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Coup d'oeil sur la programmation de Nuits Sonores 2016

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Coup d'oeil sur la programmation de Nuits Sonores 2016

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‘French Kiss’

La programmation de Nuits Sonores 2016 (du 4 au8 mai) s’ouvre à une géographie musicale large : des ‘beats’ initiatiques de la house de Chicago jusqu’au rythmes du coeur de l’Afrique, en passant par Berlin et Vienne en Europe. Eclairage sur cette quatorzième édition du festival de musiques électroniques lyonnais qui fait plus que jamais honneur au tube jouissif ‘French Kiss’.

Chicago old school

En 1987 à Chicago, Marvin Louis Burns, dit Lil’ Louis, publie ‘French Kiss’, le morceau le plus vendu de l’histoire de la dance music. Ses boucles électroniques répétitives qui finissent par s’emmêler avec les soupirs lascifs de Shawn Christopher sont fondatrices de la house. C’est à cette époque, le milieu des années quatre-vingt, qu’ont été jetées les bases de l‘électro, désormais déclinées à l’infini.

C’est pour cela qu’assister au DJ set de Lil’ Louis le samedi 7 mai, à l’Ancien marché de gros, dont la scène sera entièrement dédié à la house, sera un événement. A 53 ans, qui sait s’il ne nous fera pas revenir aux sources de la house pour jouer ce qui a pu être perdu sur le chemin des productions actuelles.

Et il ne sera pas seul. Un autre vétéran de Chicago, Robert Owens et sa voix androgyne, sera présent dans le circuit des clubs le jeudi soir au DV1 pour nous rappeler sa collaboration avec Larry Heard en 1988 dans le projet Fingers Inc. Terrence Parker, né à Detroit, sera aussi de la partie et s’arbitrera, six heures durant, derrière les platines de La Plateforme pour montrer son savoir-faire de pionnier de la deep house.

Chicago new school

La nouvelle génération de Chicago est représentée par Seth Troxler, dorénavant installé à Londres. Il est l’un des trois curateurs pour le circuit jour des Nuits Sonores. Le samedi, il mixera à six mains à la Sucrière en compagnie des Martínez Brothers, duo de frères venus du Bronx et qui donne une nouvelle jeunesse au passé garage de leur père. Il a aussi choisi de présenter en live Kate Simko & Tevo Howard aka PolyRhythmic et Seven Davis Jr de Chicago ainsi que le canadien Mathew Jonson et la nouvelle sensation anglaise de Fort Romeau.

C’est un allemand de Stuttgart, basé à Amsterdam, Motor City Drum Ensemble (Danillo Plessow) qui joue le rôle de curateur le jeudi. Il a choisi d’inviter Sadar Bahar, DJ vétéran de Chicago et la plus jeune The Black Madonna. Il les fera accompagner de deux célébrités : le chanteur new-yorkais soul et funk des années soixante-dix Leroy Burgess et le batteur nigérian, inventeur avec Fela Kuti de l’afro-beat, Tony Allen. Deux lives à ne pas rater dans une édition dans laquelle la proportion concerts-sets DJ est plus équilibrée que jamais.

Berlin

Malgré cette large place laissée à l’Amérique du Nord, le plus fort de la programmation vient bien d’Allemagne et d’Autriche : le C/O Pop de Cologne et l’Elevate de Granz sont, en effet, les deux festivals invités parmi le réseau de huit festivals européens We Are Europe.
Berlin, plus précisément, est la ville la plus représentée en terme de musiciens. La tête d’affiche pour le parcours “nuit” du vendredi est le trio Moderat (Modeselektor + Apparat), qui présentera son nouveau album ‘III’ illustrés par les visuels de Pfadfinderei.

D’autres figures berlinoises de l’avant-garde électronique sont au programme : Pantha du Prince (Hendrik Weber) s’associe à son ami Scott Mou et au batteur norvégien Bendik Hovik Kjeldsberg pour le projet The Triad qui sort en avril un disque psychédélique. Ils joueront le mercredi soir aux côtés de la bruiteuse Paula Temple et des djs Dixon et Rodhad.

De Cologne, arrive le boss du réputé label Kompact, Michael Mayer qui officiera à la soirée d’inauguration, le mercredi, au Sucre, partageant la scène avec les viennois Zanshin et Ogris Debris du label Affine.

Le trio Elektro Guzzi arrive lui de Vienne et jouera sa techno organique le vendredi, juste après le nouveau projet expérimental de l’Anglais inclassable James Holden. Ce dernier s’est associé au percussionniste Camilo Tirado et c’est ensemble qu’ils présentent la pièce ‘Outdoor museum of fractals’, jouée notamment sur synthétiseurs analogiques et inspirée du minimaliste Terry Ryley.

