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Bruxelles : même les lobbies réclament la transparence

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Bruxelles : même les lobbies réclament la transparence

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Ils ont à leur disposition des moyens quasi illimités et sont accusés de faire et de défaire les législations européennes sur le dos des Etats et des citoyens-consommateurs : les lobbyistes de Bruxelles ont bien mauvaise presse.
A tort et…à raison. A tort : parce que tant l’exécutif (la Commission européenne) que le légilslateur (Parlement européen et Conseil de l’UE) seraient bien en peine de se priver de leur expertise dans des dossiers éminnement complexes.
A raison : parce que les méthodes des lobbyistes restent encore bien trop opaques dans une société où la transparence de la vie publique est désormais devenue une condition sine qua non.

Transparency International – le lobby de la transparence -, remonte donc au créneau. Il vient d’adresser une lettre aux leaders européens les invitant à soutenir l’introduction d’un registre européen des lobbys qui obbligeait désormais les groupes d’intérêts à fournir des renseignements précieux – et vérifiables – quant à leurs activités.
Fait notable : cette lettre est co-signée par les grandes fédérations de lobbyistes de la place bruxelloise (SEAP, EPACA et CBBE).

Ce registre obligatoire viendrait donc remplacer l’actuel registre volontaire dont le fonctionnement et les lacunes sont régulièrement dénoncés.

Le poids des lobbies à Bruxelles

Au fil des décennies, Bruxelles serait devenue la deuxième capitale au monde du lobbyisme après Washinbgton DC au Etats-Unis. Selon les sources, entre 20 000 et 30 000 personnes travaillant pour des lobbies seraient implantés à Bruxelles, et notamment dans le fameux triangle d’or du quartier européen.

Le lobbying reste très controversé. L’an dernier par exemple,
Corporate Europe Observatory – le lobby… décryptant le fonctionnement des lobbies- a révélé que des hauts fonctionnaires de la Commission européenne avaient caché au public des réunions organisées avec l’industrie du tabac qui cherchait précisément à influencer la législation européenne.

Néanmoins, la transparence a enregistré quelque progrès ces dernières années. Des députés européens, mais aussi des commissaires, publient la liste de leurs rendez-vous avec les lobbyistes.
On sait parailleurs que 4 318 meetings ont eu lieu entre des groupes d’intérêt et la Commission entre décembre 2014 et juin 2015 et que, parmi ces lobbyistes, 75% impliquaient des représentants d’intérêts commerciaux.
Plus intéressant, selon Transparency International, à lui seul, Microsoft aurait dépensé 4,5 millions d’euros entre 2014 et 2015 et aurait participé à 17 réunions avec les décideurs législatifs

Que disent les lobbyistes ?

Les trois organisations de lobbyistes signataires de la lettre aux dirigeants européens demandent donc des changements estimant que les écarts de conduite de certains risquent “de discréditer l’ensemble de la profession”. Et de reconnaître que des pratiques indignes mêlant influence et corruption peuvent effectivement “saper le fonctionnement de la démocratie”.

Les signataires souligent par ailleurs qu’il y a désormais urgence à agir : alors que le populisme gagne du terrain et que les Européens se détournent de l’UE “nous ne pouvons tout simplement plus retarder davantage de nouvelles réformes”, insistent les trois fédérations de lobbies.

Un registre obligatoire ?

Le système européen d’enregistrement volontaire des lobbies actuellement en vigueur “est “imprécis, incomplet et vide de sens”, accuse Transparency International.

L’idée serait donc de rendre obligatoire la transmission d’informations telles que l’origine des lobbies et leur but tout en les faisant adhérer à un code de conduite de la profession.
En cas de manquement les lobbyistes seraient alors exclus du système.

La lettre aux dirigeants réclame en outre que les lobbyistes se rendant au Conseil de l’UE (qui représente les Etat) soient également obligés de montrer patte blanche.

Daniel Freund, qui couvre les questions institutionnelles pour Transparency International a expliqué à euronews que les lobbies se sont rendus compte que l’approche visant à s’auto-réguler avait échoué et qu’ils avaient besoin désormais d’un système obligatoire applicable à tous.

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