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Le droit à l’image en France : peut-on photographier les victimes d’un attentat ?

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Le droit à l’image en France : peut-on photographier les victimes d’un attentat ?

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La photographe poursuivie en France pour avoir diffusé un cliché d’une des victimes des attentats du 13 novembre à Paris ne sera finalement pas jugée. Son procès a été annulé le vendredi 20 novembre pour vice de procédure.

Maya Vidon-White, photographe américaine, était parmi les premiers journalistes devant la salle de concert du Bataclan le 13 novembre dernier alors que la fusillade meurtrière venait d’avoir lieu. C’est là qu’elle a pris en photographie Cédric G, 31 ans, ensanglanté et à moitié dénudé. Le jeune homme gisait au sol alors que les secours s’occupaient de lui. La photographie sera publiée quatre jours plus tard par le magazine VSD.

Estimant que la publication est “attentatoire à la dignité de la victime”, les proches de Cédric G. ont rapidement porté plainte. Mais le tribunal correctionnel de Paris a jugé que le texte de loi sur lequel ils s’appuient ne s’applique pas aux personnes décédées.

Il ne s’agit pas de la seule polémique née dans le contexte des attentats du 13 novembre en France. Une image montrant la salle de concert ensanglantée avec des dizaines de corps gisant au sol a poussé les autorités à demander aux médias d’agir avec prudence.

Les accusations de vente d’une vidéo de surveillance par le patron du Casa Nostra, un des restaurants attaqués, ont elles aussi beaucoup fait réagir.

En France, les textes pour protéger le droit à l’image et le droit à la dignité sont nombreux. Toute personne photographiée doit donner son accord, écrit ou tacite, sauf dans certains cas particuliers. Les personnalités publiques et les photographies de groupes dans un lieu public sont par exemple moins strictement réglementées.

C’est en Allemagne que la première loi visant à protéger les sujets de photographies a vu le jour. En 1907, un texte est voté en réaction à un cliché de Bismarck sur son lit de mort. Sa famille considérait que cette photographie pouvait porter atteinte à sa mémoire.


Dans d’autres pays, comme le Royaume-Uni et les Etats-Unis, les notions de droit à l’image et de droit à la vie privée sont plus discrètes. Des dommages et intérêts peuvent être prononcés pour violation de domicile ou pour diffamation, mais il s’agit de décisions prises au cas par cas. Aux Etats-Unis, la législation varie, de plus, d’un état à l’autre. La liberté de la presse, garantie dans le premier amendement de la Constitution, peut primer sur le droit à l’image.

C’est l’argument mis en avant par l’Associated Reporters Abroad, une association américaine de pigistes, pour défendre Maya Vidon-White, arguant des différences de législation : “Elle n’a pas publié la photo en France ; elle n’a pas vendu la photo à un média français – mais dans le cadre d’une série pour UPI aux Etat-Unis. Après ça, elle n’avait pas le contrôle de sa revente ou de sa publication.”

En Europe aussi, l’article 10 de la Convention européenne définit une liberté de la presse sans “ingérence d’autorités publiques”, dans la limite des règles en vigueur dans chaque Etat-membre. Laissant la porte entrouverte aux règles éthiques et déontologiques de chaque photographe et support de publication.

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