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Russell Banks : Donald Trump ? "Un fou furieux déconnecté de la réalité"

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Russell Banks : Donald Trump ? "Un fou furieux déconnecté de la réalité"

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Si vous aimez les romans qui font sortir du droit chemin et abordent la toxicomanie, l’alcoolisme ou la violence, alors Russell Banks est probablement un écrivain pour vous. Célèbre dans le monde entier, l’auteur américain plusieurs fois récompensé est aussi un militant de gauche et un observateur critique de ce qui se passe de part et d’autre de l’Atlantique. Dans cette interview pour The Global Conversation, il évoque sa propre histoire familiale en résonnance avec les thèmes évoqués dans ces livres, son combat politique contre Donald Trump et l‘écriture de son prochain ouvrage.

Lesley Alexander, euronews :
“Pourquoi d’après vous, êtes-vous attirés par la part sombre de l’humanité et par des personnages en marge de la société ? Qu’est-ce que cela nous dit sur vous ?”

Russell Banks :
“Tout d’abord, je crois que je n‘écris pas vraiment sur une minorité ou une frange obscure de la société en général, mais plutôt sur la majorité. Ce que je veux dire, c’est que dans la vie de la plupart des gens, il y a un côté sombre et c’est ce côté sombre qui contrôle leur vie dans des proportions extraordinaires.
Je l’avoue, je sais que je vois plutôt le monde en noir. Je dis souvent que de mon point de vue, le chien méchant, c’est toujours celui qui mord et qui gagne” et donc, je crois qu’on ne peut pas à échapper à cela dans nos vies.”

Lesley Alexander :
“Est-ce lié à votre propre enfance troublée ? J’ai trouvé quelques éléments sur vos origines familiales. Vous avez traversé des moments très difficiles quand vous étiez enfant.”

Russell Banks :
“Oui, effectivement. C‘était dans les années 40 et 50. Ma vie au sein de ma famille a été entâchée et caractérisée par l’alcoolisme et l’abandon. Mon père nous a abandonnés quand j’avais 12 ans. J‘étais l’aîné de quatre enfants. On a été élevé dans la pauvreté à ce moment-là par une mère seule.
Dès le plus jeune âge, je me suis senti marginalisé, regardé et identifié comme tel avec d’autres qui se sentaient marginalisés eux aussi en raison de leur couleur de peau, de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur relation à la société en général. Donc je n’ai pas dû faire beaucoup d’efforts pour m’identifier à eux avec compassion.”


Biographie : Russell Banks

  • Né le 28 mars 1940 à Newton dans l’Etat du Massachusetts aux Etats-Unis.
  • Auteur prolifique de romans et de nouvelles, mais aussi de poésie et d’oeuvres non romanesques.
  • Lauréat de nombreuses récompenses et deux fois finaliste du Prix Pulitzer.
  • Ses ouvrages sont traduits dans vingt langues. Il a écrit notamment : Trailerpark (1981), Histoire de réussir (1986), L’Ange sur le toit (2000), American Darling (2004), La Réserve (2008), Lointain souvenir de la peau (2011) et Un membre permanent de la famille (2015).
  • Marié à sa quatrième épouse, la poétesse Chase Twichell.

“Quand j‘écris, je suis plus intelligent”

Lesley Alexander :
L‘écriture représente-t-elle dans ce cas, une forme de thérapie pour vous ou est-ce que c’est trop simpliste ?”

Russell Banks :
“Oui, en un sens… Parce que si c’est une forme de thérapie, elle n’a pas fonctionné !” (rires)

Lesley Alexander :
“Même pas un petit peu ?”

Russell Banks :
“Même pas un petit peu ! Non, mais vous savez, l‘écriture, c’est plutôt une manière rigoureuse de discipliner mon attention et ma vie. Je sais que quand j‘écris, je suis plus intelligent, plus honnête que quand je n‘écris pas et aussi plus bienveillant en tant qu‘être humain, probablement.”

Attentats de Charlie Hebdo : “J’ai été pris dans ce sentiment général de deuil, de colère et de peur”

Lesley Alexander :
“L’une des choses que je sais importantes pour vous, c’est la liberté de parole, la liberté d’expression. Et il se trouve que vous étiez à Paris en janvier 2015 juste après les terribles attentats de Charlie Hebdo. Avec le recul, quels souvenirs gardez-vous de ce moment-là ?”

Russell Banks :
“C‘était un crime odieux commis contre toute l’humanité et j’ai ressenti exactement ce que j’avais éprouvé à New York. J‘étais à New York City pendant le 11 septembre 2001 et j’ai vu les tours s’effondrer. C‘était une expérience très similaire de me trouver à Paris dans ce contexte, de voir tout cela et d‘être pris dans ce sentiment général de deuil, de colère et de peur.”

Lesley Alexander :
“Vous avez parlé de peur et je sais que vous vouliez vraiment venir ici à Lyon à l’occasion des Assises internationales du roman, mais il semble que beaucoup de vos compatriotes américains s’inquiètent à l’idée de venir en Europe parce qu’ils estiment que leur sécurité est menacée.”

