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Une « sorte de crise de confiance » entre la Turquie et ses partenaires

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Une « sorte de crise de confiance » entre la Turquie et ses partenaires

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Après le coup d’Etat manqué en Turquie, les partenaires d’Ankara s’interrogent sur les conséquences politiques et stratégiques de cette tentative de putsch. Euronews a interrogé Marc Pierini, chercheur au Carnegie Europe à Bruxelles.
 
Euronews :
« Qu’est-ce qui va se passer dans les prochaines heures, dans les prochains jours, en Turquie? »
 
Marc Pierini : 
« Je dirai que visiblement le pouvoir a été ébranlé puisque, pas plus que les observateurs étrangers, il ne s’y attendait. Donc il y a forcément une réaction, il y a un nettoyage de l’armée. Mais on voit très bien que cette réaction est beaucoup plus large que simplement l’armée. Et donc l’inquiétude en Occident, en Europe en particulier, c’est que tout ceci se passe en dehors de l’État de droit et renforce le caractère autocratique du régime. En même temps on a vu apparaître un autre élément, qui à mon sens est fondamentalement nouveau à cette échelle, c’est que dans la reprise du contrôle dans la nuit du coup d’État les imams ont été instruits par la direction des affaires religieuses de convoquer les gens dans la rue, sur ordre du président. Donc ça c’est une irruption de la religion, de l’appareil religieux, dans la vie politique turque qui est plus forte qu’elle n’a jamais été dans les années récentes. »
 
Euronews :
« Est-ce que ce coup d’État peut menacer les relations entre l’Union européenne et la Turquie? »
 
Marc Pierini :
« Pour le moment je dirai que c’est une sorte de crise de confiance en quelque sorte parce que tout ceci intervient quelques jours après le sommet de l’Otan à Varsovie et à un moment où les opérations contre l’Etat islamique redoublent d’intensité, notamment à cause des attentats en France, à Nice, en Belgique au mois de mars et donc il est attendu de la Turquie au moment où l’Otan lui offre plus de protection qu’elle prenne une action décisive et pas une action ambivalente envers l’État islamique. Donc est-ce qu’il y aura un effet dilatoire ou d’incertitude sur l’action turque dans la coalition anti-Etat islamique c’est une question qui se pose. »

Euronews :
« Est-ce que les événements de ce week-end peuvent remettre en cause l’accord migratoire que les Européens et les Turcs ont signé il y a quelques semaines ? »
 
Marc Pierini :
« Je ne crois pas. Je crois que le deal sur les réfugiés avancera mais sur son chemin à lui. Naturellement la difficulté sur la loi anti-terrorisme est liée à la libéralisation des visas, ce n’est pas maintenant que la Turquie va accepter. Donc cette conditionnalité-là elle est sur le côté et la libéralisation des visas est aussi sur le côté. Là où il y a une inquiétude, elle est beaucoup plus fondamentale et elle n’est pas liée à l’affaire des réfugiés, c’est que la Turquie aujourd’hui parle ouvertement depuis deux jours de rétablir la peine de mort. Comme chacun sait la peine de mort a été éliminée en 2004 comme l’une des conditions préalables pour ouvrir les négociations avec la Turquie. Si elle devait être réintroduite cela signifierait inévitablement la suspension des négociations parce que c’est l’un des piliers fondamentaux du concept européen de l’État de droit.»

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