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Le système éducatif des Pays-Bas vise le sur-mesure


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Le système éducatif des Pays-Bas vise le sur-mesure

A l’approche de la publication début décembre de l‘étude PISA 2016 sur les performances des systèmes éducatifs des pays de l’OCDE et du monde entier, nous avons voulu en savoir plus sur l’une des nations européennes régulièrement montrées en exemple en matière d‘éducation : les Pays-Bas. Ils étaient dixièmes dans le dernier classement PISA datant de 2013 et le mieux placé des Etats membres de l’Union européenne.
Notre reporter Hans von der Brelie est allé voir ce qui fait le succès de ce modèle qui a pour principe essentiel, d’essayer d’adapter l’enseignement à chaque élève.

Dans la ville de Nijmegen, nous nous rendons dans un quartier où se mêlent toutes les origines et toutes les catégories sociales pour visiter l‘école primaire du Moulin – un nom choisi par les enfants -. C’est un établissement des plus classiques pour le pays et les méthodes qu’il applique semblent appréciées des parents.

“Avant l’inscription, raconte Irene Kwaaitaal, un élève de 10 ans nous a fait une visite de l‘école et il était tellement fier de nous la montrer. On s’est dit : ‘Wow, ici, les enfants apprennent à se présenter’, il n’y a pas que l’apprentissage ici, il y a aussi cet aspect de développement personnel,” insiste-t-elle.

Choisir son activité

L’une des particularités du système éducatif néerlandais, c’est que l‘école primaire accueille les enfants dès 4 ans. Cette école leur propose dans la mesure du possible, de choisir leur activité. Dans une classe d‘élèves de 5-6 ans, ce matin-là, plusieurs optent pour les maths. Une matière très concrète ici : les pinces à linge manquantes permettent de comprendre le principe de la soustraction.

Quelle est l’approche pédagogique de l‘établissement ? Son directeur Roger Visser nous répond.
“La pensée critique, c’est l’un des principes fondamentaux, dit-il. Mais le plus important pour nous, c’est le travail en équipe : ce qui veut dire qu’il est question de responsabilité, ajoute-t-il.
Je suis responsable de cette école, mais les enfants sont aussi responsables de ce qu’ils nous disent être importants pour eux,” souligne-t-il.

Insiders: Education in the Netherlands - De Wieken Primary School, Nijmegen

Donner son avis

Ce jour-là, le Conseil de l‘école s’intéresse au réaménagement de la cour. Il réunit des élèves représentant les différentes classes d‘âge et ici, on ne fait pas que discuter, des décisions sont prises. Parmi les participantes, Michelle, une élève de 8 ans : “C’est vraiment bien de pouvoir dire ce qu’on en pense et il y a beaucoup d‘élèves qui veulent faire partie du Conseil de l‘école, explique-t-elle. Ici, on se retrouve pour parler de toutes sortes de choses qu’il faut faire dans cette école,” poursuit-elle.

Baran, 11 ans, renchérit : “Quand je suis arrivé dans cette école, c‘était un peu différent. Il y a eu beaucoup de changements depuis et aujourd’hui, l‘école est beaucoup mieux parce que les enfants d‘âges différents peuvent jouer ensemble, les plus grands peuvent aider les plus petits et avoir des responsabilités, c’est bien,” assure-t-il.

Plus de mixité

La ville de Nijmegen avec ses 200.000 habitants est dirigée par une coalition de gauche. Si aux Pays-Bas, les parents ont la liberté de choisir dans quelle école ils envoient leurs enfants, la municipalité essaie de restreindre ce choix à quelques établissements à proximité de leur lieu de résidence.

“Le problème, précise Renske Helmer, conseillère municipale pour l‘éducation, c‘était que dans certaines écoles, on avait beaucoup trop d’enfants de familles défavorisées et on les surnommait les “écoles noires” parce qu’on y trouvait principalement des enfants de familles immigrées.Les enfants plus favorisés étaient inscrits ailleurs par leurs parents, donc ils “fuyaient” leur quartier, dit-elle. Au final, on avait des écoles faibles et des écoles fortes : notre solution a consisté à mélanger les populations dans ces écoles,” indique-t-elle.

