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Patrimoine immatériel : numériser pour l'avenir

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Patrimoine immatériel : numériser pour l'avenir

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Quel avenir pour les danses et musiques traditionnelles, les arts du spectacle, les pratiques sociales ou rituelles, bref tout ce qui fait la culture des communautés ? Pour éviter leur disparition, un projet de recherche européen mené notamment à Thessalonique en Grèce établit une base de données du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Le patrimoine culturel de l’humanité ne se limite pas aux monuments, à l’architecture et à des collections d’oeuvres. Il est aussi immatériel. Or les formes d’art populaire transmises souvent oralement, de génération en génération, comme les danses traditionnelles, les musiques folklorique ou l’artisanat traditionnel, sont particulièrement difficiles à documenter et à étudier. Pour y remédier et mieux prévenir leur disparition, un projet de recherche européen baptisé I-Treasures est en train d‘établir une base de données entièrement dédiée aux trésors du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Danse et human beatbox

A Thessalonique en Grèce, découvrons le travail de quelques-uns des partenaires du projet. Nous assistons à la captation d’une chorégraphie interprétée par une danseuse. “On utilise les nouvelles technologies pour analyser les mouvements de manière à enregistrer les données du squelette de la danseuse, indique Cosmas Dimitropoulos, ingénieur électrique et informatique au Centre de recherche et technologie Hellas (Institut des technologies de l’information CERTH-ITI), l’une des institutions participantes du projet. Ensuite, ajoute-t-il, nous modélisons ces informations pour bien comprendre ses différentes postures.”

L‘équipe a trouvé comment référencer de nombreuses formes d’expression corporelle parfois millénaires comme le chant byzantin grâce aux technologies de détection et de traitement des signaux. Dimitrios Manousis, professeur à l’Université ecclésiastique de Thessalonique et à l‘école de musique Giannitsa, précise : “On va créer cette base de données, puis on sera capable de traiter les résultats et ensuite de transmettre ces informations aux chercheurs.”

Le recueil simultané de données de tout type permet aux scientifiques de créer des modèles caractéristiques pour chaque expression créative. Nous assistons à l’enregistrement de la performance de Paul Vignes, musicien qui pratique le human beatbox. Il nous décrit le dispositif nécessaire : “Il y a deux micros piézo-electriques sur mon nez qui sont là pour prendre les vibrations et le taux de nasalisation d’un son, la caméra qui prend le mouvement des lèvres, un microphone qui prend les données sonores et un capteur à ultrasons pour pouvoir voir les mouvements de la langue de manière moins intrusive,” énumère-t-il.

Inventer de nouveaux instruments de musique

Dans le cadre du projet, ces chercheurs ont aussi mis au point une technique innovante pour concevoir de nouveaux instruments de musique. Nous voyons comment une scientifique équipée de capteurs agite les bras au-dessus d’un équipement muni d’une vitre transparente. Ses mouvements génèrent des sons.

Sotiris Manitsaris, de l’Ecole nationale supérieure des Mines de Paris (ENSMP) et de l’Association pour la recherche et le développement des méthodes et processus industriels (ARMINES), nous précise : “L’idée, c’est de s’inspirer des gestes pianistiques pour créer une très large gamme de sons sans être obligé de passer par des mécanismes intermédiaires qui interfèrent entre le geste et la musique tels que les touches, les cordes pour la guitare, etc.”

L’Unesco a alerté sur le risque de disparition rapide de l’ensemble des formes culturelles immatérielles, notamment du fait de la mondialisation. D’après ces scientifiques, les nouvelles technologies peuvent aider à les préserver. “Le projet vise à contribuer à cet effort, souligne Nikolaos Grammalidis, coordinateur du projet I-Treasures et ingénieur informatique et électrique du Centre de recherche et technologie Hellas (CERTH-ITIS), en tirant profit des nouvelles technologies de l’information pour enregistrer, analyser, visualiser et partager cet héritage culturel et en ciblant en particulier, des utilisations dans l‘éducation et la recherche.”

Des retombées économiques

Des archives numériques du patrimoine immatériel sont non seulement utiles au monde universitaire et à l’enseignement, mais aussi à l‘économie. Des initiatives commerciales peuvent en découler. “Comme dans ce projet, l’objectif est d‘être capable de partager, de modéliser nos résultats et d‘être prêt à travailler avec différents secteurs : par exemple, le tourisme, l‘éducation, etc.,” affirme Marinos Ioannidis de l’Institut de technologie de Chypre, conseiller sur le projet I-Treasures.

Ces archives seront précieuses pour les générations à venir : grâce à elles, elles pourront mieux connaître leurs traditions et définir leur identité.

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