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Pour des banques européennes plus sûres et plus enclines à prêter


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Pour des banques européennes plus sûres et plus enclines à prêter

Dans cette édition de Real Economy, nous évoquons l’art obscur de la réglementation bancaire en Europe avec le vice-Président de la Commission européenne en charge de l’euro et de la stabilité financière Valdis Dombrovskis. Ces règles sont en train d‘évoluer : elles visent à rendre nos banques plus sûres et les inciter à prêter plus.

Les établissements bancaires européens ont connu une période difficile ces dernières années avec les tests de résistance, mais résultat des courses : elles n’ont pas encore rouvert pleinement le robinet du crédit aux entreprises et aux particuliers. Face à cette situation, la Commission a détaillé des propositions qui visent à rendre les banques encore plus sûres, plus enclines à prêter et leur sauvetage éventuel moins coûteux pour les contribuables.

Des exigences plus sévères et des adaptations

À Bruxelles, nous avons interrogé Valdis Dombrovskis, le vice-Président de la Commission européenne en charge de l’euro et de la stabilité financière.

Maithreyi Seetharaman, euronews :
“Pouvez-vous nous dire quelles sont ces nouvelles propositions ?

Valdis Dombrovskis, vice-Président de la Commission européenne en charge de l’euro et de la stabilité financière :
“Premièrement, il s’agit de s’assurer que si les choses tournent mal, les contribuables ne soient pas les premiers à devoir payer pour les erreurs du secteur bancaire. Deuxièmement, on veut préserver la diversité du secteur bancaire européen et garantir l’accès au crédit pour l‘économie en général. On veut aussi imposer aux banques des exigences plus sévères en matière de capitaux propres notamment. On veut s’assurer que même les plus grandes d’entre elles – les établissements d’importance systémique mondiale – aient des ressources propres suffisantes pour que la situation soit réglée en cas de défaillance. Dans le même temps, nous cherchons à faciliter l’octroi de prêts, en particulier aux petites et moyennes entreprises.”

Maithreyi Seetharaman :
“Qu’est-ce qui pourrait rassurer les citoyens sur la volonté des banques à accorder des prêts ?”

Valdis Dombrovskis :
“Certaines propositions spécifiques comme le ratio de levier, le ratio de financement net stable ou encore la révision fondamentale du portefeuille de négociation sont là pour réduire les risques dans le secteur bancaire. Tout en réduisant les risques, il faut aussi voir comment faciliter l’attribution de prêts. Par exemple, avec des modifications ciblées, on peut notamment réduire les exigences de fonds propres pour les banques qui prêtent aux petites et moyennes entreprises ou quand différents acteurs du secteur financier débloquent des fonds pour des projets d’infrastructures ou des entreprises d’infrastructure.”

L‘énigme bancaire

Ces propositions ont été faites après consultation des banques européennes. Des établissements qui ont passé ces dernières années à répondre aux exigences réglementaires des fameux tests de résistance, notamment sur les montants demandés de capitaux propres. Mais les PME ont encore du mal à obtenir des prêts et les investisseurs semblent encore préoccupés par la santé des banques. Notre reporter Guillaume Desjardins a voulu savoir pourquoi.

Les journaux en font leurs gros titres : à l’issue des derniers tests de résistance, les banques européennes semblent relativement sûres dans leur ensemble. Allons vérifier dans une banque.

Guillaume Desjardins sort de la Société générale : “Tut le monde a l’air calme à l’intérieur, mais alors, j’aimerais comprendre pourquoi les investisseurs s’affolent autant, dit-il. Depuis le début de l’année, les valeurs bancaires n’ont cessé de jouer au yoyo sur les marchés,” poursuit-il.

Parmi les motifs d’incertitude, il y a bien sûr les élections, les fluctuations du prix du pétrole et les tendances macro-économiques, mais aussi les répercussions éventuelles des amendes infligées aux plus grandes banques européennes.

Guillaume Desjardins se rend au sein de KBL Richelieu Gestion pour y rencontrer son directeur de la gestion. Il fait remarquer à Pascal Bernachon que les résultats des banques sont en progression. “La rentabilité des banques est bien en-dessous des données que nous avions précédemment, indique son interviewé. Pourquoi ? Côté réglementation, je dirais que c’est un facteur négatif, dit-il. Deuxième facteur, ajoute-t-il, les entreprises ont commencé à se financer non plus par le système bancaire, mais directement par l’accès au marché. Il y a eu, en même temps, toutes les amendes qui sont tombées : n’oublions pas par exemple que la Deutsche Bank avait été soi-disant sous le coup d’une amende de l’ordre de 15 milliards de dollars,” déclare-t-il.

