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A Londres, les entreprises de technologie craignent un "Techxit"


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A Londres, les entreprises de technologie craignent un "Techxit"

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Le climat a changé dans l’est de Londres, dans le quartier surnommé “Silicon Roundabout”, point névralgique du secteur florissant des technologies. Start-up et grandes entreprises sentent le vent tourner après le vote en faveur du Brexit. Nombreuses sont celles qui redoutent des difficultés de recrutement si le statut des travailleurs communautaires évolue et qui s’interrogent sur une nouvelle implantation ailleurs dans l’Union européenne.

Londres, sinon rien. Il y a deux ans quand Emmanuel Lumineau, entrepreneur français, a créé sa plate-forme en ligne d’investissement dans l’immobilier, il n’imaginait pas s’installer ailleurs que dans la capitale britannique. Mais après le vote en faveur du Brexit, il a décidé d‘étendre ses activités à d’autres pays. “Malheureusement, indique Emmanuel Lumineau, PDG de Brickvest, le climat à Londres est très incertain et on avait besoin d’un endroit où on pourrait continuer notre activité en nous adaptant. On a ouvert un bureau à Berlin et on a arrêté d’embaucher à Londres, on a choisi Berlin dans les trois semaines qui ont suivi le Brexit,” souligne-t-il.

Londres ne serait donc plus l’endroit où il faut être ? La croissance dynamique des secteurs du numérique et de la technologie est l’une des success stories britanniques de la dernière décennie. Londres s’affiche même comme la “Silicon Valley” européenne.

C’est dans le quartier de l’est londonien qui se fait appeler le “Silicon Roundabout” que bat le coeur de l’industrie technologique florissante. Mais le Brexit a porté un coup au secteur et les villes concurrentes de Londres veulent en profiter : elles espèrent que le Brexit aboutira à un Techxit.

S’installer à Berlin ?

Les entreprises de ce secteur quitteront-elles Londres pour ses hubs concurrents comme Dublin, Paris ou Lisbonne ? En tout cas, Berlin, la rivale la plus performante de Londres, a déjà pris une longueur d’avance : dans la foulée du référendum, l‘équipe de la ville-Land a approché les start-up et les grandes sociétés britanniques du secteur.
L‘élue en charge de l‘économie, de la technologie et de la recherche, Cornelia Yzer affirme avoir eu des discussions approfondies avec une soixantaine d’entre elles.

“L’incertitude a toujours été l’ennemi de l’investissement, epxlique-t-elle. Je suis certaine que de nombreuses sociétés décideront de conserver leurs racines londoniennes, mais qu’elles ouvriront dans le même temps, des bureaux sur le continent européen : ce qui n’aurait pas été possible sans le Brexit,” estime-t-elle.

Emmanuel Lumineau dit s‘être tourné vers Berlin par crainte de ne plus pouvoir embaucher à Londres, de talents venus de toute l’Union européenne.

D’après un récent sondage, 51% des entreprises de technologie installées en Grande-Bretagne redoutent des difficultés pour attirer et retenir les meilleurs profils. 70% d’entre elles réclament un discours clair sur le futur statut des travailleurs communautaires au Royaume-Uni.

Un recrutement plus compliqué

Pedro Oliveira dirige une agence de recrutement spécialisée dans ce secteur. Il a constaté un changement d’attitude chez les candidats issus de l’Union qui postulaient outre-manche. “Des gens ont interrompu leur processus de candidature, dit-il. Il y en a qui ont passé deux ou trois entretiens, qui allaient être probablement embauchés et qui ont renoncé en disant : ‘Cela ne m’intéresse plus de venir au Royaume-Uni à cause de toute cette instabilité politique, il y a d’autres pays qui sont plus stables et je veux partir dans l’un d’entre eux, c’est aussi simple que cela’.”

Gérard Grech dirige Tech City UK, une agence soutenue par le gouvernement et dont la mission consiste à venir en aide au secteur des technologies. Il est confiant en l’avenir.

“L‘économie numérique elle-même représente aujourd’hui plus de 10% du PIB national, indique-t-il. Aux Etats-Unis, c’est 8% et la moyenne dans l’Union européenne est d’environ 5,5%.”

“Je ne vois pas ce qui pourrait stopper notre trajectoire de croissance”

Mais le Brexit ne risque-t-il pas d’enrayer cette dynamique notamment en changeant le cadre réglementaire ? “Je ne vois pas pourquoi nous devrions anticiper un ralentissement étant donné qu’on a montré la voie en termes de stratégie pour développer ce secteur et que nous avons un immense vivier en matière d’expertise, assure Gérard Grech avant d’ajouter : Les conditions que l’on a ici pour démarrer et développer une activité dans le numérique n’ont pas d‘équivalent ailleurs en Europe. Sauf incident majeur, conclut-il, je ne vois pas ce qui pourrait stopper notre trajectoire de croissance.”

Les entreprises britanniques ont attiré 1,3 milliards de dollars de capital-risque sur les six premiers mois de l’année, autant que sur la même période en 2015. L’investissement dans le secteur de la technologie en Grande-Bretagne reste élevé, avec plus de quarante accords signés dans le mois qui a suivi le vote en faveur du Brexit. Mais ces bons chiffres ne doivent pas cacher une réalité moins idyllique.

“Des sociétés de capital-risque ont du mal à lever des fonds”

Beaucoup de choses ont changé depuis le référendum, mais on ne peut pas encore en mesurer toutes les conséquences d’après Andre de Haes, investisseur en capital-risque. “Je suis surpris quand le gouvernement et d’autres spécialistes affirment qu’il n’y aura pas d’impact à long terme : il y a des sociétés de capital-risque qui ont du mal à lever des fonds, j’en connais cinq qui devaient se lancer en juillet et en août et une seule en a été capable, raconte-t-il. Du côté des entreprises qui font appel aux sociétés de capital-risque, le montant des capitaux qui leur sont destinés a baissé de près de 50% au troisième trimestre par rapport à la même période l’an dernier,” insiste-t-il.

D’après les administrateurs de fonds, les start-up plus souples que les grandes entreprises sont mieux armées pour s’adapter à ce nouveau contexte. “Le Brexit rend les choses plus compliquées, concède Emmanuel Lumineau, PDG de Brickvest. On doit être plus flexible, mais on ne croit pas que Londres, c’est fini : on fait partie des rares sociétés qui ont déjà agi, en seulement un mois et demi, on a consolidé notre business model pour l’avenir pendant que d’autres attendent que l’article 50 soit activé pour voir ce qui va se passer, dit-il. On a un, deux, voire trois ans d’avance et cela jouera en notre faveur,” estime le chef d’entreprise.

Insiders: Impact of Brexit vote on UK tech

Sarah Chappell avec Stéphanie Lafourcatère

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