Russell Banks :
“C’est ridicule.”

Lesley Alexander :
“Vous n’avez eu aucune crainte vous-même ?”

Russell Banks :
“Non, bien sûr que non. C’est d’un point de vue statistique, une forme insensée d’anxiété et de peur. Quand on commence à être terrifié, ça veut dire que les terroristes ont réussi. Et à ce titre, je refuserais toujours de rester cloîtré chez moi.”

Lesley Alexander :
“Une chose est sûre des deux côtés de l’Atlantique : nous vivons une période politique très exceptionnelle avec la montée des populismes et des nationalismes. Vous êtes un animal politique. Quel est votre sentiment sur ce qui se passe en Autriche, en France, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis avec un Donald Trump qui a le vent en poupe ?”

Signataire de “StopHateDumpTrump”

Russell Banks :
“Aux Etats-Unis, quand on regarde la gauche et la droite, – à gauche, c’est Bernie Sanders et à droite, c’est Donald Trump -, je crois qu’on assiste à une émergence des peurs. Il y a la peur de l’autre, de ceux dont la langue, la couleur de peau ou la religion est différente de la majorité, disons. Il y a aussi une angoisse à l‘égard de la situation économique. Pour la première fois, aux Etats-Unis, les gens ont conscience qu’1% de la population en gros contrôle l‘économie.”

Lesley Alexander :
“Vous avez signé une pétition appelée StopHateDumpTrump comme des dizaines de milliers de citoyens américains anonymes et de grandes personnalités comme Jane Fonda, Danny Glover…”

Russell Banks :
“Toujours les mêmes !”

Lesley Alexander :
“Toujours les mêmes… Dans quelle mesure Donald Trump représente-t-il un danger s’il est élu en novembre ? D’après vous, peut-il vraiment gagner ?”

Russell Banks :
“Premier point : je crois que c’est tout-à-fait possible. Deuxième point : je pense que ce serait incroyablement dangereux. Pour moi, c’est un fou furieux déconnecté de la réalité qui souffre de troubles de la personnalité narcissiques à un niveau avancé. Il est un maître dans l’art de la manipulation et il est magistral à la télévision, mais il est amoral, imprudent, ignorant…”

Lesley Alexander :
“On peut dire que vous ne mâchez pas vos mots !”

Russell Banks :
“Non, c’est clair (rires). L’idée que Donald Trump puisse contrôler l’armée américaine, le Secrétariat d’Etat américain, l‘économie américaine, c’est pour moi, un cauchemar.”

Soutien à Bernie Sanders

Lesley Alexander :
“Passons à l’autre camp. On a parlé de Bernie Sanders et je suis tombée sur cet article fascinant dont vous devez vous souvenir, que vous avez écrit dans les années 80…”

Russell Banks :
“En 1986, oui.”

Lesley Alexander :
“Oui. A l‘époque, il était maire d’une petite ville. Vous avez passé du temps avec lui et ce que je trouve le plus intéressant, c’est la manière dont vous le décrivez alors qui fait écho avec ce qu’il est aujourd’hui !”

Russell Banks :
“Oui, c’est étonnant, il n’a pas changé d’un iota.”

Lesley Alexander :
“Vous avez vu en lui, un futur président peut-être ?”

Russell Banks :
“Non, pas du tout !” (rires)

Lesley Alexander :
“Vous le soutenez aujourd’hui ?”

Russell Banks :
“Oui, j’ai voté pour lui dans l’Etat de Floride. J’ai voté pour lui lors des primaires et je lui ai envoyé un petit chèque de 25 dollars pour pouvoir figurer parmi les millions de donateurs qu’il aime se vanter d’avoir.”

Ses mémoires ?

Lesley Alexander :
“Pour conclure et pour revenir à l‘écriture, vous avez un nouveau projet : un livre qui sera un peu différent de vos précédents. En quelques mots, pouvez-vous nous dire de quoi il s’agit ?”

Russell Banks :
“L’une des choses que je n’ai jamais faites jusqu‘à présent, c’est écrire sur moi. Ce livre ressemblera un peu à des mémoires et je voulais essayer d’adopter le point de vue d’un homme de 76 ans qui passe en revue sa vie passée, mais en réalité, simplement l’un des aspects de sa vie, à savoir sa vie maritale. J’ai été marié quatre fois et divorcé trois fois. Donc l’idée, c’est de tenter de comprendre comment tout cela est arrivé : comment sur cette Terre, je finis par agir de la sorte à la fois vis-à-vis de moi-même et des autres !”

Lesley Alexander :
“Et vous devez nous dire la première phrase parce qu’elle va devenir culte !”

Russell Banks :
“La première phrase présente plus ou moins ce dont le livre va parler. C’est : “Un homme qui s’est marié quatre fois a beaucoup d’explications à donner.”

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