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Le double visage de l'écologie marocaine

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Le double visage de l'écologie marocaine

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L‘élément déclencheur est un contrat passé entre le royaume marocain et l’Italie. Ce contrat permet à la région de Campanie d’envoyer des déchets sur la côte ouest marocaine pour les recycler. C’est ainsi que la commune de Jorf Lasfar, port stratégique situé à l’ouest du Maroc, a reçu 2 500 tonnes de déchets. C’est le site Hespress.com qui a lancé l’alerte le 30 juin, reprenant des médias italiens. L’information a pris de l’ampleur à une vitesse folle, jusqu‘à devenir une question centrale dans la politique nationale.

Ouadi Benabdellah, député du Rassemblement national des indépendants (RNI), a déposé une question écrite pour la ministre de l’Environnement dans ce sens. Le but de la question est de comprendre la raison de cette importation de déchets, ainsi que les risques que cela comprend.

Le gouvernement marocain pris de cours par les protestations

C’est à ce moment que la valse des justifications commence du côté du gouvernement marocain. D’abord très sûr de lui, le ministère de l’Environnement explique que “cette importation est conforme à la loi et se fait en collaboration avec l’Association professionnelle des cimentiers [APC].“ Elle respecterait une convention “qui fixe les mesures et conditions d’importation de ce type de déchets et leur utilisation comme combustibles dérivés dans les fours des cimenteries équipées de filtres et d’appareils de mesure des émissions atmosphériques“. Ce serait même, toujours selon le ministère, une phase de test en vue de développer une filière qui permettrait d’utiliser un nouveau type de combustible pour remplacer les énergies fossiles. Ce combustible serait fait de déchets RDF (Refuse Derived Fuel), qui englobent les plastiques et pneumatiques non dangereux.

Ce communiqué ne parvient cependant pas à calmer les foules, et une pétition en ligne est lancée. La Coalition Marocaine pour la Justice Climatique publie même un communiqué sur sa page Facebok le 2 juillet pour réaffirmer son inquiétude quant à ce projet, et demande au gouvernement d’agir avec transparence.

L’écologie, nouveau centre d’attention de la population marocaine

Devant les protestations grossissantes, Hakima El Haité, ministre de l’Environnement, revient sur ses pas. Finalement, “la décision d’importer ces déchets italiens n’a pas encore été prise. Deux autres analyses capitales devraient être effectuées sur ces 2 500 tonnes de déchets de type RDF“.

Cela ne suffit toujours pas à calmer la population marocaine, qui se rassemble dans la rue pour protester, et réclamer une transparence accrue du gouvernement. L’inquiétude vient aussi du fait de la provenance des déchets. L’Italie a été condamnée en 2015 pour sa gestion défaillante des déchets, particulièrement à Naples, capitale de… Campanie.

Dernier changement de plan en date pour le gouvernement, le 11 juillet : un communiqué officiel explique que “l’importation des RDF (Refuse Derived Fuel) de la région Pescara, en Italie, a été réalisée conformément aux dispositions de la loi relative à la gestion des déchets. Elle respecte aussi la loi relative à leur élimination et à la convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux et de leur élimination, dont le Maroc est signataire.“, Ce communiqué rappelle que “le Maroc importe en moyenne 450 000 tonnes par an de produits de recyclage des déchets“.

Alors que les protestations se multiplient, que l’inquiétude de voir des déchets potentiellement toxiques arriver massivement sur le territoire marocain augmente, le pays essaie pourtant de tendre vers des normes plus écologiques et a interdit l’utilisation de… sachets plastiques. Les mêmes déchets qui sont importés d’Italie.

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