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Nagorno-Karabagh : "une guerre de pouvoir"

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Nagorno-Karabagh : "une guerre de pouvoir"

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Notre reporter Valérie Gauriat s’est rendue au Nagorno-Karabagh où un conflit gelé continue de faire des victimes depuis plus de vingt ans. Les dernières hostilités remontent à avril dernier. Les indépendantistes arméniens de cette enclave d’Azerbaïdjan, république auto-proclamée, s’opposent toujours régulièrement aux forces azerbaïdjanaises le long de la ligne dite de contact. Mais ces affrontements sporadiques ne doivent pas faire oublier la lutte d’influence que se livrent sur place, de manière indirecte, la Turquie et la Russie.

Sophie Claudet, euronews :
“Valérie, qu’est-ce qui fait que le Haut-Karabagh se trouve au centre d’un tel conflit ? Est-ce une question de ressources naturelles ? S’agit-il d’un conflit d’influence historique entre – disons – l’Arménie chrétienne et l’Azerbaïdjan musulman ?

Valérie Gauriat, euronews :
“Il y a des ressources naturelles au Haut-Karabagh comme de l’or par exemple, mais pas en quantités suffisantes pour justifier un conflit, ça n’a jamais été l’enjeu.
Ce n’est pas non plus considéré vraiment comme un conflit religieux, les Arméniens chrétiens et les Azéris musulmans ont coexisté pendant des siècles dans la région.
Ce qui fait qu’il faut se préoccuper de ce petit territoire, c’est que si le conflit dégénère vraiment, l’impact ne concernerait pas seulement cette zone, mais tout le Caucase et cela pourrait potentiellement déstabiliser l’ensemble de l’Europe et au-delà.”

Zone d’influence

Sophie Claudet :
“La Russie a des liens historiques avec l’Azerbaïbjan tout en soutenant aussi l’Arménie aujourd’hui- alors que la Turquie est du côté de l’Azerbaïdjan. S’agit-il d’une guerre par procuration ?”

Valérie Gauriat :
“Oui, là, on touche aux enjeux du conflit à plus grande échelle. La Russie soutient effectivement l’Arménie, elle est son principal fournisseur d’armes, elle possède deux bases militaires sur place, l’une près de la frontière turque. Elle a signé un traité de défense avec l’Arménie qui prévoit qu’elle la soutienne et la protège en cas de confit.
La Russie est aussi très proche de l’Azerbaïdjan et elle est aussi son principal fournisseur d’armes, ce qui veut dire des fonds conséquents pour le budget russe. C’est pour elle, un moyen d’assoir son influence dans la région.
De la même manière, la Turquie veut elle aussi accroître son influence dans la région, dans le Caucase. Donc, c’est une guerre par procuration, pas une guerre au sens strict, plutôt une guerre de pouvoir.”

Sophie Claudet :
“Vous avez dit, Valérie, que la Russie vend des armes à la fois à l’Arménie et à l’Azerbaïdjan, ce qui est un aspect intéressant. Jusqu’où va le soutien de la Turquie à l’Azerbaïdjan ?”

Valérie Gauriat :
“Il y a beaucoup de liens économiques, beaucoup d‘échanges. Il y a également la volonté de la Turquie de contrôler les itinéraires d’approvisionnement en énergie. Enfin – et c’est peut-être le plus important -, il y a la volonté du président Erdogan de montrer qu’il soutient toutes les minorités turco-musulmanes à travers le monde et c’est un aspect très important dans la position d’Ankara.”

“Une situation potentiellement très grave et dramatique”

Sophie Claudet :
“Donc pour conclure, il est probable que ce conflit s’enlise pour l’instant, sans réelle perspective de paix et sans intensification majeure des violences ?”

Valérie Gauriat :
“Oui, c’est un scénario possible, mais ce n’est pas tellement un conflit gelé, je dirais qu’il est plutôt en train de couver. Il a fait des victimes depuis plus de vingt ans et il en fera encore s’il n’est pas réglé.”

Sophie Claudet :
“Mais il peut y avoir un aspect dissuasif sur ce qu’impliquerait un embrasement du conflit à cause de toutes les puissances impliquées…”

Valérie Gauriat :
“Effectivement, si la Turquie est impliquée, si l’Iran – un autre pays voisin – est impliqué, si la Géorgie est impliquée, la situation pourrait devenir très, très grave et dramatique pour toute la région, pour l’ensemble de l’Europe et au-delà.
Il reste une inconnue qui pourrait influencer l‘évolution de la situation, c’est la personnalité des dirigeants impliqués : Aliyev en Azerbaïdjan, Sarkissian en Arménie, mais aussi Erdogan en Turquie et Poutine bien entendu.”

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