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Euclide Tsakalotos : "La Grèce ne peut que rebondir"

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Euclide Tsakalotos : "La Grèce ne peut que rebondir"

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Même si la Grèce est encore loin d’avoir surmonté sa crise de la dette, les responsables et ministres européens reconnaissent qu’elle fait de gros efforts. Elle adopte des réformes douloureuses et impopulaires en échange de fonds de sauvetage. Ces nouveaux sacrifices et ce nouveau prêt peuvent-ils aider l‘économie grecque à retrouver la croissance ? Pour évoquer ces questions et les grands défis en Europe, nous avons interrogé le ministre grec des Finances, Euclide Tsakalotos à l’occasion de sa venue à Bruxelles pour le Forum économique de la capitale belge. Pour lui, les Grecs doivent savoir que le plus dur est derrière eux et que dans un an, la situation de leur pays serait véritablement en voie d’amélioration. Concernant le Brexit, il estime que cette option serait la plus mauvaise pour le Royaume-Uni, l’Union européenne et la Grèce.

Efi Koutsokosta, euronews :
“Un an a passé depuis cette période dramatique que le gouvernement grec et vous-même en tant que ministre des Finances avaient vécue jusqu‘à ce que vous finissiez par signer l’accord de sauvetage et éviter un Grexit.
Aujourd’hui, êtes-vous confiant quant aux chances de réussite de ce programme en Grèce ?”

Euclide Tsakalotos, ministre grec des Finances :
“Je crois que ça a été une année très difficile. On avait une feuille de route sur notre sortie de la crise qui prévoyait de finaliser d’abord, la recapitalisation des banques en vue de les assainir, ensuite la première révision du programme d’ajustement, mais aussi d’obtenir des avancées sur la dette. Le 24 mai dernier, il y a eu une décision qui amène à cette finalisation de la première révision et du versement des fonds, mais aussi à un bon accord sur la dette.”

Plan de sauvetage : “La clause du “si nécessaire” a été définie”

Efi Koutsokosta :
“Vous parlez de l’allègement de la dette et de cette décision prise très récemment. Mais en êtes-vous satisfait ? Parce que la Grèce a voté des réformes et des lois très douloureuses et bien sûr, elle voulait quelque chose en retour. Mais au final, elle n’a pas obtenu tant que ça.”

Euclide Tsakalotos :
“Je crois que c’est un accord important parce qu’en réalité, pour la première fois, on définit la clause du “si nécessaire”. Jusqu‘à présent, il y a eu des décisions où l’Eurogroupe se disait être prêt à agir “si nécessaire”. Maintenant, cette condition est définie.
Cela trace la perspective qu’au-delà de 2018, il faudra peu de temps pour ramener les besoins bruts de financement de la Grèce sous les 15% et nous allons prendre toutes les mesures appropriées pour garantir cette condition objective.
Donc on n’est plus dans la situation où un matin, un ministre – allemand, espagnol, français ou grec – se réveille et décide s’il faut agir. Ce qui doit être fait est désormais posé de manière objective. Et je pense que c’est un très grand pas en avant.”


Biographie : Euclide Tsakalotos

*Euclide Tsakalotos est un économiste de gauche, il occupe actuellement le poste de ministre grec des Finances. *Il est né à Rotterdam en 1960 et a fait ses études à Oxford où il a obtenu un doctorat en économie. *Professeur à l’Université d’Athènes depuis 2010, il est l’auteur de six livres et de nombreux articles de presse et de magazine. *Il a été décrit comme un “pro-européen révolutionnaire” car il soutient l’intégration européenne, mais pas ses principes qu’il juge capitalistes.

Efi Koutsokosta :
“D’après une enquête de la Chambre de commerce et d’industrie d’Athènes, 69% des Grecs ne seront pas capables de payer leurs impôts cette année et ils sont 89% à penser que les récentes hausses de taxes vont causer une récession plus grave. Pourquoi les avoir adoptées ?”

Euclide Tsakalotos :
“Aujourd’hui, les Grecs doivent savoir que les réformes fiscales sont finies – puisque le plan concentrait les exigences en début de période – et que maintenant, on va lancer un plan d’action de développement qui sera soutenu par la politique d’assouplissement quantitatif de la Banque centrale européenne et par les investisseurs qui reviendront en Grèce. Cela nécessite de nombreux efforts, on n’en a pas encore fini. Mais je crois que même si les gens sont pessimistes d’après les sondages, on ne peut que rebondir.
Si en septembre prochain, vous me demandez : “Quel a été le pire moment pour le gouvernement ?” Je vous répondrai : “La finalisation de la première révision” parce que le plus dur devait être fait en début de période. Donc ce n’est pas étonnant que certains soient très déçus. Ils ont des raisons pour l‘être en un sens. Cette crise dure depuis cinq, six, sept ans.”

Efi Koutsokosta :
“Oui et vous leur avez promis beaucoup. Pensez-vous que les gens croient encore en vous et en ce que vous dites ?”

Euclide Tsakalotos :
“On leur a fait beaucoup de promesses, on a fait des compromis, mais on a soumis ce réglement, cet accord au vote. Lors des élections en septembre dernier, pour la première fois, les Grecs savaient sur quoi ils se prononçaient.
Ce n’est pas comme si on avait dit qu’on mettait l’accord sur la table, puis qu’on changeait d’avis. Cet accord avec ses bons et ses mauvais aspects a fait partie de la campagne et on a gagné l‘élection sur cette base.”