Un enseignement secondaire adapté à chacun

Dans cette même ville, nous visitons un établissement secondaire ordinaire : le Collège Kandinsky. On y trouve un très grand nombre de filières différentes, professionnelles et générales.

Parmi les élèves, Ikraan, 17 ans. Elle est arrivée de Somalie il y a dix ans. En difficulté dans certaines matières, elle reconnaît devoir travailler plus, mais elle sait qu’elle peut compter sur le soutien des enseignants. “Les profs nous donnent une aide supplémentaire, fait-elle remarquer. Je suis mauvaise en néerlandais et en langues en général, convient-elle. Ici, tous les profs savent dans quelles matières je ne suis pas bonne et dans lesquelles je suis meilleure et ils essaient de me faire progresser dans toutes,” affirme la jeune fille.

“Ici, c’est détendu”

Nous accompagnons Ikraan à son cours de néerlandais. L’enseignant débute son cours par quelques blagues et un jeu où il faut rédiger un texte le plus rapidement possible. Il se déplace dans la salle. Il adapte ses questions, son soutien et les tâches qu’il demande à chacun des élèves. Il a une bonne connaissance de leur profil et de leur contexte familial. Une manière d’enseigner qui explique en partie, le succès du modèle éducatif néerlandais.

“Je pense qu’ici, c’est détendu, estime Ton Willems, professeur de néerlandais. La méthode, c’est l’absence de hiérarchie, il n’y a pas tant de distance entre les élèves et les enseignants, on met en avant l’ouverture d’esprit, les élèves n’ont pas peur de poser des questions,” explique-t-il.

Voir le positif

Le système néerlandais donne aussi la priorité à la formation des professeurs. Ce jour-là, le collège Kandinsky a invité des enseignants du primaire à se familiariser à la démarche américaine de “Soutien aux comportements positifs” (Positive Behavioral Interventions and Supports). Le principe, c’est de souligner constamment là où l’enfant est bon.

Gretchen Conrad est américaine. Avant de s’installer aux Pays-Bas, elle a exercé comme professeur d’anglais en France. Elle décrit un système français élitiste et fondé sur la sanction, la frustration et l’exclusion des plus faibles. “En France, estime-t-elle, on gave les enfants d’informations, ils doivent réciter, les enseignants écrivent beaucoup de choses au tableau et les élèves doivent les noter parfaitement, l‘écriture manuscrite est plus importante que le sens de ce qu’on écrit alors qu’ici, on essaie d’apprendre aux enfants à penser par eux-mêmes. Aux Pays-Bas, poursuit-elle, on ne se permettra jamais de dire : “Tu es stupide.” On essaie – en particulier dans ce collège – d‘être positif : on essaie d’encourager les élèves et certainement pas de les sanctionner.”

Donner sa chance à tous

A la fin de sa journée de cours, nous demandons à Ikraan comment on pourrait d’après elle, donner sa chance à chaque enfant. “Il ne faut jamais baisser les bras avec les enfants quand ils sont petits, répond-elle. Quand vous leur dites : ‘Tu n’y arriveras jamais !’ ou qu’ils n’ont que des mauvaises notes alors qu’ils font des efforts pour apprendre, ça ne marche pas, dit-elle avant de conclure : Mais si vous leur donnez beaucoup d’attention, que vous les laissez apprendre et essayer, ça marche.”

Ikraan elle-même ne baisse pas les bras. Elle compte bien réussir sa scolarité au collège et par la suite, faire des études universitaires. Elle rêve de devenir médecin.

Insiders: Education in the Netherlands - Kandinsky College, Nijmegen

Hans von der Brelie avec Stéphanie Lafourcatère

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