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Il y a dix ans était pendu Saddam Hussein

L'occasion de faire le point sur la situation sécuritaire et institutionnelle en Irak

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Il y a dix ans était pendu Saddam Hussein

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C‘était il y a tout juste dix ans, le 30 décembre 2006, alors que les musulmans fêtaient l’Aïd al-Adha. L’ex président irakien Saddam Hussein mourait pendu, trois ans après l’invasion américaine qui a entraîné la chute du régime, dirigé par sa main de fer pendant 24 ans (1979-2003).

C’est pour le massacre de 148 chiites de Doujaïl au nord de Bagdad en 1982, et celui de près de 5000 kurdes de Halabja en 1988, que le “Raïs” a été condamné à la peine capitale par un tribunal spécial irakien.

Je ne dirais pas que l’exécution elle-même soit à l’origine de l’insécurité, ni de l’instabilité politique. Nous aurions été face à la même situation s’il n’avait pas été exécuté“ assure Loretta Napoleoni, journaliste italienne, auteure spécialiste des questions terroristes interrogée par euronews.

Les familles des victimes de Saddam Hussein et les chiites longtemps persécutés par le régime, dansent de joie dans les rues après cette violente exécution (filmée à l’aide d’un téléphone portable et diffusée sur internet) à laquelle l’armée américaine assure ne pas avoir participé.

Des manifestations sont organisées par la minorité sunnite (un quart de la population irakienne), qui réclame le départ du chef du gouvernement Nouri Al-Maliki, la libération de prisonniers selon eux injustement incarcérés et l’abrogation de lois antiterroristes dont ils feraient les frais.

C’est sur la rancœur de la minorité sunnite – à laquelle appartenait Saddam Hussein – à l’encontre du nouveau gouvernement à majorité chiite, que s’est appuyé le groupe ultra-radical Etat islamique, dont une partie des cadres étaient des militaires ou des fonctionnaires du régime de Saddam.

Il me semble qu’une grande partie de la population qui compose le triangle sunnite, attaquée par les troupes kurdes, les milices chiites et l’armée turque, voit désormais le groupe Etat islamique d’un meilleur œil. La popularité de Daech parmi la population sunnite, c’est ça la vraie question. C’est évident que les anciens agents du renseignement, les haut-gradés du régime de Saddam, se sont tournés vers Etat islamique“ analyse Loretta Napoleoni.

Malgré l’initiative de l’ancien Premier ministre Nouri Al-Maliki, qui s‘était donné “100 jours pour battre la corruption“, la démocratie irakienne rêvée par la Maison-Blanche, n’y a pas mis fin. Clientélisme, népotisme, et violences inter-communautaires. En 2015, l’Irak était l’un des 10 pays les plus corrompus du monde, d’après Transparency International.

Chez beaucoup de gens, la stabilité que le régime de Saddam Hussein parvenait à assurer inspire une forme de nostalgie comparée au chaos actuel. Mais ça ne veut pas dire que l’Irak ne peut pas voir de meilleur gouvernement, ni que l’Irak est destinée à être un démocratie ratée“ conclut Loretta Napoleoni.

A Mossoul, où l’armée irakienne a lancé une offensive pour chasser le groupe Etat islamique, les tensions politiques et confessionnelles se règlent dans le sang. A Bagdad, les attentats meurtriers se multiplient. Dix ans après sa mort, les maux qui étouffaient l’Irak de Saddam Hussein sont toujours là.