonds créé dans un paradis fiscal qui implique ou qui emploie des méthodes qui ont été interdites par la suite dans plusieurs pays à cause du secret qu’elles devaient apporter c’est un dommage en soit. Ensuite ne pas vouloir répondre clairement, tout du moins au début, sur son degré d’implication dans ce montage, c’est un but contre son camp qui pourrait se révéler très destructeur.

Euronews: Il faut peut-être souligner que l’on parle d’optimisation fiscale, qui n’est pas illégale, au contraire de l‘évasion fiscale. Il y a de nombreuses rumeurs autour de Westminster sur un remplacement de David Cameron. Pensez que ce scandale peut avoir un impact sur son autorité? Va-t-il devoir démissionner?

Joe Churcher:
Je ne le pense pas. Il y des personnalités, des personnalités de l’arrière-ban, qui demandent sa démission. Mais je pense que les grands partis n’iront pas jusque là. Comme vous l’avez dit, l’optimisation fiscale en soit n’est pas illégale. Donc David Cameron n’a rien fait de répréhensible en ce sens. C’est plus une question de perception, comment il veut se positionner sur d’autres dossiers. Je pense qu’il y a des implications intéressantes. Est-ce que cela va accélérer son départ? David Cameron a dit qu’il partirait avant les prochaines élections. Il ira jusqu’aux prochaines élections mais pas comme leader. Est-ce que cela va accélérer son départ? Cela se pourrait s’il ressent le besoin de sortir de cette situation. L’autre implication que je trouve intéressante c’est sa volonté affichée de publier ses déclarations fiscales et d‘être transparent là-dessus. C’est un point qu’il pense être fondamental comme Premier ministre et que tous les Premiers ministres potentiels devraient faire. J’imagine qu’il pense aux dirigeants de l’opposition. Mais c’est un point sur lequel ceux qui veulent lui succéder vont devoir réfléchir.

Euronews:Il y a aussi ce référendum en juin sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne. Le Premier ministre voulait consacrer cette semaine à ce sujet, dire aux Britanniques: faites moi confiance. Nous devons rester dans l’Union car c’est mieux pour le Royaume-Uni. Est-ce que cela va avoir un impact sur le vote des électeurs?

Joe Churcher: Potentiellement cela se pourrait. Il y a sûrement des inquiétudes en coulisse à ce propos. Je pense que le camp du maintien, le camp qui veut que le Royaume-Uni reste dans l’Union lors du référendum du 23 juin, voit comme un facteur important que le Premier ministre disent aux électeurs qu’ils souhaite que le Royaume-Uni reste membre de l’Union. Et des questions, comme celles de la vente par l’entreprise Tata des aciéries de Port Talbot au Pays de Galles ou les allocations aux personnes handicapées, des sujets comme cela pourraient affaiblir la confiance des électeurs à l‘égard du Premier ministre et ils pourraient alors chercher à le sanctionner et utiliser le référendum pour dire “nous ne voulons plus de vous ou de votre gouvernement” et voter alors dans une autre direction.

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