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"L'OTAN a besoin d'une défense forte pour dialoguer avec la Russie"

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"L'OTAN a besoin d'une défense forte pour dialoguer avec la Russie"

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Beaucoup disent que le monde fait face à des défis de sécurité sans précédent et les solutions potentielles n’ont jamais semblé aussi difficiles à trouver. Alors que depuis longtemps, l’OTAN fait l’objet de critiques pour son manque de pertinence, l’organisation prépare son sommet à Varsovie les 8 et 9 juillet dans l’objectif de prouver le contraire et de montrer comment s’attaquer de manière réaliste et efficace à toute une série de crises.
A cette occasion, nous interrogeons le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, sur les attentes lors de ce sommet, sa position vis-à-vis de la Russie et les nouvelles opérations militaires de l’Alliance sur son flanc oriental. Pour lui, l’Alliance “est en train de s’adapter à un nouvel environnement plus exigeant en matière de sécurité” et il ajoute : “L’OTAN n’a pas le luxe de pouvoir choisir de faire face soit aux menaces et défis qui viennent du Sud, soit aux défis que l’on voit affluer de l’Est, nous devons y faire face simultanément.”

Isabelle Kumar, euronews :
“Quelle est la principale avancée à laquelle vous voulez aboutir lors de ce sommet de Varsovie ?”

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN :
“Le principal message à faire passer, c’est que l’OTAN est en train de s’adapter à un nouvel environnement plus exigeant en matière de sécurité, à un monde plus dangereux et c’est ce que nous faisons en renforçant nos défenses collectives en Europe, mais aussi en travaillant davantage avec des partenaires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, pour les aider à stabiliser leur pays. S’ils sont plus stables, nous serons davantage en sécurité.”

“Le Royaume-Uni restera un allié fort et engagé au sein de l’Alliance”

Isabelle Kumar :
“Nous verrons comment ces sujets seront traités, mais – comme vous l’avez dit vous-même par le passé -, pour nous tous, le contexte mondial est très incertain. Ce qui a été exacerbé par la décision de la Grande-Bretagne de quitter l’Union européenne et avant même le référendum, vous avez dit – je cite – : “Un Royaume-Uni fort dans une Europe forte, c’est bon pour le Royaume-Uni et c’est bon pour l’OTAN. Il semble que nous n’ayons ni l’un, ni l’autre. A quoi faut-il s’attendre maintenant ?”

Jens Stoltenberg :
“La décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne change évidemment les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, mais cela ne modifie pas la position du Royaume-Uni au sein de l’OTAN. Il va continuer à être un allié fort et engagé au sein de l’Alliance et c’est quelque chose d’important parce qu’au sein des alliés européens de l’OTAN, ce pays finance environ un quart des dépenses militaires. Et donc, il est important que les Britanniques restent des alliés forts au sein de l’Alliance. Pour notre part, nous continuerons de développer notre coopération avec l’Union européenne, ce sont les principales questions que nous aborderons lors de notre sommet à Varsovie.”


Biographie: Jens Stoltenberg

  • Jens Stoltenberg est le 13ème secrétaire général de l’OTAN
  • Il a occupé deux fois le poste de Premier ministre de Norvège (2000-2001 et 2005-2013)
  • Il est titulaire d’un diplôme de troisième cycle en économie de l’Université d’Oslo
  • Il est né à Oslo en Norvège le 16 mars 1959

“L’UE et l’OTAN font face aux mêmes menaces”

Isabelle Kumar :
“Justement, vous êtes en train d‘élaborer un pacte OTAN-Union européenne, mais la Grande-Bretagne n’en fait plus partie, elle pourrait être une entité séparée (on ne sait pas comment les choses vont évoluer) et donc, vous aurez face à vous, très probablement, une Union européenne faible et démunie. Or ce n’est pas vraiment le genre de partenaire que vous souhaitez.”

Jens Stoltenberg :
“L’Union européenne n’est pas faible. Elle continuera à être importante pour l’ensemble de l’Europe. Nous faisons face aux mêmes défis et menaces, mais ni l’Union européenne, ni l’OTAN n’ont toutes les réponses, tous les outils à disposition, mais ensemble, nous pouvons fournir une réponse très exhaustive aux défis que doit relever l’Europe aujourd’hui.”

Isabelle Kumar :
“L’un des autres dossiers prioritaires évidemment lors du sommet de Varsovie, c’est la Russie.
L’OTAN a mené en Pologne, ses plus grandes manoeuvres en Europe centrale depuis 1989 et vous espérez envoyer quatre bataillons sur le flanc oriental de l’Alliance. Quel message tentez-vous d’adresser à la Russie et pensez-vous qu’elle soit forcément intimidée par cela ?”

