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Interview de Rosen Plevneliev, président bulgare


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Interview de Rosen Plevneliev, président bulgare

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La Bulgarie est en première ligne sur le front de la crise migratoire européenne. Il y a plus de 12 ans le pays a rejoint l’OTAN puis l’Union Européenne, malgré sa longue alliance avec la Russie. Le pays a vivement critiqué les actions russes en Ukraine.

Lors d’une visite récente à Kiev, le président bulgare Rosen Plevneliev a été nommé “personnalité de l’année”. Aujourd’hui il est notre invité dans The Global Conversation à Sofia.

Andrei Beketov, Euronews:“Monsieur le Président, merci de répondre aux questions d’Euronews. Ce prix vous a été remis pour votre contribution à la défense de l’intégrité et de la souveraineté de l’Ukraine. Pourtant, la Russie continue d’occuper la Crimée, et il entrave l’intégration de l’Ukraine avec l’Union Européenne.”

Rosen Plevneliev, président bulgare:“Bien sûr, je m’inquiète du comportement de la Russie, pas seulement en Ukraine, mais en général. Nous voyons la Russie qui nous dit avoir l’ambition d’une puissance mondiale, avec des sphères d’intérêt qui doivent être respectés. Mais je pense que c’est une politique très mauvaise qui doit rester celle du 19ème siècle. Les nations ne peuvent pas être fortes grâce à leur armée et leur arme nucléaire. Au 21ème siècle les nations doivent être solides avec le succès du peuple.”

Andrei Beketov: Les lauréats précédents étaient le Pape Jean-Paul II, les présidents de la Pologne, de la Géorgie (Saakachvili) et de la Lituanie (Gribauskaite), un ancien chef de l’OTAN, et le sénateur américain John McCain . Comment réagissez-vous en faisant partie d’un tel groupe?”

Rosen Plevneliev:“Je veux être l’ami de tout le monde. Et je veux être un ami de la Russie. J’adore Tchaïkovski et sa musique, et j’aime Dostoïevski et ses écrits. J’adore la culture russe. Nous aimons le peuple russe. Mais nous ne pouvons accepter – en tant que démocraties – lorsque le Kremlin viole le droit et l’ordre international. Nous ne pouvons pas prolonger les conflits gelés.”


Biography: Rosen Plevneliev

  • Rosen Plevneliev est né le 14 mai 1964 dans la ville de Gotse Delchev
  • Il a étudié et est diplômé de l’Université technique de Sofia comme ingénieur en informatique
  • Entre 1990 et 1998, il a été fondateur de CEO et IRIS International LTD, et a géré plus de 80 projets de construction en Allemagne
  • ll a été nommé ministre du Développement régional et des Travaux publics après les élections législatives bulgares, tenue en juillet 2009
  • Plevneliev a été élu président de la République de Bulgarie avec les élections d’octobre 2011
  • Il est le quatrième président bulgare démocratiquement élu, son investiture a lieu le 22 janvier 2012

Andrei Beketov:“La Russie était un marché très important pour la Bulgarie. Mais depuis l’embargo en réponse aux sanctions de l’Union Européenne, quelles sont les pertes pour vous?”

Rosen Plevneliev:“Eh bien, nous avons des pertes importantes. Il suffit de regarder notre agriculture, ou le tourisme. La Bulgarie souffre de ces sanctions. Mais lorsque nous devons prendre des décisions politiques audacieuses pour l’avenir, l’argent n’est pas un facteur déterminant.”

Andrei Beketov: Que pensez-vous de la sécurité énergétique?”

Rosen Plevneliev:“Nous dépendons des livraisons de gaz russe depuis trop longtemps. Et nous travaillons sur de nouvelles solutions. Nous attendons l’achèvement de l’interconnexion de gaz entre la Bulgarie et la Roumanie. Nous avons convenu un accord avec la Grèce pour le démarrage d’un interconnecteur de gaz. L’un des moteurs essentiels aujourd’hui d’intégration, c’est bien l’union européenne de l‘énergie.”

Andrei Beketov:“Ce prix que vous avez reçu portait aussi sur “le respect des valeurs européennes”. Par solidarité, et par humanité, la Bulgarie va t-elle respecter les quotas de migrants en fonction des quotas de l’UE pourrait imposer?”

Rosen Plevneliev:“Oui, nous sommes d’accord pour une répartition des migrants, et nous allons les accueillir. Et oui, nous contribuerons à une solution européenne commune.”

