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Le premier procès en Allemagne pour "crime de guerre" d'un présumé djihadiste

Ce procès est une première pour la justice allemande, qui commence à s’attaquer aux exactions commises en Syrie et en Irak. Un Allemand soupçonné de

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Le premier procès en Allemagne pour "crime de guerre" d'un présumé djihadiste

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Ce procès est une première pour la justice allemande, qui commence à s’attaquer aux exactions commises en Syrie et en Irak.

Un Allemand soupçonné de liens avec des jihadistes est jugé depuis mardi pour “crime de guerre” en Syrie. Aria Ladjedvardi, 21 ans, d’origine iranienne, comparaît devant la chambre criminelle de la cour d’appel de Francfort jusqu’au 14 juin pour “perpétration d’un crime de guerre”. Il lui est reproché d’avoir posé avec deux autres hommes devant deux têtes plantées sur des piques en Syrie au printemps 2014, des clichés ensuite postés sur Facebook. Une décision prise, selon le parquet fédéral, afin de ridiculiser les victimes, considérées comme des “infidèles”, et les rabaisser après leur mort, ce qui constituerait un crime de guerre passible d’au moins un an de détention.

“Je ne voulais pas être là-dessus” et “je n’aurais jamais imaginé” que les photos seraient ensuite sur les réseaux sociaux, a protesté M. Ladjedvardi lors de l’audience. Il a assuré n’avoir voulu humilier personne.Selon son récit, un enfant aurait averti, dans le village de la province d’Idleb où il se trouvait, de la présence des deux têtes, plantées sur des piques en pleine cour d‘école. Un attroupement se serait ainsi formé, où plusieurs personnes se prenaient en photo devant la scène macabre.

Le parquet n’a pas établi l’identité et l’affiliation des victimes dans le conflit syrien.

En tant qu‘étranger, M. Ladjedvardi aurait selon lui été incité à poser. “Nous sommes dans une zone en guerre (…) J’ai fait ce que la situation exigeait”, s’est-il défendu. Le débit rapide et les gestes nerveux, l’accusé a ensuite justifié son voyage en Syrie au printemps 2014. “Je voulais aider les gens”, victimes du régime de Bachar al-Assad, a-t-il assuré. Avant son départ, il s‘était intéressé “de plus en plus” à l’islam, et avait commencé “à changer”, a-t-il raconté. Les bras sculptés par la musculation, l’Allemand a décrit comment le sport et la religion l’avaient poussé à se reprendre en main, après une jeunesse marquée par l’alcool, le cannabis et les délits. Il a ensuite pris contact via Facebook avec une connaissance déjà partie en Syrie, qui a facilité son voyage et qu’il a rejoint. Sur place, il a reconnu s‘être initié au maniement des armes, mais affirmé n’appartenir à aucune organisation jihadiste : “Je n’ai pas combattu”.

Un récit sur lequel les juges ont exprimé des doutes, en posant des questions sur l’hôte de l’accusé. Selon M. Ladjedvardi, celui-ci aurait combattu avec le groupe Etat islamique et d’autres milices, mais aurait coupé les ponts avec eux avant qu’il le rejoigne en Syrie. Le parquet n’a pas établi avec quel groupe l’accusé s‘était formé aux armes. Avant son départ, M. Ladjedvardi était également apparu dans une vidéo tournée pour une campagne de prosélytisme, menée par des salafistes en Allemagne. Interrogé sur le sujet, il s’est toutefois décrit comme “le contraire” d’un salafiste, restant vague sur sa pratique religieuse.

M. Ladjedvardi avait été interpellé en octobre 2015 dans la région de Francfort. Son procès est le premier en Allemagne pour “crime de guerre” lié à des faits commis en Syrie ou en Irak. L’afflux de réfugiés dans le pays a démultiplié les sources d’information sur les exactions commises dans ces pays, par le régime de Bachar al-Assad, l’EI, ou d’autres groupes armés.

Dix enquêtes liées à la Syrie ou l’Irak pour crimes de guerre sont actuellement instruites, en plus de la trentaine de procédures contre d’ex-jihadistes pour “appartenance à un groupe terroriste”.Signe de l’importance croissante de ces dossiers, 25 à 30 renseignements parviennent chaque jour aux enquêteurs par le biais des procédures d’asile, qui intègrent depuis fin 2013 un questionnaire systématique sur les crimes de guerre réservé aux ressortissants syriens.