Laurent Garnier

Le troisième curateur pour la journée du vendredi n’est autre que le Français, et meilleur ami du festival, Laurent Garnier. Présent depuis douze ans, il est allé chercher des artistes de Glasgow jusqu’aux Caraïbes. Un autre exemple d’une édition qui cherche à s’extraire des circuits purement occidentaux.
Il a invité le jazzman hétéroclite Christophe Chassol suite à son dernier album qui conclut, depuis l’île de la Martinique, sa trilogie tellurique sons et images.
Du Brésil, Laurent Garnier nous fait découvrir, Ivan Conti, ses vinyles et sa batterie. Ivan Conti qui depuis les années soixante-dix croise le funk et la samba avec son groupe Azymuth.
De France, Laurent Garnier a retenu la rencontre électro-acoustique entre Arnaud Rebotini (Black Strobe) et Zanési et le groupe Ghost Of Christmas, parrainé pour le nouveau label de Garnier Sounds Like Yeah!.
En parallèle, Garnier jouera, pour un set de six heures, avec le gallois Jay Robinson, l’anglais Copy Paste Soul et l’écossais Jackmaster.

L’Afrique

L’ambition des Nuits Sonores 2016 s’étend à tous les continents, comme l’avait déjà montré son édition d’octobre à Tanger. Ainsi, pendant les trois soirées à l’Ancien marché de gros, se succéderont des artistes d’Afrique et du Moyen-Orient :

  • le vendredi, deux des plus grosses machines congolaises : Mbongwana Star (des Staff Benda Billi accompagnés du producteur Doctor L) puis Konono nº 1, de la transe avec des likembés et des pièces automobiles
  • le mercredi, le duo israélien Red Axes et son iconographie kitsch
  • le samedi, le groove yéménite des trois sœurs israéliennes A-Wa, le quatuor rap palestinien 47Soul et le percussionniste égyptien Islam Chipsy accompagné, sur scène, des deux batteurs Eek.
  • et des rencontres : les Italiens Ninos du Brasil seront sur scène avec le collectif marocain gnawa Mémoire d’Avenir. Le Français Débruit présentera sa collaboration avec des musiciens d’Istanbul le samedi. Sans oublier, le même jour, un autre groupe de Berlin, Africaine 808, qui utilise la boîte à rythme Roland TR-808 pour s’inspirer du continent noir.

Queer

Dans le même souci de diversité, la nuit du mercredi une scène est entièrement consacrée au mouvement ‘queer’ et transgenre. Tête d’affiche de la soirée, la canadienne installée à Berlin, Peaches. Merrill Nisker, de son vrai nom, a publié son nouvel album, ‘Rub’, en 2015, le premier en six ans. Le clip du titre éponyme a enflammé la toile et a été depuis censuré.
Le même soir, se produira son compatriote The King Khan et son accolyte Mark Sultan (BBQ) et leur garage rock loufoque ainsi que Cakes Da Killa, jeune rappeur du New Jersey et digne héritier de l’émancipation par rapport aux codes du genre.
Les maîtresses de cérémonie pour la soirée sont lyonnaises : Garçon Sauvage.

Mogwai, Atomic

Après Kraftwerk en 2014, le concert spécial est de retour le dimanche soir à l’Ancien marché gros. Pour cette édition, ce sont les écossais de Mogwai, et leur post-rock instrumental, qui présenteront leur projet Atomic, écrit pour un documentaire de la BBC sur les soixante-ans de la bombe nucléaire d’Hiroshima. Seul concert du groupe en France, avant leur passage à la Philharmonie de Paris au mois de juillet.

Côté rock, les Anglais Palma Violets essayeront d’agiter une des scènes du parcours nuit le vendredi avec leur garage pub. Ils partageront cette scène avec The Coathangers, de véritables furies venues d’Atlanta. Les Londoniens post-punk Shopping ouvriront le bal deux jours plus tôt.

Scène française

Éparpillés dans toute la programmation, on trouve d’innombrables projets français très différents. The Hacker revient à ses origines analogiques et présente ‘Amato Live’. Turzi et Bajram Bili poursuivront dans la voie ouverte du krautrock. Le public pourra découvrir des nouveaux set techno avec les Parisiens Unforeseen Alliance, Low Jack et S3A ainsi que les Lyonnais de J-Zbel. Aussi au programme, du rock local avec L’Effondras et Last Train. De Lyon même, le public pourra écouter le travail expérimental sur bandes magnétiques de In Aeternam. S’ajoute aussi le Dj parisien Bambounou très en vogue.

