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La réponse au vieillissement démographique en Europe ? Les réformes !


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La réponse au vieillissement démographique en Europe ? Les réformes !

Espérance de vie longue, taux de natalité faibles, retraite des “baby boomers”, la population européenne est en plein bouleversement. Dans cette édition de Real Economy, nous voyons comment le vieillissement démographique met les économies sous pression, en particulier les systèmes de santé notamment au Portugal et en Slovénie, et nous examinons des pistes de réformes.

On le sait bien : la population européenne vieillit. Cela pose des défis budgétaires et économiques, en particulier pour les systèmes de santé qui sont de plus en plus mis à l‘épreuve au fil des ans. Mais commençons dans notre “Cours accéléré”, par quelques estimations-clés sur le rythme auquel l’Europe prend de l‘âge.

En 2060, les Européens auront plus d’enfants qu’aujourd’hui. Pas suffisant pour interrompre le vieillissement car l’espérance de vie s’allongera encore. Le solde migratoire sera encore largement positif. Mais il se réduira à partir de 2040.

A terme, la part d’Européens âgés dépendants des actifs va doubler. Ainsi, pour une personne âgée de plus de 65 ans, il y a aujourd’hui quatre personnes en âge de travailler. Le ratio passera à deux actifs pour un retraité en 2023 ; mais en 2060, ce sera un pour un. Entre 2023 et 2060, le nombre de travailleurs en Europe va baisser de 9 millions.

Regardons l‘évolution démographique depuis 2007 : jusqu’en 2012, la part de la population active augmente. Par la suite, la proportion de jeunes progresse légèrement tout comme celle des actifs qui compense les départs à la retraite. Mais à partir de 2023, les plus âgés prennent toujours plus de place et la population en âge de travailler se réduit fortement.

Slovénie : sa population devrait décliner d’ici 2060

Plus de personnes âgées, cela veut dire plus de dépenses en matière de santé et de dépendance… Ces surcoûts représentent un risque pour la viabilité financière de seize pays européens à moyen et long terme d’après le dernier rapport de la Commission sur le vieillissement. La hausse de toutes les charges liées à l‘âge devrait atteindre 2% du PIB à l’horizon 2060.

Guillaume Desjardins s’est rendu en Slovénie pour voir comment ce pays a réformé son système de santé et quel bilan en tirer.

Dans ce pays comme ailleurs, les dépenses de santé liées à l‘âge pèsent sur les comptes des populations européennes et de leurs systèmes de santé. Dans une maison de retraite de Ljubljana, nous avons rencontré Franci, 79 ans : “Je suis très actif, je fais du vélo, du ski, je conduis, je fais de la randonnée, dit-il avant d’ajouter : Moi, je paie 660 euros par mois pour une chambre avec salle de bains dans cette maison de retraite. Je ne fais pas de dépenses particulières, je n’ai besoin de rien d’autre,” assure-t-il.

Natasa fait partie des travailleurs sociaux qui exercent dans l‘établissement. Elle nous explique : “Ils doivent payer leur logement eux-mêmes. S’ils ne peuvent pas, poursuit-elle, leurs enfants doivent s’occuper d’eux. Dans le pire des cas, si personne n’a d’argent, renchérit-elle, alors oui, le gouvernement paie pour eux.”

“D’après les prévisions, nous indique notre reporter Guillaume Desjardins, la population européenne augmentera de 3% dans les années à venir. Mais les seniors eux seront 60% plus nombreux d’ici 2060, ajoute-t-il, il va donc falloir les soigner, les occuper, les divertir : ce qui veut dire plus d’emplois.

Un financement dépendant du taux d’emploi

En Slovénie comme dans d’autres pays européens, les cotisations sur les salaires financent l’assurance maladie obligatoire. Ce qui la rend dépendante de la santé du marché de l’emploi.

Pour renforcer la viabilité des systèmes en question, on mise ici comme ailleurs sur la prévention, un régime d’assurance de soins longue durée et l’intégration des soins.

Guillaume Desjardins poursuit : “La Slovénie se penche déjà sur la question de savoir comment absorber le coût lié à la pyramide des âges. Le vieillissement de la population pourrait coûter jusqu‘à 1,4 points de PIB à l’Union européenne à l’horizon 2060 et jusqu‘à 6,8, rien que pour la Slovénie,” précise-t-il.

Pour supporter les effets du vieillissement, partager la charge entre les gouvernements et les citoyens semble inévitable. En Slovénie, le système de santé public a été partiellement privatisé. De nouvelles maisons de retraite non subventionnées ont vu le jour.