Protéger les contribuables et libérer le crédit

Certains estiment que le monde bancaire souffre à présent, d’un excès de règles et que la mise en place de filets de sécurité et le contrôle des prêts non productifs pour éviter que les contribuables ne paient les pots cassés poussent les banques à encore plus fermer le robinet du crédit.

Comme le précise Guillaume Desjardins, “parmi les banques européennes, il y en a 13 qui sont si grosses, si importantes qu’on ne peut pas se permettre de les laisser tomber : on les appelle les banques systémiques)574406_EN.pdf. Cela veut dire qu’en cas de pépin, ce sont les contribuables qui payent,” conclut-il.

Comment protéger les contribuables et libérer le crédit ? Nous avons posé la question à l’Autorité bancaire européenne qui a mené les tests de résistance. “L’information sur les banques, c’est la clé dès l’instant où ces banques elles-mêmes ont résolu leurs problèmes juridiques et sont tournées vers l’avenir et un avenir qui soit durable, explique Piers Haben, directeur de la supervision de l’Autorité bancaire européenne. Toutes les études montrent que seules les banques bien dotées en capital sont capables de prêter, que la conjoncture soit bonne ou mauvaise tandis qu’une banque faiblement capitalisée ne peut pas prêter sauf par des effets de levier excessifs : ce qui est extrêmement volatile, risqué et peut finir par nuire à l‘économie,” poursuit-il.

Avec sa réforme bancaire, la Commission veut renforcer la capacité de résistance des banques et appliquer certaines contraintes de façon plus proportionnelle pour qu’elles s’impliquent davantage dans l‘économie réelle.

“Encore des niveaux élevés de créances douteuses dans certains pays”

Nous poursuivons notre entretien avec le vice-Président de la Commission, Valdis Dombrovskis.

Maithreyi Seetharaman :
“Certains estiment que vos propositions vont forcer les banques à lever des milliards d’euros via des augmentations de capital. Seront-elles encore moins incitées à prêter ? Et comment les gouvernements nationaux réagissent-ils ?”

Valdis Dombrovskis :
“Tout d’abord, il est clair que pour que les banques injectent des fonds dans l‘économie réelle, elles doivent aussi attirer des financements au préalable. La proposition sur la “capacité totale d’absorption des pertes” vise à faire en sorte que les banques lèvent des fonds de manière à ce qu’en cas de défaillance, on sollicite les créanciers eux-mêmes. Elles doivent avoir un matelas suffisant de liquidités stables et disponibles pour éviter, en cas de problème, de se tourner vers les contribuables pour financer un plan de sauvetage. C’est ce qu’on appelle le bail-in par opposition au bail-out.”

Maithreyi Seetharaman :
“Pensez-vous que ces propositions vont rendre les banques européennes plus solides et en vertu de quelles règles précisément ?”

Valdis Dombrovskis :
“La démarche de l’Europe avec cette mise en oeuvre de la réforme de Bâle 3 ne doit pas à aboutir à un relèvement substantiel général des exigences de fonds propres. Nous devons tout d’abord avoir un système bancaire fort et stable et ne pas revenir au modèle que nous avions avant la crise où il y avait beaucoup de dérégulation et des banques qui prenaient des risques excessifs.
Dans certains pays, il existe encore des niveaux élevés de créances douteuses dans le secteur bancaire et nous travaillons de manière étroite avec ces pays pour régler ce problème qui empêche les banques d’accorder de nouveaux crédits.”

Maithreyi Seetharaman :
“Pensez-vous avec tout cela, pouvoir convaincre tout le monde de participer au Système européen de garantie des dépôts, le dernier filet de sécurité qui protége les contribuables ?”

Valdis Dombrovskis :
“On a déjà une supervision unique, un mécanisme de résolution unique… Et le Système européen de garantie des dépôts, c’est le troisième pilier de l’Union bancaire. On espère être capable d’obtenir des accords sur nos mesures de réduction des risques et sur le Système européen de garantie des dépôts."