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Paix en Colombie : Santos, Timochenko, des faucons devenus colombes

Qui aurait pu dire il y a encore cinq, six ans que ces deux chefs de guerre en viendraient à préférer la paix ?

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Paix en Colombie : Santos, Timochenko, des faucons devenus colombes

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Qui aurait pu dire il y a encore cinq, six ans que ces deux chefs de guerre en viendraient à préférer la paix ? Pour le président colombien, Juan Manuel Santos, tout comme pour le dirigeant des Farc, Rodrigo Londoño, plus connu sous son nom de guérillero “Timochenko”, ce choix est devenu une évidence. “Il vaut toujours mieux une paix imparfaite qu’une guerre parfaite”, c’est la devise du chef de l’Etat, mais “Le passé doit toujours être présent pour qu’il ne se répète pas”, insiste le chef des Farc.

A 65 ans, Juan Manuel Santos a une longue expérience politique. Avant d‘être élu président en 2010 puis réélu en 2014, il a été trois fois en charge d’un ministère. C’est comme ministre de la Défense, sous la présidence d’Alvaro Uribe (de juillet 2006 à mai 2009), que cet homme modéré de centre-droit s’est pourtant révélé être un combattant acharné des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), la plus ancienne et puissante guérilla du pays. Sous ses ordres, l’armée a successivement éliminé Jorge Briceño, commandant des Farc, puis Alfonso Cano, le grand chef.

Timochenko jeune, avec son collier de barbe et ses lunettes à droite :

Timochenko a pris la relève de Cano fin 2011. Né dans une famille de paysans à Calarca, ville du centre-ouest au beau milieu des plantations de café, cet homme de 57 ans est devenu l’un des dirigeants les plus respectés au sein de la guérilla marxiste. D’abord parce qu’il était l’un des plus proches du fondateur mythique du groupe armé, Manuel Marulanda, nom de guerre “Tirofijo” (“tir bien ajusté”, si l’on devait traduire); ensuite, parce qu’il est considéré comme un très bon stratège. Au sein des Farc, qu’il a intégré en 1979 après des études en Union soviétique puis à Cuba, Timochenko a très vite gravi les échelons, à tel point qu’il faisait déjà partie de l‘état-major à 23 ans, du haut commandement à 26 ans…

“Tirofijo”, le fondateur des Farc, mort d’un infarctus en 2008 :


Même en plein conflit, la paix en tête

Il n’empêche que le chef des Farc et le président de Colombie avaient dans leur tête un coin réservé à la paix depuis plusieurs années. En témoigne un conseiller de Juan Manuel Santos : “Il a fait la guerre comme un moyen pour y arriver, pour affaiblir les Farc et les obliger à s’asseoir à la table”. Quant à Timochenko, à peine a-t-il pris la tête du groupe armé qu’il a envoyé une lettre à la présidence afin de reprendre les négociations de paix abandonnées en 2002, dix ans plus tôt. Le contact rétabli, il accepte de stopper les enlèvements contre rançon régulièrement pratiqués par les guérilleros. Un déclic car c’est ce qu’attend depuis longtemps le président Santos.

Timochenko (à gauche) et Santos lors de la signature du cessez-le-feu le 23 juin dernier à Cuba :

Des montagnes et de la jungle amazonienne, où se cachent encore des milliers de rebelles, jusqu‘à la ville côtière de Carthagène, où l’accord a été conclu sur le papier la nuit dernière, le véritable chemin de la paix sera encore long. On sait peu qu‘à cause de cette guerre de plus de cinquante ans, la Colombie est le deuxième pays dans le monde où les mines anti-personnel font le plus de ravages : depuis une quinzaine d’années, environ 2 000 tués et 9 000 handicapés. Le premier pardon, enfin prononcé par Timochenko à l’adresse des proches de dizaines de milliers de victimes en ce 26 septembre historique, n’est qu’un premier pas…