DERNIERE MINUTE

Vous lisez:

Le film de la semaine : Clash

cinema

Le film de la semaine : Clash

En partenariat avec

Très peu de films ont été réalisés dans le monde arabe sur les révolutions qui ont touché cette région. L’Egyptien Mohammed Diab a eu le courage de traiter à chaud du chaos engendré par un pouvoir aux abois et à l’échec patent des révolutions. Une raison suffisante pour voir ce Clash, nerveux et ambitieux à souhait.

On avait découvert Mohammed Diab avec le très réussi premier film Les Femmes du bus 678 qui osait parler d’un problème qui gangrène la société égyptienne, et plus largement le monde arabe : le harcèlement sexuel. Alors que l’Egypte a un long et riche passé cinématographique, peu d’auteurs aujourd’hui ont trouvé le chemin du grand écran. L’industrie préfère les bluettes ou les films d’action, et entre les deux, peu de place aux films qui peuvent avoir une résonnance sociale. Si on ajoute à ces raisons économiques, l’extrême pression du pouvoir politique qui sort les ciseaux de la censure au moindre doute de subversion, l’existence même de Clash est à louer.

Clash ne se contente pas d’être un film engagé, c’est aussi un film réussi. Diab situe son film en 2013, deux ans après la révolution égyptienne, au lendemain de la destitution du Président Morsi, Frère musulman porté à la tête de l’Etat démocratiquement, certes, mais grâce à un discours réactionnaire, bigot et démagogue. C’est l’armée, au pouvoir, qui le renverse, et les émeutes sont légions. Diab nous plonge au cœur de l’une de ces manifestations spontanées où toutes les franges de la population sont représentées, les religieux comme les pro-militaires, et une grande majorité qui n’aspire qu’à vivre tranquillement mais qui se retrouve malgré elle au milieu du chaos. Un portrait de l’Egypte contemporaine précieux et loin du manichéisme véhiculé la plupart du temps. C’est très légitimement que le film a fait l’ouverture d’Un Certain Regard à Cannes cette année.

Le tour de force du film est avant tout technique. Diab en effet réussit à enfermer les spectateurs pendant plus d’une heure trente une vingtaine de personnes à bord d’un fourgon blindé. Un espace clos, un véhicule blindé dont on ne peut s’échapper, et dont le conducteur visiblement, ne connaît pas la destination. Une métaphore, s’il en est, de la société égyptienne. Grâce à un montage syncopé, une bande-son extrêmement travaillée et une utilisation maximum des angles et des points de vue, le réalisateur nous fait oublier l’enfermement. L’espace confiné devient agora, là où toutes les opinions s’expriment. Et c’est l’autre réussite du film : échapper à tout manichéisme, renvoyer dos à dos partisans d’un pouvoir fort et frères musulmans pour donner au final une vision transversale d’une société déboussolée qui fonce dans le mur. Clash nous éclaire plus que n’importe quel reportage partiel sur une Egypte clivée, loin des approximations et raccourcis ambiants qui se contentent de renvoyer les fanatiques militaires et religieux dos à dos. Ici, c’est le peuple qui s’exprime, dans toute sa diversité et sa complexité.

Frédéric Ponsard

Prochain article