DERNIERE MINUTE

Vous lisez:

Roumanie, Bulgarie : dix ans d'adhésion à l'UE pour quel résultat ?


Roumanie

Roumanie, Bulgarie : dix ans d'adhésion à l'UE pour quel résultat ?

Cela fait dix ans que la Bulgarie et la Roumanie sont membres de l’Union européenne. Quelles ont été les conséquences de ce nouveau statut pour les deux pays ?

Les Roumains et les Bulgares ont-ils vu leur quotidien s’améliorer ?

Le PIB de ces deux pays a augmenté au cours de la dernière décennie.

Le PIB par habitant de la Bulgarie représentait 41% de la moyenne européenne quand elle a rejoint l’Union en 2007 avant d’atteindre 47% en 2015 tandis que celui de la Roumanie progressait sur la même période de 43% à 57% d’après les dernières données disponibles d’Eurostat.

La part de la population menacée de pauvreté ou d’exclusion sociale s’y est également réduite : entre 2007 et 2015, elle est passée d’environ 60% à 41,3% en Bulgarie et de 47% à 37,4% en Roumanie.

Mais l’embellie ne profite pas à tous les Roumains d’après le politologue roumain Radu Magdin interrogé par euronews. “On peut effectivement dire que la croissance économique est là et qu’après la crise économique, la Roumanie est le tigre économique de l’Europe, assure-t-il. Mais il y a une certaine frustration – qui d’ailleurs, n’est pas imputable à l’Europe – parce que cette croissance économique ne se traduit pas en monnaie sonnante et trébuchante pour les Roumains, ajoute-t-il.

“La structure de l‘économie s’appuie principalement sur les exportations, poursuit le spécialiste. Les bénéfices générés par les multinationales alimentent certes la croissance, mais il est très difficile de faire en sorte que cette croissance se traduise par une augmentation de revenus pour la population parce qu’il ne s’agit pas de redistribution ici,” conclut-il.

Qu’en est-il des Bulgares et des Roumains qui travaillent à l‘étranger ?

Selon l’agence de presse de Sofia, Novinite, le nombre de Bulgares travaillant à l‘étranger s‘élevait en 2015 à environ 2,5 millions alors que la population active présente dans le pays comptait 2,2 millions de personnes.

De son côté, la Roumanie a connu entre 2000 et 2015, le phénomène de diaspora le plus rapide au monde pour un pays qui n’est en pas situation de guerre ou de conflit d’après un rapport de l’ONU. “La fuite des cerveaux a été énorme, souligne Radu Magdin. En vérité, concède-t-il, très peu de gens sont revenus dans le pays après avoir passé quelques années à l‘étranger.”

Pour autant, selon lui, certains sont rentrés pour de courtes périodes comme ceux qui ont collaboré avec le Premier ministre Dacian Cioloș sur des projets spécifiques à Bruxelles.

“Je dirais qu’il y a plus de gens qui reviennent en particulier à Bucarest, mais aussi dans d’autres régions, indique-t-il. Pendant mes vacances dans le nord du pays, j’ai vu que dans un village où des familles entières étaient parties à l‘étranger notamment pour travailler dans la construction au Royaume-Uni, les habitants étaient tous revenus pour Noël et commençaient à se réinstaller : s’ils font cela, c’est bien qu’ils se voient un avenir en Roumanie,” affirme-t-il.

La Roumanie comme la Bulgarie ont aussi bénéficié des envois de fonds des émigrés dans leur pays d’origine. C’est ce que montrent les statistiques d’Eurostat. Les transferts d’argent personnel vers la Bulgarie ont atteint 268,9 millions d’euros en 2010 pour grimper à 456 millions en 2015. En Roumanie, ils sont passés de 375,9 millions en 2012 à 503,7 millions en 2015.

Et l’argent de Bruxelles ?

