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Injustice au Japon : "les enfants de Fukushima" sont encore rejetés

Le mot “ijime” désigne à lui seul un phénomène répandu au Japon, le harcèlement scolaire et plus largement les discriminations et brimades dont sont victimes les personnes faibles, différentes, margin

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Injustice au Japon : "les enfants de Fukushima" sont encore rejetés

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Le mot “ijime” désigne à lui seul un phénomène répandu au Japon, le harcèlement scolaire et plus largement les discriminations et brimades dont sont victimes les personnes faibles, différentes, marginales… La société japonaise, qui se veut ordonnée et résistante aux épreuves, ne supporte guère les plaintes. Voilà pourquoi ceux que l’on appelle “les enfants de Fukushima” restent encore, même six ans après la catastrophe nucléaire de mars 2011, des souffre-douleur. Ils subissent des harcèlements de la part de leurs camarades d‘école, des brimades, violences verbales voire physiques de la part de certains adultes.

A tel point que le gouvernement, qui n’a eu de cesse de minimiser les conséquences de l’accident de Fukushima, a dû se résoudre ces derniers jours à lancer une évaluation des cas de harcèlements de ces enfants déplacés. L’un des plus parlants est celui d’un jeune garçon hébergé dans la ville portuaire de Yokohama, située dans la baie de Tokyo : dans une lettre, il a confié qu’il se faisait racketter par plusieurs autres élèves qui l’accusaient de “profiter” d’aides de l’Etat.

“J’ai songé je ne sais combien de fois à mourir, a-t-il écrit, mais tant de personnes ont déjà été emportées par le tsunami (…) J’ai décidé que je devais vivre”. Sa mère n‘était pas au courant de son calvaire, et elle-même était régulièrement humiliée par des voisins qui lui jetaient des ordures quand elle passait devant chez eux. Cette histoire a suscité émotion et indignation à travers le pays, ouvrant un peu les yeux aux Japonais sur la double peine endurée par les personnes évacuées de la région contaminée.

Victimes de leurs propres compatriotes

Les familles sinistrées ont tout perdu à cause du tremblement de terre ou du tsunami qui a suivi, certaines d’entre elles ont ensuite dû fuir la zone de la centrale de Fukushima, et en plus, elles ont parfois été accueillies loin de chez elles par des communautés indifférentes ou hostiles, qui faisaient courir la rumeur que les radiations étaient contagieuses. A l‘école, les enfants de ces réfugiés se sont sentis comme des pestiférés, s’entendant dire de rentrer chez eux. Des centres scolaires ont même été installés spécialement pour recevoir les enfants stigmatisés.

“L‘éducation japonaise, fondée sur la notion de groupe soudé, tend à effacer toute individualité”, a expliqué à l’Agence France Presse Asao Naito, de l’université Meiji de Tokyo. “Dans cet environnement totalitaire, poursuit-il, les évacués de Fukushima sont une proie facile”. Cette injustice criante pourrait se comparer à celle qu’ont subi les “hibakusha”, autrement dit les rescapés des bombes atomiques de Hiroshima et Nagasaki, après 1945 : les victimes irradiées étaient alors jugées “infréquentables”, elles étaient évitées, repoussées, discriminées…