Efi Koutsokosta :
“Que ressentez-vous en tant qu’homme politique de gauche quand il s’agit de soutenir et d’appliquer ce genre de politiques qui comportent la privatisation d’actifs publics ?”

Euclide Tsakalotos :
“C’est en tant que ministre de gauche qu’on doit s’attaquer à ces questions. L‘été dernier, des gens me disaient : “La gauche ne sert à rien si elle est utile uniquement quand on a 5% de croissance et 5% de chômage.”
Si on est inutile pour les gens quand on a 25% de chômage et qu’il n’y a pas de croissance, ils ne voteront pas pour nous après la reprise.
Les gens ont voté pour nous parce qu’ils savaient qu’on allait mettre en oeuvre ce programme en tenant compte au maximum des conséquences sociales. Et on l’a montré dans la manière dont on a réformé le système des retraites et le régime de l’impôt sur le revenu.”

Des doutes sur la flexibilité du travail

Efi Koutsokosta :
“On voit qu’en France, le gouvernement essaie de faire adopter une réforme du travail impopulaire. Ce qui pousse certains à manifester. Etes-vous de leur côté ou du côté du gouvernement français dont vous êtes devenus proche récemment ?”

Euclide Tsakalotos :
“Ces réformes du marché du travail, c’est une question à laquelle tous les pays doivent se confronter. Je ne pense pas que la situation en Europe soit mauvaise à cause du manque de flexibilité du marché du travail. On entend dire cela depuis des décennies. Il y a eu beaucoup d‘évolutions vers une plus grande flexibilité du travail et cela a eu peu d’effet sur l’emploi.
En général, par exemple en Grèce, les créanciers vont nous demander de rendre les licenciements plus faciles, mais on sait bien – et là, je m’exprime en tant qu‘économiste universitaire – que les résultats de ce type de mesures ne sont pas probants. Si les licenciements sont plus faciles, on fait ponctuellement baisser le chômage, mais en réalité, vous avez le même taux d’activité et les travailleurs se retrouvent davantage précarisés.”

“Rester dans l’UE, c’est la meilleure option pour le Royaume-Uni, l’UE et la Grèce”

Efi Koutsokosta :
“Parlons du Brexit : le Royaume-Uni organise un référendum pour demander à ses citoyens s’ils veulent quitter l’Union européenne ou y rester – ce que d’ailleurs, vous n’avez pas fait en Grèce – ? Qu’en pensez-vous ? Quelle serait la meilleure option pour le Royaume-Uni, pour l’Union et pour la Grèce ?”

Euclide Tsakalotos :
“Je suis certain que rester dans l’Union serait la meilleure option pour le Royaume-Uni, l’Union et la Grèce. Je n’ai aucun doute là-dessus.
En cas de Brexit, il y aura d’autres forces centrifuges et ces forces-là, on les a vues en action dans les années 30 sous la forme de dévaluations concurrentes et de nationalismes qui ont eu des conséquences redoutables comme chacun le sait. Donc, tout ceci m’inquiète beaucoup.
Mais il est aussi important que les Européens tirent la leçon de l’issue de ce référendum quelle qu’elle soit.
Disons que si par exemple, le camp du maintien dans l’Union ne l’emporte que de 2 à 3%, ce sera un énorme signal d’alerte. Si l’Europe ne réagit pas et n’assure pas aux gens ordinaires qu’il existe un plan d’action sur les salaires, les retraites, l’Etat providence, alors on aura d’autres épisodes comme le Brexit à l’avenir.”

L’UE ne doit pas “pousser les gens vers l’extrême-droite”

Efi Koutsokosta :
“Votre prédecesseur M. Varoufakis ne se lassait pas de répéter que l’Union européenne et bien sûr ses institutions ne fonctionnaient pas de manière démocratique. D’après votre expérience, peut-on être d’accord avec lui ?”

Euclide Tsakalotos :
“Je pense que cette question de la démocratie en Europe n’est pas vraiment le sujet. Je ne pense d’ailleurs pas que les politologues se soient vraiment penchés là-dessus ces dix dernières années.
Il est essentiel de ne pas qualifier de “populistes” les gens qui veulent avoir davantage leur mot à dire sur les questions qui les touchent dans leur quotidien. Si vous les appelez “populistes”, alors vous les poussez vers Le Pen, vers les personnes qui soutiennent le Brexit, vers l’extrême-droite. Il faut écouter ces gens qui disent : “Je veux avoir mon mot à dire dans les domaines qui touchent ma vie quotidienne et si l’Europe ne me le permet pas, je vais devenir anti-européen.”

Efi Koutsokosta :
“Quand pensez-vous que la situation en Grèce aura vraiment changé, que la population verra ces changements, pas seulement dans les chiffres, mais dans l‘économie réelle et au quotidien ?”

Euclide Tsakalotos :
“Je crois qu’on aura échoué si on se revoit dans cette émission dans un an et que les signes de la reprise ne sont pas là. Donc vous pouvez m’inviter dans un an – si vous le voulez [rires]- et me reposer cette question.
Mais j’espère qu‘à ce moment-là, les gens verront les effets des aspects liés au développement dans notre programme – le retour de la croissance, l’impact de l’assouplissement quantitatif -, je crois qu’alors, les choses auront beaucoup changé.”

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