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Spécial Brexit : l'Allemagne ne veut pas se passer des Britanniques

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Spécial Brexit : l'Allemagne ne veut pas se passer des Britanniques

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Conciliante, voir complaisante face aux demandes de David Cameron.

Depuis le début, la Chancelière allemande, Angela Merkel a apporté son soutien à un accord européen sur mesure pour éviter la sortie du Royaume-Uni. Or, sans se prononcer directement sur le résultat du référendum sur le Brexit, Angela Merkel a fait savoir sa préférence à plusieurs occasions.


“Tout le monde parle de son propre point de vue. Je vais vous dire le mien : Nous voulons une Grande-Bretagne économiquement forte et prospère dans l’Union européenne. La décision appartient aux citoyens britanniques.” (29 avril, Berlin)

“Il y a des signes, tout ceux qui sont ici, au G7, je pense, souhaite que la Grande-Bretagne reste au sein de l’Union européenne, mais ce doit être bien sûr aux électeurs britanniques d’en décider”. (27 mai, Japon)

“Concernant les relations commerciales qui sont importantes pour l’Allemagne, pour la Grande-Bretagne et pour nous tous, il faut dire qu’un pays seul ne peut pas faire aussi bien. Voilà pourquoi, je suis certaine que cela profite à tous, que cela profite au peuple britannique, d’arriver ensemble, unis, en tant qu’Union européenne, à une table de négociations. Ce sera mieux pour le peuple britannique, mieux que s’il arrivait seul de l’extérieur”. (2 juin, Berlin).


Entretien avec René Pfister, Der Spiegel

René Pfister travaille pour le magazine allemand d’informations, “Der Spiegel” à Berlin. Il a accepté de répondre aux questions de notre journaliste allemand Christophe Debets et de nous éclairer sur ce point.

Alors quel résultat souhaiterait l’Allemagne ?


René Pfister : “Si l’on prend le gouvernement allemand, il n’y a aucun doute, il veut que le Royaume-Uni reste en Europe, au sein de l’Union européenne. Je pense qu’il y a deux raisons à cela :

D’abord, Angela Merkel a toujours un allié à Londres quand il s’agit de faire avancer des questions politico-économiques à Bruxelles. Par exemple, quand il est question de contracter des dettes ou d’opter pour une direction économique libérale, Merkel peut toujours compter sur le gouvernement britannique et elle aimerait que cela reste comme ça.

Ensuite, le Royaume-Uni était un empire, et grâce au Commonwealth, il a des contacts complètement différents des autres Etats européens. Il a un réseau différent de beaucoup d’autres en matière de politique étrangère. Berlin voudrait se pencher sur cela à l’avenir. Et bien sûr, le Royaume-Uni a une relation spéciale avec les Etats-Unis, et il y a donc un bon lien entre Bruxelles et Washington.”


Vous avez dit plus tôt que le gouvernement allemand souhaite que le Royaume-Uni reste partie prenante de l’Union. D’autres partis politiques en Allemagne pensent-ils autrement ?


René Pfister : “Non, je ne pense pas. Il y a certains membres d’Alternativ für Deutschland qui veulent que les Britanniques quittent l’Europe. Mais ce n’est pas un grand mouvement politique. Les sociaux-démocrates soutiennent clairement la chancelière et les Verts également. Même le parti AfD est divisé sur la question.”

Et si on en arrivait au Brexit, comment l’Allemagne réagirait-elle ?


René Pfister : “Tout d’abord, le gouvernement calmerait la situation. Il est assez évident qu’Angela Merkel ne dit rien pour le moment, parce qu’elle ne veut pas donner des munitions aux Eurosceptiques.

Si les Britanniques décidaient de quitter l’UE, alors je pense que Merkel prendrait la tête d’un mouvement, qui d’un côté, regretterait ce choix, mais de l’autre, dirait que cela ne signifie pas pour autant la fin de l’Union européenne, elle continuerait de se battre pour l’union en Europe. Ce mouvement dirait que les conséquences du Brexit seront aussi faibles que possibles. La stratégie serait de rassurer tout le monde.”


A quoi ressemblerait une Union européenne avec un Royaume-Uni qui dirait un petit oui pour en rester membre ? Les Allemands s’en inquiètent-ils ?


René Pfister : “Je pense que les Allemands sont plus inquiets de l‘état actuel de l’Union européenne. La crise des réfugiés montre que l’Europe part à la dérive. Le gouvernement allemand espérait que la crise des réfugiés unirait l’Union européenne en quelques sortes, que tous les Etats européens souhaiteraient participer à la recherche d’une solution. Mais ce que nous voyons, c’est que cette crise les a un peu plus divisés.

La plus grande inquiétude à ce jour, c’est que ces questions profondes, qui divisent l’Europe, prennent de plus en plus d’importance et que nous ne puissions plus gérer la situation.

La question qui va continuer de nous occuper ces prochaines années, c’est : pouvons-nous parvenir, à nous tous, à un consensus pour cette Europe ?”


Un Brexit pourrait être très coûteux pour l’Allemagne. Les 5 milliards d’euros de Londres manqueraient. L’Allemagne paie déjà 15 milliards d’euros. Payer plus ne ferait pas une grande différence, non ?!


René Pfister : “La question financière n’est pas importante. Quelqu’un finira bien par payer au final, les choses ne s’effondreront pas à cause de l’argent. Il est plus question de savoir si le Brexit deviendra le symbole de la désintégration européenne. Les gens se poseront des questions plus fondamentales, les eurosceptiques connaîtront un nouvel élan et l’Europe pourrait faire face à un effondrement total.”

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