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Women's Forum de Deauville : quand l'économie se met au partage


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Women's Forum de Deauville : quand l'économie se met au partage

“L‘économie de partage est-elle un monde de partage ?” C‘était le thème du Women’s Forum 2016 qui a réuni près de 1300 femmes à Deauville du 30 novembre au 2 décembre. Ces nouvelles formes d‘économie offrent des opportunités entrepreneuriales et sociétales avec un certain nombre de défis à relever et représentent un terrain d’action pour les femmes désireuses de jouer les premiers rôles.

Uber veut mettre plus de femmes au volant des taxis, métier traditionnellement masculin. Une démarche louable qui ne doit pas faire oublier les critiques souvent émises à l’encontre de cette plateforme américaine de mise en relation entre chauffeurs et clients accusée de créer des emplois précaires. Concilier responsabilité et rentabilité, c‘était l’un des thèmes abordés à Deauville, lors du Women’s Forum organisé du 30 novembre au 2 décembre 2016 et consacré cette année à l‘économie du partage.

“Nouvelle forme de démocratie, de communisme ou contre-utopie, voilà comment on décrit parfois l‘économie du partage, indique notre reporter Joanna Gill. On estime sa valeur à 15 milliards d’euros dans le monde, mais ce pourrait être 335 milliards d’ici 2025, ajoute-t-elle avant de s’interroger : Tient-elle sa promesse de créer un monde plus juste, plus respectueux de l’environnement et plus socialement connecté ?”

L’omniprésence des smartphones a fait naître une économie du partage qui s’appuie sur les applications mobiles, synonyme de révolution pour des pans entiers du monde du travail. On lui reproche de créer des emplois faiblement rémunérés et à temps partiel. Une précarité qui concerne aussi bien les femmes que les hommes.

Sécurité de l’emploi, impact environnemental

“Les femmes ont été traditionnellement celles qui occupaient ce genre d’emplois : dans les entreprises traditionnelles, elles n’ont pas les mêmes garanties en termes de sécurité de l’emploi, souligne Giana Eckhardt).html, professeur de marketing à l’Université Royal Holloway de Londres. Aujourd’hui, comme il y a une plus grande part de la population qui est dans cette situation, on peut dire que ce que vivent les femmes depuis longtemps, les hommes le vivent aussi désormais.”

Aujourd’hui, tout se partage, les voitures, les vélos, les jouets, les outils… En consommant moins, on peut attendre des retombées positives pour l’environnement. Encore faut-il que ces activités soient de plus grande ampleur pour avoir un impact réel, critiquent certains.

“On a des données sur ce que cela représente de partager sa voiture : les émissions de gaz carbonique par foyer peuvent être réduites de 37% grâce à l’auto-partage, affirme Benita Matofksa, fondatrice de People Who Share. On sait par exemple qu’il y a pour près de 4400 milliards d’euros de ressources non utilisées dans le monde. Donc on a une idée du type d’impact que cela a au niveau social et environnemental, mais donner une estimation chiffrée de cet impact, c’est quelque chose qu’il faut faire de manière responsable.”

Et le bien-être économique ?

Ces nouvelles formes d‘économie n’ont pas pour seul intérêt de nous aider à économiser de l’argent et à réduire notre impact sur l’environnement. Il y a aussi le partage pur et simple : de quoi générer un capital social qui ne se voit pas nécessairement dans la courbe du PIB. Juliet Schor, professeur de sociologie à l’université Boston College, précise : “Ces activités peuvent avoir des conséquences concrètes sur le bien-être des gens et c’est une question qui met en lumière ce que disent beaucoup de spécialistes des sciences sociales depuis un bon moment : à savoir, poursuit-elle, que le bien-être et le PIB suivent de moins en moins la même évolution et qu’il faut trouver une meilleure manière d‘évaluer le bien-être économique.”

L‘économie du partage est aussi synonyme d’opportunités pour les femmes dans leur quête d‘égalité, un thème cher au Women’s Forum comme le souligne sa présidente.

“Personne ne sait ce qui va se passer, ni les hommes, ni les femmes, reconnaît Clara Gaymard. Mais les femmes peuvent participer parce que c’est un monde horizontal, où il y a moins de hiérarchie et où on peut repousser les limites, donc c’est un nouvel outil qui leur est donné pour qu’elles accèdent aux responsabilités, qu’elles agissent comme elles le souhaitent… Et elles doivent jouer un rôle sur ce terrain,” insiste-t-elle.

Comme l’indique Joanna Gill pour conclure, “l‘économie du partage semble là pour durer, mais comment va-t-elle évoluer ? Elle ne signera certainement pas la fin du capitalisme, mais elle change la donne, notamment pour les femmes qui veulent transformer le monde du travail et y jouer les premiers rôles.”

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