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Loi travail : le bras de fer des syndicats et du gouvernement

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Loi travail : le bras de fer des syndicats et du gouvernement

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Nouvelle journée d’actions et de grèves en France, une journée coup de poing, c’est la 9e depuis le début de la mobilisation contre la Loi travail et le mouvement ne faiblit pas, au contraire.

Les syndicats concernés, CGT en tête, semblent décider à aller jusqu’au bout, jusqu’au retrait de la Loi El Komhri.
Alors quelles solutions, quelles conséquences ?
Sophie Desjardin va tenter d’y répondre avec notre invité l‘économiste Henri Sterdyniak, mais d’abord faisons le point sur le syndicat et l’homme qui tient tête au gouvernement.

France : jusqu’où iront Philippe Martinez et la CGT ?

Ce n’est pas une première, et certainement pas une dernière, mais l‘épisode social que vit la France ces dernières semaines est l’un des plus importants que le pays ait connu ces dernières décennies. Les Français sont dans la rue et le pays se fige peu à peu à l’appel de plusieurs syndicats, dont la CGT.

Et en quelques semaines, cet homme à la moustache, le secrétaire général du plus important syndicat français est devenu incontournable. Philippe Martinez, 55 ans, a pris les rênes de la CGT il y a 15 mois.

Inconnu du grand public alors, il est désormais le fer de lance de la contestation de gauche contre ce gouvernement considéré comme “traître” et n’a aucune intention de lâcher. Engagé dans un bras de fer, comme Manuel Valls et François Hollande, il refuse de céder :


“Quand il y a autant de contestation, quand il y a autant de rejet d’un projet de loi, il faut le retirer et recommencer à zéro pour rediscuter. C’est le bon sens qui doit l’emporter. La balle est dans le camp du gouvernement. S’ils nous disent, on recommence à zéro, ça va s’arrêter tout de suite, je vous le garantis”.

Un pouvoir certain de mobilisation et donc de nuisance pour le gouvernement. Le syndicat contrôle ou domine des secteurs-clés de l‘économie, comme les transports, le pétrole, la chimie et peut, s’il campe sur ses positions, poser de sérieux problèmes de fonctionnement.


La CGT compte 688 000 adhérents. C’est plus qu’un parti politique, mais cela ne représente que 2,6 % des salariés français.

Il faut dire qu’il n’y a pas de syndicalisme de masse en France.

Seuls 8 % des salariés sont syndiqués. Ils sont par exemple 55 % en Belgique ou 82 % en Islande.


Le paradoxe français veut que, malgré cette faible représentation, des millions de Français suivent régulièrement les appels à la grève et à manifester.

“Philippe Martinez, l’homme qui peut”, comme le titrent certains journaux, “mettre la France à genou”
saura-t-il se conduire en leader jusqu’au bout ?


“Lancer une mobilisation comme celle-là, Martinez et la CGT ont plutôt réussi. Après il faut faire atterrir, il faut arrêter le navire, il faut lui faire prendre une direction. C’est très compliqué. C’est là qu’on verra le talent que peut déployer Martinez”, explique Jean-Marie Pernot, spécialiste du syndicalisme de l’Ires, l’Institut de recherches économiques et sociales.

Quoi qu’il en soit, il a déjà réussi à mettre le plus impopulaire des présidents et le gouvernement au pied du mur. S’ils cèdent, s‘écroule avec eux la crédibilité qui leur reste. S’ils ne cèdent pas, les Français leur imputeront l’impasse et la paralysie du pays.



La Loi travail décortiquée par l’un des “économistes atterrés”


Sophie Desjardin a donc interrogé Henri Sterdyniak, économiste et membre notamment du collectif “Les économistes atterrés”.


Quelle issue voyez-vous à ce bras de fer ?

Henri Sterdyniak : *C’est très difficile à dire. Dans l’idéal, il faudrait que le gouvernement revoie sa copie, qu’il renégocie avec les syndicats l’ensemble du dispositif. Les réformes du code du travail, ça concerne en priorité les syndicats, le risque est que le gouvernement se butte et fasse passer sans discussion la loi au parlement. *

Les débats se cristallisent notamment autour de ce fameux article 2 et de l’inversion de la hiércharchie des normes qu’il suppose. Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots en quoi est-ce si important ?

Henri Sterdyniak :
Les négociations au niveau des entreprises pourront se faire indépendamment de ce qui se passe au niveau des branches et au niveau national. Donc, il y a une crainte de la part d’un certain nombre de syndicats et de salariés que les entreprises profitent du rapport de force pour imposer des règles en défaveur des salariés. Par exemple, l’entreprise dirait : j’ai besoin d’améliorer ma compétitivité, j’ai besoin de plus de souplesse et donc j’impose des réductions de salaire ou j’impose des allongements d’horaires de travail, ou des modifications du contrat de travail sans l’avis des syndicats représentatifs.

_L’un des postulats de la Loi travail, c’est que la lourdeur du code du travail en France serait responsable en partie du chômage, est-ce le cas ?”

Henri Sterdyniak : *On a un code du travail qui, bien sûr, est devenu beaucoup trop compliqué. Il y a beaucoup de règles qui sont périmées, donc il aurait sans doute fallu le simplifier et donc, il aurait fallu une négociation pour simplifier le code du travail. Le problème, c’est que ça ne s’est pas fait comme ça. Le gouvernement a imposé un texte qui répond surtout aux exigences du patronat.
Le fait, de plus, que les accords vont être au niveau des entreprises, c’est une complication plutôt qu’une simplification puisqu’il y aura autant d’accords que d’entreprises.*

Est-ce-que des réformes comme celle-ci ont fait leurs preuves dans d’autres pays européens ?

Henri Sterdyniak :
C’est un grand débat. Certains disent, il faut prendre l’exemple de l’Espagne, de l’Italie, où il y a eu des réformes importantes du code du travail, mais en même temps, ces réformes ont lieu dans des pays qui sont en très fort chômage, donc ce n’est pas très appétissant comme perspective. En Grande-Bretagne, effectivement, le travail est plus flexible, et en même temps, la pauvreté est beaucoup plus importante parmi les salariés. Le modèle idéal n’est pas facile à trouver.

Les politiques d’austérité qui découlent du pacte de stabilité monétaire européen signeront-elles à terme la mort de l’Etat providence à la française ?

Henri Sterdyniak :
Oui, c’est vers cette direction qu’on va, c’est-à-dire que les hommes politiques de droite et le patronat considèrent que, compte tenu des contraintes de la mondialisation, compte tenu de la construction européenne, il faut petit à petit que la France rentre dans le rang, qu’on diminue notre protection sociale pour se caler sur un certain nombre d’autres pays. La France doit trouver des alliés en Europe parmi les forces syndicales, pour résister à cette destruction du modèle social européen.

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