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Pose de prothèses : En finir avec les infections

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Pose de prothèses : En finir avec les infections

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Quand on pose une prothèse, on opère évidemment dans un environnement stérile. Mais parfois, les implants sont infectés par une bactérie dangereuse et les conséquences peuvent être très graves. Pourquoi ? Comment l‘éviter ? Dans cette édition, nous rencontrons des scientifiques à Barcelone et à Copenhague qui participent au projet de recherche européen NoMorFilm dont l’objectif est de concevoir des implants qui résistent mieux aux infections. Utiliser les propriétés des microalgues est l’une des pistes envisagées.

Aujourd’hui, Ángel Vallcorba Mas marche, mais il revient de loin. Il y a quelque temps, cet habitant de Barcelone a subi une intervention au genou à l’hôpital Clínic : son articulation a été remplacée par une prothèse métallique. Peu après, des complications sont apparues. “Trente-quatre jours après l’opération, mon genou ne se rétablissait pas, les choses empiraient même, raconte-t-il, j’ai eu une mauvaise inflammation, il y avait du pus, des boutons noirs autour de la cicatrice. Les médecins ont découvert que la plaie avait été infectée lors de l’implantation de la prothèse,” indique-t-il.

L’infection risquait de s‘étendre à toute la jambe et de représenter un danger mortel. Pour interrompre sa progression, Ángel Vallcorba Mas a dû prendre un traitement antibiotique intensif et subir d’autres actes chirurgicaux. Son genou ne s’est jamais vraiment remis.

“Comment expliquer que ces infections soient si difficiles à prévoir et à traiter ?” demande notre reporter Denis Loctier à Alex Soriano, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Clínic. “Le principal problème, répond-il, c’est que les bactéries qui contaminent la plaie chirurgicale se fixent à l’implant métallique et prolifèrent en formant un biofilm, c’est-à-dire une matrice qui les enveloppe et les protège du système immunitaire, mais aussi de l’action des antibiotiques que nous administrons. Et la seule solution, dans de nombreux cas, précise-t-il, c’est de retirer l’implant infecté, ce qui fragilise encore la santé du patient.”

Elaborer de nouvelles molécules antibiotiques grâce aux microalgues

L’une des solutions contre les infections qui concernent entre 1 et 3% de ces opérations ? Trouver de nouvelles molécules antibiotiques plus efficaces et envelopper les prothèses avec. C’est l’objectif de l‘équipe que nous rencontrons dans un laboratoire de Barcelone : dans le cadre du projet de recherche européen NoMorFilm, elle cherche sur des milliers d’espèces d’algues microscopiques, des composés qui pourraient détruire les biofilms des bactéries.

“Les microalgues produisent de grandes quantités de métabolites secondaires qui ont des fonctions relativement inconnues, explique Sara M. Soto González, coordinatrice du projet NoMorFilm et microbiologiste à ISGlobal. Les algues réussissent à survivre dans un environnement aquatique rempli de prédateurs contre lesquels elles doivent se défendre et donc on pense que ces métabolites secondaires peuvent avoir des propriétés antibactériennes,” déclare-t-elle.

D’autres techniques en test, notamment sur les cochons

Inventer de nouveaux antibiotiques, c’est l’un des défis relevés dans le cadre de ce projet de recherche européen qui associe des scientifiques et des fabricants de dispositifs prothétiques, notamment à Copenhague. Ils travaillent aussi sur une série de techniques qui seront employées pour produire et tester des implants résistants aux infections.

“Quand on aura ces molécules, précise Pablo Roza Miguel, de chez MBA-, autre partenaire de NoMorFilm, on les testera contre les pathogènes les plus courants, on analysera leur sécurité et ensuite, seulement, on sera capable de trouver la meilleure manière de les utiliser pour des implants grâce aux nanotechnologies et à l’ingéniérie des surfaces.”

A Copenhague, toujours dans le cadre de ce projet, des chercheurs font des tests sur des cochons car son système immunitaire est proche de celui de l’Homme. Ils placent leurs implants métalliques dans un os de la patte de l’animal vivant et quelques jours plus tard, font un prélèvement pour analyser les résultats.

Henrik Elvang Jensen, professeur de pathologie vétérinaire à l’Université de Copenhague-, nous présente l’os où a été placé l’implant : “On reconnaît le trou dans lequel on a inséré l’implant avec les bactéries et ce qu’on fait, c’est qu’on teste différentes enveloppes avec lesquelles on a recouvert ces implants pour déterminer si elles peuvent empêcher la propagation de l’infection dans le tissu osseux,” décrit-il.

Même si les pistes qu’ils ont lancées semblent déjà prometteuses, ces scientifiques estiment devoir travailler encore plusieurs années sur leurs recherches avant de lancer des essais chez l’Homme.

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