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Notre reporter au Yémen : "On était comme des otages"

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Notre reporter au Yémen : "On était comme des otages"

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De retour de tournage au Yémen, pour notre émission Insiders, notre reporter Mohammed Shaikhibrahim nous en dit plus sur les difficultés qu’il a rencontrées pour se rendre dans ce pays en proie à la guerre où plus de 6000 personnes ont été tuées depuis mars 2015 et des millions d’autres déplacées. Il nous raconte avoir été retenu pendant quelques heures avec son équipe dans la région de Saada dans le nord, aux mains des Houthis. Ces rebelles ralliés par des chefs militaires fidèles à l’ancien président Ali Abdallah Saleh qui contrôlent aujourd’hui la capitale Sanaa et une grande partie du territoire s’opposent à des troupes régulières soutenues par une coalition arabe dirigée par l’Arabie saoudite, prenant la population en étau.

Sophie Claudet, euronews :
“Comment avez-vous fait pour vous rendre au Yémen qui est soumis à un blocus ?”

Mohammed Shaikhibrahim, reporter :
“Rentrer dans le pays n’a pas été facile bien évidemment, on a essayé pendant de longs mois avant d’y arriver. Les difficultés sont nombreuses, en commençant par l’absence d’aéroports qui reçoivent des vols internationaux.
L’aéroport de Sanaa est complétement détruit, même chose pour l’aéroport d’Aden. Mais depuis quelque temps, des vols ont repris vers la capitale Sanaa qui est contrôlée par le groupe Ansar Allah, les Houthis.
Il nous a aussi fallu beaucoup de temps pour avoir les différentes autorisations de sécurité qui sont obligatoires pour pouvoir se rendre au Yémen, surtout de la part du groupe Ansar Allah qui gère l’aéroport de Sanaa et la capitale. Les journalistes sont obligés de passer par ce groupe pour aller au Yémen.”

Sophie Claudet :
“Le Yémen n’est-il pas dangereux pour les journalistes ?”

Mohammed Shaikhibrahim :
“Les dangers sont multiples, c’est certain : il y a des enlèvements, des assassinats. Le pays vit une situation de chaos total : des gens sont tués partout dans le pays, il y a des bombardements aériens, tout cela représente des risques pour les journalistes qui veulent aller au Yémen.”

Sophie Claudet :
“Vous est-il arrivé quelque chose personnellement ?”

Mohammed Shaikhibrahim :
“Oui. Pendant ce reportage au Yémen et en particulier dans la région de Saada dans le nord du pays, on a été arrêté par des individus armés qui se proclamaient d’Ansar Allah. Mais par la suite, on a pu se rendre compte qu’ils appartenaient aux tribus qui se sont ralliées à ce groupe. Et donc, on était comme des otages parce qu’il y a eu une sorte de marchandage ou de négociation entre les deux groupes pour nous libérer. On a été détenus quelques heures, mais mon caméraman a été retenu plus longtemps. Après une négociation, il a finalement été libéré, mais notre matériel est resté bloqué plus de six heures par ceux qui nous avaient arrêtés.”

Sophie Claudet :
“Comment les civils se positionnent-ils par rapport à cette guerre ?”

Mohammed Shaikhibrahim :
“Les civils sont divisés entre les deux camps. Certains soutiennent les forces qui sont au sud, d’autres soutiennent les Houthies. On ne peut pas le nier. Les deux camps s’appuyent sur des soutiens au sein de la population qui est constituée de tribus parce que la société yéménite est une société tribale. La société yéménite est aussi une société de combattants entraînés pour le combat terrestre surtout. Ce qui fait que la guerre, les combats et les armes font désormais partie de la culture des Yéménites et je l’ai ressenti, c’est vrai que c’est malheureux.
La misère est très forte au Yémen, mais le peuple n’acceptera jamais une intervention d’un pays étranger sur son sol.”

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