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Une ex-magistrate révolutionne la mairie de Madrid

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Une ex-magistrate révolutionne la mairie de Madrid

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A Madrid, Manuela Carmena s’est emparée de la mairie il y a un an grâce au soutien de Podemos et des socialistes notamment, mettant ainsi fin à vingt-cinq ans d’exercice du pouvoir municipal par la droite. Cette ancienne magistrate de 72 ans qualifiée de naïve ou de rouge par ses détracteurs est un exemple de personnalité issue de la société civile qui accède à de hautes responsabilités. Un an après son élection, elle fait prendre un virage radical à la capitale espagnole et tente de répondre aux nombreuses attentes que son élection a suscitées.

Dans le parc du Retiro en plein centre de Madrid, c’est l’inauguration de la fête du livre, l’un des évènements les plus populaires de l’année auxquels se rendent les plus hauts représentants de l’Etat comme la Reine Letizia. Le protocole est bien rôdé.

Autre personnalité, autre style : à quelques mètres de là, dans la foule, Manuela Carmena, 72 ans, maire de Madrid. Les passants l’appellent par son prénom. Elue il y a un an grâce au soutien du parti Podemos et des socialistes notamment, cette ancienne juge madrilène sans étiquette est l’une des figures de proue de la nouvelle gauche espagnole. Elle a gardé sa simplicité qui a amené de nombreux Madrilènes à voter pour elle. Elle joue le jeu des autographes et s’efforce d’avoir un mot pour chacun. Un homme l’interpelle : “J’ai 81 ans, j’ai toujours vécu à Madrid et vous êtes la meilleure maire qu’on ait eue.” Manuela Carmena le remercie avant de lui faire remarquer : “Vous, on dirait que vous avez à peine 70 ans !”

Des airs de sympathique grand-mère

Manuela Carmena, c’est d’abord une façon d‘être : comme on le voit sur une vidéo amateur tournée en juin 2015 au lendemain de son élection, elle préfère prendre le métro plutôt que sa voiture avec chauffeur.

Sa nomination fait prendre un virage radical à Madrid, bastion de la droite pendant vingt-cinq ans. Avec elle, c’en est fini de la politique très conservatrice et des scandales de corruption. Le ton est donné dès la façade de la mairie : une banderole souhaite la bienvenue aux réfugiés.

Derrière ses airs de sympathique grand-mère se cache une femme politique d’action. En un an, elle a réduit de près de 20% la dette publique de la ville et stoppé les expulsions dans les logements sociaux.

Elle nous accueille dans son bureau. “La puissance de la crise économique provoquée par la bulle immobilière a plongé certains quartiers dans une situation économique très précaire, en particulier les zones du sud plus défavorisées, nous explique-t-elle. Ma mission, poursuit-elle, c’est de réintégrer ces quartiers à la ville non seulement pour améliorer leur niveau de vie, mais aussi pour leur redonner une dignité.”

Un vaste projet participatif

Rétablir le lien social, c’est la priorité de la politique municipale de la première magistrate. Elle a débloqué 60 millions d’euros pour financer des initiatives portées par les citoyens. “Ce projet participatif est très intéressant : il a pour objectif de renouer les liens entre citoyens et argent public, souligne Manuela Carmena. Si les Madrilènes veulent avoir un nouveau complexe sportif, une place ou un monument et qu’ils sont à l’origine de la démarche, je crois qu’ils en prendront beaucoup plus soin que si c’est quelque chose qui leur est imposé par les autorités,” insiste-t-elle.

Ce projet a recueilli 5000 propositions dont celles d’Antonio Gómez de l’association “Estarydurar” et de ses amis. Ce sont de jeunes passionnés de parkour : de l’escalade sur le mobilier urbain. Dans leur quartier de Vallecas, l’un des plus défavorisés de la ville, un centre d’entraînement dédié à ce sport va ainsi voir le jour grâce aux aides de la mairie.

Antonio Gómez nous montre le terrain qui a été retenu pour le projet : “Il y aura des obstacles de tailles différentes et de formes différentes pour qu’on puisse s’entraîner et sauter. On a établi un budget approximatif et les techniciens de la mairie nous ont aidés, on va toucher 150.000 euros, raconte-t-il. C’est du concret, c’est la première fois qu’on aura quelque chose à nous et surtout c’est la première fois qu’on nous écoute vraiment, que ce n’est pas que des paroles,” conclut-il.

Ce projet municipal est une première à Madrid, il s’inspire d’opérations similaires menées dans les villes de Reykjavik et New York. Les premiers fonds seront versés en janvier prochain.

Manuela Carmena sera-t-elle à la hauteur ?

Nous retrouvons Manuela Carmena dans un grand palace de Madrid. Ce soir-là, c’est elle, la vedette. Un grand quotidien de Madrid l’a désignée Femme de l’année. C’est la première fois qu’une personnalité politique de gauche reçoit ce Prix. Sa récompense en mains, elle réagit à la tribune : “En réalité tout cela, c’est un peu curieux parce qu’il y a un an, j‘étais une juge retraitée, une personne âgée, sympathique, mais quasiment inconnue et du jour au lendemain, toute ma vie est exposée au grand jour et il m’arrive de drôles de choses : c’est curieux ! s‘étonne-t-elle. Restons comme nous sommes, comme nous devons tous être,” dit-elle.

Dans le public, El Langui, l’un des rappeurs espagnols les plus engagés politiquement. Dans le clip de l’un de ses titres : “Trabajando en el barrio”, il se félicite à sa manière que la droite ne soit plus aux commandes de la mairie de Madrid. Comme beaucoup dans son quartier, il a voté pour Manuela Carmena, mais un an après son élection, il attend plus de sa part.

“Les quartiers ont besoin de son équipe, il faut qu’elle travaille plus en profondeur dans les endroits problématiques où le trafic de drogue continue et où tous les jours, des femmes luttent à mort pour sauver leurs enfants de ce fléau, elle en a parlé dans ses discours, rappelle El Langui. J’applaudis le changement, mais je te le dis, Manuela : ‘Viens faire un tour dans mon quartier pour voir l‘état des rues, attention ne te repose pas sur tes lauriers !’ “ lance-t-il.

Traitée de naïve ou de rouge par ses opposants, Manuela Carmena s’estime à la hauteur. Elle rappelle volontiers qu’en tant qu’avocate et magistrate, elle a passé sa vie à résoudre des conflits.

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