Andrei Beketov:“L’ONG Human Rights Watch a dénoncé des refoulements, des abus aux frontières, des passages à tabac de demandeurs d’asile…”

Rosen Plevneliev:“S’il y a de telles exactions, signalées par l’ONG ou par les Nations Unies, les institutions bulgares prendront chacune d’elles très au sérieux.”

Andrei Beketov:“Êtes-vous pour l’accord de l’Union Européenne avec la Turquie qui prévoit l’accélération du processus d’adhésion et de la libéralisation des visas pour la Turquie?”

Rosen Plevneliev:“Vous ne pouvez pas garantir la sécurité si vous vous enfermez dans un château avec de grands murs, et que vous n‘êtes pas intéressé par ce qu’il se passe autour de vous. Ceci est une très mauvaise stratégie.”

Andrei Beketov:“Mais pourtant, vous construisez ou reconstruisez la clôture de barbelés le long de la frontière avec la Turquie…”

Rosen Plevneliev:“La Bulgarie construit un équipement temporaire, une clôture provisoire, pour des objectifs temporaires.”

Andrei Beketov:“Est-il logique selon vous de rejoindre l’espace Schengen alors que ces mesures temporaires existent?”

Rosen Plevneliev:“Je suis contre la construction de murs entre les Etats membres européens. Schengen, c’est le rêve de 500 millions d’Européens de voyager sans frontières.”

Andrei Beketov:“Les migrants pourraient être aussi découragés par la situation interne de la Bulgarie. Vous êtes le pays le plus pauvre de l’Union Européenne. Et la Commission ne cesse de dénoncer la corruption du pays, et la lenteur des progrès dans la lutte contre le crime organisé.”

Rosen Plevneliev:“La Bulgarie a fait des progrès remarquables. Si vous regardez par exemple le PIB par habitant, il y a 15 ans en Bulgarie, il était de 27 % par rapport à la moyenne (européenne). C‘était le plus faible. Mais aujourd’hui, nous avons 47 %.”

Andrei Beketov:“Et pourtant les habitants partent…”

Rosen Plevneliev:“Je ne peux pas arrêter mon peuple, ils sont libres. Et ils contribuent également à leur patrie. Nous gardons un contact très fort avec eux. Le pays se développe, il se modernise. Avec ce que nous faisons maintenant, ils reviendront.”

Andrei Beketov:“Les Bulgares et d’autres Européens de l’Est sont traités différemment par rapport à la population locale dans des pays comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne…”

Rosen Plevneliev:“Les divisions peuvent prendre plusieurs formes. La crise des migrants est sur ​​le point de diviser l’Union européenne entre l’Ouest et l’Est. Il y a les pays occidentaux qui disent “nous sommes de grandes démocraties et nous ne pouvons pas être d’accord avec les pays de la partie orientale qui ne veulent pas accueillir des réfugiés”. De l’autre côté , si vous regardez la dette et la crise économique, les Etats membres européens pourraient se diviser entre le nord et le sud. Mais peu importe les divisions dont nous parlons, la plus grande crise qui va nous détruire pourrait être la crise morale, le manque de solidarité au sein de l’Union Européenne , le fait d’oublier qui nous sommes, la crise des leçons non tirées de l’histoire.”

Andrei Beketov:“Compte-tenu de toutes ces crises, est-ce que vous conseillez à l’Ukraine de poursuivre son adhésion?”

Rosen Plevneliev:“Je suis sûr que tôt ou tard cela va se passer. L’intégration européenne est votre propre processus de modernisation, pour rétablir l‘État de droit, pour lutter contre la corruption, pour créer des institutions qui servent les gens et non les oligarques. Voilà ce que j’aimerais voir en Ukraine.”

Andrei Beketov:“Il n’y a aucune possibilité pour que la Bulgarie revienne un jour à la Russie, si sa force dans l’Union européenne venait à diminuer?”

Rosen Plevneliev:“J’ai vécu pendant 25 ans sous le communisme. Et je sais ce que c’est de ne pas être membre de l’Union européenne. Je sais ce que c’est d‘être seul. Ou ce que c’est d‘être le subordonné d’une puissance mondiale comme l’Union soviétique. Je ne veux pas que cela se reproduise. Je veux que la Bulgarie soit fière d‘être dans l’Union européenne. C’est le seul moyen pour nous de garantir notre prospérité et notre sécurité.”

Andrei Beketov:“Monsieur le Président, merci pour cette interview pour Euronews.”

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