De la contribution de 368 millions d’euros pour l’extension d’une ligne de métro à Sofia aux 355 millions d’euros débloqués pour améliorer les infrastructures de gestion de l’eau potable et des eaux usées en Roumanie, même les eurosceptiques les plus virulents auront du mal à soutenir que Bruxelles n’investit pas dans ces deux pays.

La Roumanie a touché 23 milliards d’euros sur la période de financement 2014-2020. C’est 7,6 milliards dans le cas de la Bulgarie.

Mais d’après le politologue roumain Radu Magdin, ces deux pays ont touché des milliards au cours de la période précédente (allant jusqu’en 2013) et n’ont pas fait bon usage de ces fonds. “En 2007, les gens ont pensé que cet argent allait simplement être injecté dans le pays et ensuite redistribué, dit-il, mais nous avons mal géré l’utilisation des financements européens. Les freins, ce sont les mentalités, la bureaucratie, la lourdeur de la paperasse, mais aussi la corruption, estime-t-il. Je pense que dès le début, il y a eu un manque de vision sur ce qu’il fallait faire de cet argent : on n‘était pas assez préparé pour rejoindre l’Union,” poursuit l’analyste.

Radu Magdin ajoute que l’un des aspects essentiels de l’adhésion de la Roumanie à l’Union a été la pression mise par Bruxelles dans la lutte contre la corruption : ce qui a eu des résultats positifs contrairement à la Bulgarie.

Les Roumains et les Bulgares sont-ils plus heureux ?

Selon une enquête Eurobaromètre, les Bulgares comme les Roumains se disent plus satisfaits de leur vie qu’il y a une décennie.

En 2007, seuls 36% des Bulgares interrogés se disaient contents de la vie qu’ils menaient, ils étaient 53% en Roumanie. A l’automne 2016, le chiffre était de 51% pour les Bulgares et 58% pour les Roumains.

“Je crois que c’est dans nos habitudes de nous plaindre, on aime penser que nos pays sont les pires dans l’Univers, mais ce n’est pas vrai, insiste Radu Magdin. La vie des gens s’améliore, ils sont plus satisfaits de leur pays, mais leur tendance à tout critiquer est encore là, regrette-t-il avant d’ajouter : nous vivons mieux, surtout dans les grandes villes où l’investissement est davantage présent.”

Quel avenir européen ?

Le politologue roumain estime qu’au niveau des instances de l’Union, aussi bien la Roumanie que la Bulgarie ont agi comme s’ils étaient encore candidats à l’adhésion et non en tant que membres effectifs, mais selon Radu Magdin, tous deux sont susceptibles de s’y affirmer davantage à moyen terme. Occasion leur en sera donnée lorsqu’ils assureront chacun la présidence tournante du Conseil de l’Union au cours des deux prochaines années.

De plus, la Roumanie pourrait réclamer de la part de Bruxelles, une certaine souplesse sur l’ampleur de son déficit à l’heure où son nouveau gouvernement cherche à appliquer son programme électoral.

“On a parfois l’impression que la Roumanie et la Bulgarie ont endossé le rôle de gentils adolescents au sein du bloc, peut-être trop gentils d’ailleurs au point de ne pas tenir compte de leurs propres intérêts,” estime l’analyste politique.

“Je crois que les choses vont changer : le discours tenu par les autorités de Sofia ou de Bucarest ne va pas se durcir, mais on va probablement voir ces deux pays dire aux autres : “Les gars, on ne vous cause pas de problèmes, on est europhile, on assure tous les deux la présidence tournante dans les deux prochaines années, accordez-nous une pause, laissez-nous un peu de champ libre, aidez-nous à présenter le projet européen sous l’angle d’une réussite.”

Ce qu’ils en disent

Des centaines d’utilisateurs de Facebook ont partagé avec Euronews, leur sentiment sur les dix ans d’adhésion. En voici quelques exemples :

Cristi Marin : “Rejoindre l’Union, c’est la meilleure chose qui soit arrivée à la Roumanie, ça ne fait aucun doute.”

