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Le film de la semaine: Juste la fin du monde

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Le film avait mis en émoi la Croisette au Printemps, partageant les festivaliers entre ceux qui criaient au génie et les autres à la fumisterie. Eloigné du tumulte cannois, Juste la fin du monde est juste un drame familial exacerbé, loin des sommets auxquels Xavier Dolan nous avait habitué. A 27 ans, le jeune prodige québécois montre même déjà quelques tics formels, et une direction d’acteurs qui préfère l’excès à l’intériorité…

Deux ans après le succès public et critique de Mommy, Dolan revient avec à nouveau avec un film « familial » s’il en est. Ou le retour du fils prodige dans sa famille qu’il avait quitté dix ans plus tôt, à base de secrets enfouis et d’émancipation sexuelle. Devenu écrivain, Louis-Jean revient donc dans son village natal pour annoncer… sa mort prochaine (certainement d’un mal qui ressemble au Sida, jamais nommé). Il va retrouver la maison et le cercle familials, mais rien ne va se passer comme prévu, et toutes les rancoeurs et non-dits accumulés aux cours de ces années d’absence vont ressurgir de manière éruptive.

Après une ouverture en un long plan séquence élégiaque en voix-off, le narrateur-écrivain interprété par Gaspard Ulliel (le film est tiré d’une pièce de théâtre autobiographique de Jean-Luc Lagarce, décédé à l’âge de 38 ans du Sida), Dolan va nous plonger pendant 1h30 dans un enchaînement de disputes, de reproches, de pleurs, de colères et de résilience. Chaque personnage du tableau familial va révéler ses névroses, mais la barque est tellement chargée qu’on se demande à tout moment si elle ne va pas couler. Le film est servi par une brochette d’acteurs français (l’action est censée se passer au Québec), certes excellente, mais qui ont eu comme indication de jouer à plein régime et forcer leurs traits de caractère. On retrouve ainsi Vincent Cassel en frère sanguin et violent dont les veines ressortent à chaque saillie, Marion Cotillard en épouse servile et humiliée qui baisse les yeux, Léa Seydoux en sœur fumeuse de joints qui a les pupilles explosées tout au long du film, et Nathalie Baye en mère « Absolutely Fabulous », perruque et maquillage outrageux à l’appui. Malheureusement, nous ne sommes pas au théâtre, et l’excès dans leur jeu dessert la crédibilité des personnages sur la longueur du film.

Autant Mommy réussissait à nous émouvoir par la fulgurance des acteurs et les inventions formelles et narratives, autant Juste la fin du monde se perd en exagération et en « trucs » visuels dont Dolan devrait se méfier, au risque de perdre la spontanéité de son cinéma. Il truffe ainsi son film de passages sans dialogue censés être des respirations pour le personnage du fils, mais qui ressemblent surtout à des clips agrémentés de tubes pop et de nuages qui filent à l’horizon. Le Natural Blues de Moby qui sert de générique de fin ne fait qu’illustrer et surligner maladroitement l’humeur de Louis-Jean. Beaucoup d’artifices faciles donc pour signifier les états d’âme de Gaspard Ulliel qui montre pourtant de belles qualités d’acteur dans les scènes chorales. Il est d’ailleurs le seul à ne pas en rajouter des tonnes. Enfin, l’usage du gros plan pour donner l’impression d’être au plus près des protagonistes donne certes une impression d’étouffement réussi pour la mise en place du drame, mais le systématisme du procédé finit par lasser. Reste quelques beaux moments d’intimité touchante, notamment entre Ulliel et Nathalie Baye (voir extrait ci-dessous), qui sauve le film de l’overdose névrotique.

Frédéric Ponsard

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