D’autres pays européens ont décidé pour faire face, de reporter l‘âge du départ à la retraite. Mais il y a encore une autre piste. “On ne pourra pas résoudre la question sans l’immigration, estime Boštjan Vasle, directeur de l’Institut slovène d’analyse macroéconomique IMAD. On doit établir une stratégie pour trouver comment attirer des personnes de l‘étranger pour qu’elles viennent s’installer et travailler en Slovénie, il faut qu’elles viennent vivre, travailler et bien sûr, prendre leur retraite ici,” insiste-t-il.

Le vieillissement de la population est un défi pour les systèmes de santé et les sociétés. Une économie qui intègre mieux les attentes des seniors est encore à construire.

Pedro Barros : “Partager une nouvelle vision des soins entre tous les pays européens”

La Slovénie est concernée par un phénomène qui touchera la moitié des pays européens : sa population baissera d’ici 2060. Quelles conséquences pour les systèmes de santé ? Pour répondre à cette vaste question, nous avons interrogé Pedro Barros, professeur d‘économie à l’Université Nova de Lisbonne.

Maithreyi Seetharaman, euronews :
“La réforme du système de santé portugais : qu’en est-il de sa mise en oeuvre ? Quelles leçons en tirer pour l’Europe en général ?”

Pedro Barros, professeur d‘économie :
“D’après notre expérience, c’est difficile de mener ces réformes. Elles prennent du temps. Créer un réseau de soins longue durée – comme on l’a fait au sein des services publics portugais -, cela prend au moins dix ans. On n’en est qu‘à la moitié. Ce n’est pas évident de comprendre la mise en place des choses, de faire adhérer les gens à ces nouvelles idées, de faire s’adapter les professionnels et les personnes âgées. C’est le plus grand défi à relever.”

Maithreyi Seetharaman :
“Est-ce transposable en Europe parce que les systèmes sont très différents les uns des autres.”

Pedro Barros :
“Oui, c’est certainement transposable, cette manière de faire face à une multitude d’idées, de préférences… La réaction des gens, c’est le principal défi.
Il faut probablement voir comment réorganiser les choses par exemple pour que les personnes reçoivent chez elles, des soins de base opérés pas uniquement par les médecins, mais par d’autres professionnels comme les infirmiers, les thérapeutes.”

“Dégager des opportunités commerciales”

Maithreyi Seetharaman :
“Ce genre de réforme peut donc amener des opportunités commerciales qui participent à la croissance économique.”

Pedro Barros :
“Parfois, on va trop loin dans l’organisation des vies des personnes. Or si on leur donne la liberté de choisir entre différentes alternatives, probablement ils ne choisiront pas la plus coûteuse.
On pourra tester de nouvelles méthodes et il est possible que cette implication des personnes âgées aboutira à la création de nouvelles activités.
On le constate déjà : des entreprises proposent des appareils d’aide à l’autonomie et de suivi et d’une certaine manière, les services de santé publics doivent s’en inspirer pour dégager des opportunités.”

Maithreyi Seetharaman :
“Ce sont des opportunités, mais que dire des risques dus aux surcoûts liés aux soins longue durée ?”

Pedro Barros :
“On peut changer les choses pour dépenser moins.
En ce qui concerne l’autonomie, l’un des risques, c’est de chuter à domicile. Mais quand les gens préfèrent rester chez eux et vivre avec ce risque, si on leur propose un accompagnement, si on vient les voir ou qu’on leur téléphone pour savoir s’ils vont bien, ce sera probablement moins coûteux que de les accueillir dans une institution.
Au plan général, il y aura des points compliqués, mais il n’y aura pas de risques financiers majeurs si on adopte une nouvelle vision des choses.”

Maithreyi Seetharaman :
“Pensez-vous qu‘à travers l’Europe, on aborde ce problème de la bonne manière ?”

Pedro Barros :
“C’est difficile de trouver une politique qui convienne à tous. Mais partager une nouvelle vision des soins entre tous les pays, cela pourrait être un bon point de départ et les politiques pourront être mises en oeuvre. Tenir compte de ce que les gens veulent pour leurs vieux jours, leur dire qu’ils doivent aussi faire un effort pour être en bonne santé et faire en sorte que le système de santé s’occupe davantage de répondre à leurs besoins plutôt que de se recroqueviller sur lui-même, c’est probablement la meilleure des politiques.”

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