Măriuca Bolk-Ionescu : “On nous traitait plus mal que les réfugiés. En 2007, on a été accepté dans l’Union et il a fallu attendre 2014 pour qu’on soit autorisé à y travailler même si on était des gens intelligents et qualifiés. On n’a pas oublié cette injustice énorme !”

“L’UE a et a été un grand rêve, mais aujourd’hui, il y a beaucoup d’idiots à Bruxelles dans toute une série d’institutions douteuses et presque tous les politiciens dépensent de l’argent et ne font rien. Je ne crois pas que cet anniversaire des dix ans soit une occasion de faire la fête. Il me semble que l’Union est plutôt un grand fiasco et une grosse machine à dépenser de l’argent.”

Străistaru Eugen : “C’est la meilleure chose qui pouvait arriver. Bien sûr, il y en a qui disent qu’on devrait se rapprocher de la Russie parce qu’elle tolère la corruption et le crime. Mais moi, je dis qu’il faut rester fort et le devenir encore plus avec l’Union.”

Velizar Tonchev : “Je vais fêter ça. C’est la meilleure chose qui nous soit arrivée à nous, les Bulgares… Honnêtement, j’ai vu les changements réels qui ont touché les gens depuis dix ans. On a encore un long chemin à parcourir, mais parmi les quelques évolutions positives, on peut citer : une tonne de nouveaux programmes et projets en matière de développement sous toutes ces formes, les améliorations absolument incontestables au sein des infrastructures de Sofia comme le métro, mais aussi les rues pavées et les nouveaux bus et trams publics. La stabilité politique relative et l’image de fiabilité de plus en plus grande qui ont découlé de notre adhésion a généré un afflux massif d’investissements étrangers. Il y a beaucoup d’entreprises internationales qui externalisent leurs services ici. Ce qui représente aujourd’hui, probablement, la plus grande source de revenus pour les jeunes. Il ne faut pas oublier ce que nous apporte l’ouverture sur le monde et sur d’autres idées, ce qui est le résultat de la libre circulation et de la présence de plus en plus d‘étrangers en Bulgarie… Merci, l’Europe !”

Victor Cioboata : “Je ne sais pas ce qu’il en est pour la Bulgarie, mais adhérer à l’Union, c’est la plus grosse erreur que la Roumanie ait faite.”

Alexander Iliev : “Si on n‘était pas dans l’Union, notre région serait de nouveau en plein chaos. Ce serait la fin de tout ! L’Europe, c’est génial pour nous et j’espère qu’elle restera forte ! 2017 devrait être une année géniale !”

Jeni Staikova : “Nos pays dépendaient en premier lieu, des fonds européens pour moderniser leurs infrastructures, ils n’ont pas développé leur économie. Tous ces investissements étrangers, ce n’est pas ce qui va rendre nos sociétés plus riches dans la mesure où les investisseurs s’assurent de payer le moins de taxes possible. Ils créent des emplois, mais ils donnent des salaires du niveau de ceux en Afrique. Alors beaucoup de gens sont partis travailler dans l’ouest de l’Europe. L’Europe est à deux vitesses. Ce n’est pas l’idée qui prévalait lors de sa création.”

Петя Петкова : “En dix ans, l’Union a fini par détruire l‘économie bulgare. La vie des Bulgares n’a jamais été aussi mauvaise qu’avant. L’Union profite à seulement trois ou quatre pays qui exploitent tous les autres Etats membres à leur avantage.”

Laurentiu Bratu : “Faire partie de l’Union, c’est un avantage réel pour la Roumanie, la question ne se pose pas. Si elle ne l’avait pas rejoint, notre pays aurait été une sorte de version latine de la Biélorussie.”

Tiberius Mehedintu : “La Bulgarie et la Roumanie ont un seul motif de satisfaction pour trinquer aux dix ans d’adhésion à l’Union : on est plus pauvre qu’avant. Merci, l’Europe !”

Koko Dyulgerski : “C’est une bonne chose. Ce n’est pas parfait, mais la situation est bien meilleure qu’avant.”

Chris Harris avec Stéphanie Lafourcatère