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Donald Trump et le Moyen-Orient : entre inquiétude et espoir


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Donald Trump et le Moyen-Orient : entre inquiétude et espoir

La politique étrangère du président élu des Etats-Unis Donald Trump s’apparente à un grand saut dans l’inconnu pour les Etats du Moyen-Orient tant les propos de campagne du candidat républicain ont été flous, brutaux et contradictoires. Ses positions sur la guerre en Syrie, le conflit armé au Yémen, l’accord nucléaire iranien, la lutte contre le terrorisme, le conflit Israélo-palestinien et la rivalité entre Téhéran et Riyad ont suscité, dès l’annonce de son élection, de vives réactions aux autorités de l’une des régions les plus « chaotiques » du globe.

Israël : « L‘époque de Barak Obama est révolue »

L’élection de Donald Trump a été chaleureusement accueillie par les autorités de droite ou d’extrême droite israélienne. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou, a salué la victoire d’« un véritable ami de l’Etat d’Israël » et il s’est montré «impatient de travailler avec lui en faveur de la sécurité, la stabilité et la paix dans notre région ». Le ministre israélien de l’Education Naftali Bennett, chef de file du lobby colon, a déclaré que l’idée de créer un Etat palestinien coexistant avec Israël était révolue avec l‘élection de Donald Trump.

Le quotidien en ligne israélien, The Times Of Israel a analysé le jour du scrutin que «Trump prévoit de s’investir fortement dans la défense d’Israël et de soutenir des initiatives qui pourraient faire du bien-être de l’Etat juif une question de premier ordre de son administration » malgré quelques échos isolationnistes dans son discours durant la campagne électorale.
Israël voit la fin de huit années de relations difficiles avec l’actuel président américain, Barack Obama. Malgré une tradition de rapprochement entre les démocrates américains et Tel Aviv, cette fois l’Etat Hébreu attend un réchauffement des relations avec Washington et cette future administration républicaine. Les autorités palestiniennes ont déjà montré leurs inquiétudes : La présidence palestinienne a appelé celui qui sera bientôt le 45e président des Etats-Unis à œuvrer à l’établissement d’un « Etat palestinien sur les frontières de 1967 », coexistant avec Israël, tout en le mettant en garde contre les risques courus s’il négligeait la question palestinienne.

Iran : Il faut respecter l’accord nucléaire

Pendant sa campagne électorale, Donald Trump avait farouchement critiqué l’accord nucléaire conclu en juillet 2015 entre l’Iran et six grandes puissances, dont les Etats-Unis, en affirmant notamment qu’il le « déchirerait ». Les conservateurs en Iran accusent le président Hassan Rouhani d’avoir abattu toutes ses cartes en signant cet accord international. Un accord qui n’a pourtant pas donné des résultats significatifs pour l’économie de l’Iran malgré la levée des sanctions internationales. En effet, après l’application de l’accord nucléaire, les investisseurs occidentaux hésitent toujours à s’engager dans le marché iranien, à cause du maintien des embargos unilatéraux américains contre l’Iran. Une telle situation pourra peut-être s’aggraver avec un président républicain. Dans un tel contexte, la priorité pour les « modérés » iraniens est de respecter cet accord. Le président Rouhani et son ministre des affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, ont affirmé que le futur président américain Donald Trump ne pourrait pas revenir sur l’accord nucléaire conclu en 2015 entre l’Iran et les grandes puissances car il a été « entériné » par l’ONU. Ce même argument a été répété le même jour par Frederica Mogherni, la responsable de la diplomatie européenne.


Cependant, un rapprochement entre les Etats-Unis de Trump et la Russie de Vladimir Poutine, pourrait apporter des résultats inattendus pour la République islamique. L’Iran et la Russie partagent des points communs sur la situation en Syrie, la lutte contre l’extrémisme sunnite et la politique de la défense régionale. Dans le contexte de la rivalité entre Téhéran et Riyad, une politique d’isolation mise en place par Donald Trump pourrait être aussi en faveur de l’Iran qui possède une indépendance militaire et économique relative vis-à-vis du Royaume d’Arabie saoudite et ses alliés régionaux.

«Une bonne surprise pour la Syrie de Bachar al-Assad»

En Syrie, les réactions ont été contrastées. La victoire de M. Trump a été accueillie à Damas comme «une bonne surprise», a indiqué Waddah Abed Rabbo, directeur du quotidien Al Watan, proche du régime du président de Bachar al-Assad. La télévision syrienne a diffusé mercredi en direct son discours, ce qui est totalement inhabituel.
La position d’Obama vis-à-vis de la crise syrienne a été critiquée par les deux camps s’affrontant dans ce conflit qui dure déjà plus de cinq années. Les opposants ont mis en cause l’ «inaction » de l’administration démocrate, tandis que le régime et ses alliées ont accusé Obama d’avoir soutenu des rebelles qui n’étaient pas forcement « modérés ».

La rivalité entre Téhéran et Riyad

Le roi Salman d’Arabie saoudite, une des grandes puissances régionales, a notamment souhaité à M. Trump « le succès dans (sa) mission pour réaliser la sécurité et la stabilité au Moyen-Orient et dans le monde ».
De son côté, Abdel Fattah al-Sissi, président de l’Egypte, le pays le plus peuplé du Moyen-Orient, a appelé à « plus de coopération et de coordination » avec Washington, en espérant que l’administration Trump apportera « un nouveau souffle ».


L’Arabie saoudite, déjà engagée directement au Yémen sur les champs de bataille, l’est aussi chez elle, car des groupes armés yéménites opèrent des raids contre les postes frontières du Royaume. Ce conflit avec le plus pauvre du Moyen-Orient, met en lumière la tentative de Riyad d’imposer son hégémonie sur la région. La participation «par intérim » de Téhéran et Riyad ne se limite cependant pas aux frontières du Proche-Orient. L’influence des deux capitales se fait sentir jusqu’à nord du Nigéria, où un vif conflit oppose la communauté chiite à des organisations salafistes. Les pétromonarchies du Golfe persique accusent l’administration d’Obama d’avoir renforcé la « superpuissance » chiite en favorisant sa politique régionale en Iraq, en Syrie, au Yémen et au Liban. Dernièrement, l’Arabie saoudite, leader des pays Arabes de la région, a coupé sa subvention pétrolière à l’Egypte. Une opportunité que Téhéran va sans doute saisir en lançant des négociations avec les autorités du Caire, malgré la rupture des relations diplomatiques depuis trois décennies.

Isolationnisme ou Interventionnisme ? Tous les dirigeants, mais aussi les acteurs de la scène politique du Moyen-Orient attendent avec impatience les premiers effets de la politique étrangère qui sera mise en place par Donald Trump. D’ici le 20 janvier, inquiétude et espoir régneront dans ces territoires en proie à un « chaos » permanent.

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