Représentants britanniques

Les Britanniques sont aussi légion. Sans citer tous les lives venus de la grande Albion, on peut mentionner tout de même la techno volcanique de Powell, l’électronique envoûtante de Max Cooper, le projet d’inspiration indienne Sun Ritual d’Auntie Flo avec Laurie des Golden Teacher et l’inquiet Regis derrière les labels Downwards Records et Jealous God.
La liste des noms à retenir dans les espaces officiels comporte aussi l’électro des hollandais Weval ainsi que le sans frontières Dj Harvey.

Les clubs

Le circuit des clubs le jeudi réserve d’autres pépites qu’il est impossible de toutes les citer. Voici tout de même les quelques noms a retenir :

  • Ayers Boat : The Bellrays
  • Bellona : Patrick Vidal, Jus Ed
  • DV1 : Robert Owens
  • L’Épicerie Moderne : Russian Circles
  • La M.M. : Kumbia Boruka
  • Le Marché Gare : Male Gaze, The Monsters
  • Ninkasi : Aurora Halal, Compass
  • Le Periscope : Plaistow, LBNHRX, Actapulgite
  • Le Petit Salon : L-Vis 1990
  • La Plataforme : Terrence Parker
  • Sonic : Poison Point, Housewives
  • Terminal : Veronica Vasicka, Ron Morelli
  • Transbordeur : La Yegros, Matías Aguayo, Osunlade

Un ‘off’ qui n’a rien à envier au ‘in’.

Séoul

En résonance avec l’année de la Corée du Sud en France, la ville invitée cette année est Seoul. Une bonne dizaine de groupes et djs venus de la capitale sud-coréenne joueront du jeudi à samedi aux jardins du Musée des Confluences de l’après-midi jusqu’au soir et en accès gratuit. Du folk à la techno, sans oublier le rock, la pop et le hip hop, témoins du bouillonnement de la capitale asiatique au-delà de ‘Gangnam style’. Et, pour preuve, le post-rock tendu, joué sur des instruments traditionnels, du trio Jambinai.
Même lieu, mêmes horaires, le Mini Sonore pour les enfants est toujours au programme. Au menu, spectacles de musique et technologies conçustout spécialement pour les plus petits.

European Lab

La musique n’empêche pas la réflexion, au contraire. Pour la sixième année consécutive, les Nuits Sonores proposent pendant trois journées – du mercredi au vendredi – débats, ateliers et rencontres sous la bannière de l’European Lab. Ce dernier se tient au Musée des Confluences. C’est un espace de discussion où se croisent public, activistes culturels et nouvelles technologies. Y sont conviés une centaine d’intervenants venus de toute la planète. Cette édition est placée sous le leitmotif L’Europe de la culture : année zéro. Son organisateur, Vincent Carry, directeur d’Arty Farty, explique : “À travers ces projets, c’est une arme de reconstruction massive qui se met en marche au service d’une société européenne au bord de l’implosion démocratique”.
Parmi les invités, figurent le journaliste anglais et théoricien de la musique populaire contemporaine Simon Reynolds, le chercheur de Harvard, critique à l’encontre de la Silicon Valley, Evgeny Morozov, l’écrivain et sociologue français Edouard Louis, des spécialistes sur les lanceurs d’alertes, des membres du collectif de science-fiction Zanzibar ou encore toute une pléiade d’auteurs et résistants arabes, jeunes et moins jeunes .

Confluence

Pour la troisième année, les organisateurs du festival, Arty Farty, situent toutes les activités du festival dans le quartier lyonnais en pleine transformation de la Confluence, poursuivant leur rêve initial de ‘ville éphémère’. Ils ont pourtant déjà annoncé que la prochaine édition investira un nouvel espace dans la ville.
Pour cette année encore, les Nuits Sonores s’installent dans le triangle entre l’Ancien marché de gros, La Sucrière et le Musée des Confluences, un espace entre le Rhône et la Saône et juste à côté du nouveau siège d’euronews.
Le Sucre, le club ‘rooftop’ sur le toit de La Sucrière, garde ses portes ouvertes pour la durée du festival avec une nuit OX de The Absolute Company Creation et Romain Tardy et des soirées en collaboration avec Resident Advisor et la boisson énergisante Burn. Il accueillera aussi la soirée de clôture, soirée de luxe avec Daniel Avery, Laurent Garnier et Dj Harvey aux platines.
Le festival se conclura sur un dimanche après-midi au Sunday Park

Souhaitons au festival qu’il se déroule sous les meilleurs auspices pour cette édition marquée par les “french kiss”.


Cette année l’identité visuelle est signée du Studio Feixen
La programmation est résumée dans un podcast disponible sur le site de Nuits Sonores.