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Mutilations génitales féminines : des victimes de plus en plus jeunes

Ce 6 février marquait la Journée internationale de lutte contre les mutilations génitales féminines.

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Mutilations génitales féminines : des victimes de plus en plus jeunes

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Ce 6 février marquait la Journée internationale de lutte contre les mutilations génitales féminines. Un combat de longue haleine. D’après les estimations des Nations Unies, 200 millions de femmes et de jeunes filles vivent aujourd’hui avec les séquelles de ces mutilations, courantes dans une trentaine de pays d’Afrique et du Moyen-Orient.

Or d’après les associations, les victimes sont de plus en plus jeunes, il s’agit parfois même de bébés. Dans la région de Manyara, en Tanzanie, un bébé né le jour de Noël a ainsi été mutilé par sa grand-mère cinq jours après sa naissance, rapporte l’association NAFGEM (Network Against Female Genital Mutilation). L’enfant est décédée quelques jours plus tard, à l’hôpital, des suites de ses blessures. Sa mère et sa grand-mère ont été arrêtées. Lentement, l’impunité recule mais à pas de fourmi et de manière très inégale d’un pays à l’autre.

D’après l’Organisation mondiale de la santé, les mutilations sexuelles féminines sont des interventions qui altèrent ou lèsent intentionnellement les organes génitaux externes de la femme pour des raisons non médicales. L’excision est l’une de ces pratiques, mais il y en a d’autres comme la clitoridectomie ou l’infibulation.

“Les filles étaient mutilées autour de 10 ans, pour les préparer au mariage, mais grâce à la criminalisation dans de nombreux pays et aux campagnes de sensibilisation, le phénomène recule”, explique Francis Selasini, coordinateur à la NAFGEM. “Le problème, c’est que pour éviter d‘être poursuivis, ceux qui pensent que ces pratiques doivent être maintenues agissent beaucoup plus tôt. Le plus grand défi avec les mutilations génitales féminines, c’est qu’elles restent très liées à la tradition dans ces régions rurales. Les femmes âgées organisent le rituel, cela leur donne un statut social, et si une fille n’a pas elle-même été mutilée, elle ne peut pas participer. C’est une forme d’exclusion sociale.”

Dans la région de Manyara, en Tanzanie, 70,8% des femmes et fillettes étaient mutilées en 2010, le chiffre est désormais tombé à 58%.

Grace Uwizeye travaille pour l’association Equality Now, une association qui lutte pour les droits des femmes. “Les enfants sont victimes de ces pratiques de plus en plus jeunes”, confirme-t-elle. “Et c’est parce que les campagnes de sensibilisation ont eu un large écho dans les écoles que les partisans de ces pratiques les infligent aux enfants plus jeunes, qui ne peuvent pas résister.”
“C’est important d’avoir des lois, dit elle. Même si le changement n’arrivera pas du jour au lendemain. Ce sont des croyances populaires qui mettent du temps à évoluer.”

Pour la NAFGEM, c’est aussi aux hommes de s’engager. “Eux aussi sont soumis à cette pression sociale qui veut qu’ils n‘épousent que des femmes excisées ou mutilées, mais ils ont le pouvoir de changer cela, c’est pourquoi nous intervenons dans les communautés et auprès des guides religieux.”

En Europe, on estime à 500 000 le nombre de femmes et de filles ayant été victimes de mutilations génitales. Elles seraient 137 000 au Royaume-Uni, 29 000 aux Pays-Bas et 13 000 en Belgique.