Jens Stoltenberg :
“Le message que nous adressons, c’est que nous sommes prêts à défendre tous les alliés et qu’une attaque contre l’un des alliés signifierait une attaque contre toute l’Alliance.
C’est de la dissuasion, de la défense et il est aussi important pour la stabilité en Europe que l’OTAN continue d‘être forte en matière de dissuasion et de défense.
L’OTAN ne cherche pas la confrontation, on ne veut pas d’une nouvelle guerre froide, d’une nouvelle course aux armements, donc on continue d’oeuvrer pour la poursuite du dialogue politique avec la Russie, pour réduire les tensions et pour établir de meilleures relations.”

Russie : “Pas de contradition entre une défense forte et le dialogue”

Isabelle Kumar :
“Vous dites ne pas vouloir faire dégénérer la confrontation, attiser les tensions, mais le ministre allemand des Affaires étrangères voit les choses très différemment : il vous accuse de “bellicisme”, de “recours aux armes” avec ces opérations militaires qui prennent de l’ampleur. Que lui répondez-vous ?”

Jens Stoltenberg :
“Les 28 alliés de l’OTAN ont tous donné leur feu vert aux décisions que nous avons prises, d’abord au sujet du renforcement de notre présence militaire dans la région orientale de l’Alliance – ces exercices supplémentaires – l’OTAN participe à ces exercices et je salue sa participation -.
Mais les 28 alliés se sont aussi entendus sur l’importance de continuer à oeuvrer pour un plus grand dialogue politique, une coopération avec la Russie. Et l’Allemagne a été aux avant-postes de ces deux démarches.
Et il n’y a pas de contradiction entre une défense forte et le dialogue. En fait, nous avons besoin de cette défense comme tremplin pour engager le dialogue politique avec la Russie.”

Isabelle Kumar :
“Mais avec toutes ces ressources aujourd’hui focalisées sur la Russie, cela veut-il dire que du coup, il y en a moins pour le Sud, par exemple pour la crise des migrants ? L’OTAN sera-t-elle capable de jouer un rôle de leader sur les migrations ou continuera-t-elle de se tenir au second plan ?”

Jens Stoltenberg :
“L’OTAN n’a pas le luxe de pouvoir choisir de faire face soit aux menaces et défis qui arrivent du Sud, soit aux défis que l’on voit affluer de l’Est, nous devons y faire face simultanément. Et donc l’OTAN fait beaucoup pour essayer de stabiliser nos voisins du Sud également.
Nous avons accru notre présence en Turquie, l’allié de l’OTAN qui est le plus touché par la crise, par les combats en Irak et Syrie.
Nous continuons d‘être présents en Afghanistan – la plus grande mission de notre Histoire – et nous avons commencé à entraîner des officiers irakiens pour qu’ils soient en mesure de renforcer les capacités de l’Irak dans la lutte contre le terrorisme et dans la stabilisation du pays.
Et tout cela, c’est important pour s’attaquer aux causes profondes de la crise des migrants et des réfugiés en Europe, aider les pays de la région à se stabiliser.
L’OTAN a aussi joué un rôle dans la crise des migrants et des réfugiés en Europe en déployant des navires en mer Egée, en travaillant en collaboration avec l’Union européenne et en participant aux efforts qui ont fait baisser le nombre de traversées illégales en mer Egée de manière significative : de plusieurs milliers de personnes par jour, on est passé à un chiffre proche de zéro. Et l’OTAN a contribué à ces efforts par sa présence en mer Egée.”

“Efforts militaires et civils”

Isabelle Kumar :
“Ceux qui vous critiquent diraient que vous avez été très lents à vous adapter à la crise terroriste, que l’OTAN est en difficulté dans une guerre asymétrique."

Jens Stoltenberg :
“Ce que fait l’OTAN, c’est qu’elle s’attaque aux causes profondes en étant présente en Afghanistan, en formant les forces irakiennes, en étant présente en Jordanie, en Tunisie et aussi bien sûr en Turquie qui se situe à la frontière de cette crise et de l’instabilité en Irak et en Syrie. Et puis, nous apportons aussi notre soutien à la coalition qui combat le groupe Etat islamique.
Donc, c’est en partie grâce à ses efforts militaires que l’OTAN joue un rôle-clé, mais aussi grâce aux efforts civils pour lesquels l’Union européenne et d’autres assument le rôle de leader.”

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