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Les élections en Russie en quelques mots

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Les élections en Russie en quelques mots

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Les élections générales : pourquoi nous devrions y prêter une attention particulière


Le 18 Septembre près de 112 millions d‘électeurs russes vont élire les 450 membres de la chambre basse du Parlement (la Douma, comme on l’appelait avant 1917 et de nouveau depuis 1993). Les élus sont les représentants directs des entités territoriales de la Russie.
Il y aura également le même jour une série d‘élections locales, d’où l’expression “jour du scrutin unifié”.

Le Parlement est le principal organe législatif de la Fédération de Russie. Il approuve les projets de loi qui sont ensuite envoyés au président pour sa signature. Selon la Constitution, l’ “initiative législative” (à savoir, le droit de proposer des projets de loi) est la propriété à la fois du gouvernement (avec le président) et de la Douma. Cette dernière amène habituellement plus de la moitié des projets de lois.

La production de la Douma actuelle est tout simplement stupéfiante : entre 2011 et 2016 (la période du mandat) plus de 6000 projets de lois ont été examinés, qui ont abouti à 1816 lois. A titre de comparaison, son homologue anglais a produit 145 lois d’intérêt public depuis 2012, et le Congrès américain 183 lois depuis janvier 2015. Ce niveau démentiel de production législative à donner lieu à des surnoms pour la Douma comme “l’imprimante folle“.

Parmi ces lois beaucoup ont attiré l’attention internationale, y compris l’interdiction pour des citoyens américain d’adopter sur le sol russe. Dans la même veine, des personnes venant de pays où le mariage homosexuel est légalisé auront des droits d’adoption limités. Encore dans une logique de répression des homosexuels, une loi sur la protection des enfants contre la pornographie a fait réagir les adversaires du gouvernement, qui ont averti que cette loi pourrai être utilisé pour censurer Internet et cibler les organisations LGBT. Autre loi qui a concentré les regards : la création du statut d’agents “étranger” que les ONGs jugent comme un outil de pression. Enfin, les lois anti-terroristes qui, selon leurs détracteurs, équivalent à la création orwellienne “Big Brother”.

D’autres lois, bien moins médiatisé en Occident, comprennent plus de protection pour les dépôts bancaires, un accès plus facile aux médicaments pour les patients atteints de cancer, l’assouplissement des règles pour libérer les voitures en fourrière et l’interdiction de fumer dans les lieux publics.

En quoi cette élection est différente des précédentes

?
Sur le papier, cette élection offre un peu de calme comparé au climat électoral tendu de ces dernières années. Tout d’abord, la moitié des députés seront élus dans des districts à mandat unique ce qui permet d’augmenter les chances de succès pour l’opposition et des candidats indépendants. Tandis que beaucoup saluent la réintroduction de districts à mandat unique (initialement mis au rébut en 2005), d’autres pensent que cela risque de compliquer le processus législatif.

Le nombre de listes candidates a par ailleurs doublé : en 2011, elles étaient 7, cette année elles sont 14. Dans les nouvelles listes sont apparus le mouvement Parnas, une liste civile pro-libérale, et une liste écologiste.

Enfin, le chef controversé de la Commission électorale centrale, Vladimir Tchourov surnommé par l’opposition “Le Magicien” après une présumée fraude électorale durant son mandat (2007-2016), a été remplacé en mars dernier par Ella Pamfilova qui a des références sociales et libérales fortes, y compris comme médiateur pour les droits de l’Homme ou encore ministre de la protection sociale dans plusieurs gouvernements. Même si elle n’a aucun moyen d’influence sur la campagne elle-même, les partisans de sa candidature espèrent qu’elle va surveiller d‘éventuelles irrégularités lors du vote.
En terme de nouveautés, sur une note plus controversée, ce sera la première élection de la Douma tenue en Russie après la Crimée. Alors que les électeurs russes patriotiques se félicitent de cette enthousiasme, la tenue du vote en Crimée a soulevé des protestations prévisibles en Ukraine où, en réponse, le président Porochenko a interdit le vote dans les consulats russes et l’ambassade sur le sol ukrainien.

Mais est-ce que cela intéresse les Russes ?

  Apparemment, pas vraiment. Selon un sondage réalisé par Levada-Center, le seul grand institut de sondage russe véritablement indépendant, 43% des Russes n’ont pas du tout suivi la campagne 2016 , alors que 43% ont répondu avoir suivi “de loin”. Seulement 9% ont dit qu’ils ont été vraiment attentifs.

Un autre sondage de Levada explique que 50% des participants à l’enquête disent qu’ils vont probablement aller aux urnes. Alors que certains observateurs ont blâmé cette apathie des électeurs pendant campagne d‘été notamment à cause du fait que le vote tombe un dimanche dans une période où les russes font leurs “pélerinages” en campagne (la résidence secondaire à la campagne est comme un sanctuaire pour les Russes), certains électeurs estiment que leur vote ne changera grand chose. Les autres réponses aux critiques sont qu’ils ne croient pas aux compétences des politiciens actuels ou, enfin, même pour les électeurs libéraux, ils ne connaissent pas les candidats assez bien (ce qui revient sur la critique précédente : la campagne a eu lieu l‘été et les partis libéraux n’ont pas eu les fonds suffisants pour mener une campagne entière).

Est-ce que l‘élection est susceptible de changer quelque chose?

  Encore une fois, pas vraiment. A moins d’avoir une boule de cristal, personne ne peut répondre à cette question définitivement. Mais les sondages indiquent que même avec la chute des évaluations du parti au pouvoir “Russie unie”, ce dernier gagnerait confortablement la majorité nécessaire dans la prochaine Douma. Selon les sondages tenus à la fin de août, sur 14 partis sur le bulletin de vote seulement quatre – les mêmes qui étaient assis dans la dernière Douma – dépassent les 5% requis pour entrer au Parlement. Il est donc fort possible que la future Douma soit la même que l’actuelle. Et tandis que de nombreux Russes pourraient accueillir cela comme un signe de la stabilité, cela pourrait pousser certains partisans de l’administration russe actuelle de ne pas aller voter le 18 septembre : si rien ne va changer, alors pourquoi déranger?

Par Serguei Doubine, traduit par Nathan Lautier

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