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Colombie : la vie après l'accord de paix


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Colombie : la vie après l'accord de paix

L’accord de paix avec les FARC a officiellement mis fin à 52 ans de conflit. Quelle est la situation en Colombie désormais ? Quels sont les nouveaux équilibres qui se mettent en place ? Quelles conséquences pour la population ? Voyons comment les humanitaires internationaux viennent en aide aux personnes déplacées et aux habitants des zones rurales.

L’accord de paix signé à la Havane le 24 août dernier entre la Colombie et les FARC a ouvert la voie à la résolution d’un conflit qui durait depuis 52 ans. Rejetté par référendum, le texte a été modifié, puis ratifié en novembre. Cette guerre civile a fait plus de 200.000 morts. Sur les vingt dernières années, on compte 7,3 millions de personnes déplacées en raison des violences. Seules les FARC sont signataires de l’accord. Les affrontements avec d’autres groupes rebelles continuent dans plusieurs régions. Officiellement, au moins 58.000 personnes ont dû s’enfuir de chez elles l’an dernier, beaucoup plus d’après les ONG qui de janvier 2014 à août 2016, ont recensé en moyenne 16.000 personnes déplacées par mois dans le pays.

La détresse des déplacés

Putumayo est l’un des départements colombiens où de nombreux déplacés ont trouvé refuge récemment. Parmi eux, une femme de 67 ans qui veut rester anonyme. Elle est arrivée à Puerto Asís en juillet dernier. L’un de ses enfants a été tué il y a cinq ans par des groupes armés.

“J’ai été obligée de fuir deux fois : en 2002 et maintenant ; la première fois, on m’a pris tout ce que j’avais, raconte-t-elle. L’an dernier, on s’est enfui, c‘était le 10 juillet, ajoute-t-elle. Les groupes armés nous réclamaient 5000 pesos par jour (l‘équivalent de 1,50 euros) et à un moment, on n’avait plus les moyens de payer, alors ils ont commencé à nous menacer,” dit-elle.

À Putumayo, Lucía a fait une demande pour être reconnue en tant que déplacée et pouvoir bénéficier d’une aide d’Etat. Pendant cette procédure qui est censée durer trois mois, les personnes les plus vulnérables comme elle reçoivent une aide internationale.

Aide de première nécessité

Nous accompagnons Lucía à l’une des réunions organisées par Action contre la faim. L’ONG donne de la nourriture, de l’argent pour se loger et un kit d’hygiène notamment pour purifier l’eau. Veronica Nayive Tejada Rodrguez travaille pour l’ONG. Elle précise : “Pour l’alimentation, chaque mois, les familles reçoivent 100.000 pesos par personne. C’est l‘équivalent de trente euros ; pour ce qui concerne l’hygiène, on donne une fois, à chaque famille, 18 euros.”

Lucía a le droit de faire ses courses pour la dernière fois avec l’aide de l’ONG dans un magasin partenaire en attendant l’aide de l’Etat qui tarde à arriver, comme c’est souvent le cas. “Quand je n’aurais plus droit à ce programme, on devra de nouveau se contenter d’un peu de riz et d’un peu de soupe,” résume Lucía.

À Putumayo – ancien bastion du 48ème Front des FARC -, la production de coca alimentait les caisses des rebelles. Depuis l’accord de paix, la guérilla est en train de partir, de nouveaux équilibres se mettent en place. Donateur international, l’Union européenne suit de près l‘évolution de la situation.

“Le pays continue à compter un certain nombre d’autres groupes armés qui non seulement n’ont pas signé l’accord de paix, mais sont en concurrence accrue pour récupérer du terrain, explique Hilaire Avril du service de l’UE à l’aide humanitaire, donc cela a tendance à provoquer un certain nombre de conséquences pour les populations notamment rurales, particulièrement en termes de déplacements forcés.”

Passer de la coca à d’autres cultures

Allons voir comment d’autres programmes internationaux incitent la population des zones rurales à rester sur place. Les plantations de coca y sont encore nombreuses tout comme les tentatives pour les éradiquer.

“Les effets du conflit armé sont plus flagrants dans les villes ; pour autant, les communautés rurales ont été profondément touchées, indique notre reporter
Monica Pinna qui poursuit : Suivons la rivière Afilador pour rejoindre la communauté indigène de Cofán.”

Sur place, la population a été pendant des années, prise en étau entre groupes armés et gouvernement. Des habitants ont été tués, beaucoup ont fui et l’isolement imposé par le conflit a fragilisé la vie économique. La politique d‘éradication des champs de coca par fumigation menée par Bogota est terminée, mais Cofán en paye encore le prix d’après l’un des chefs locaux.

“Les fumigations ont commencé à cause de la production de coca : ici, elles ont duré de 2005 à 2013, précise Diomedes Lusitante. Elles ont touché non seulement les cultures illégales, mais surtout les cultures vivrières, s’indigne-t-il. Ici, il n’y a pas de possibilités de faire du commerce ; il n’y a aucune garantie ; travailler, cela ne sert à rien, juste à être épuisé, déplore-t-il avant de lancer : En tant que paysans indigènes, on réclame que les champs de coca soient utilisés pour d’autres cultures.”

Développer la vie économique des zones rurales

La FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) est elle aussi présente dans le pays. Elle assure par exemple, dans cette région, le suivi d’un projet finalisé l’an dernier. Les habitants ont reçu des semences pour leurs cultures et bénéficié de formations. Les résultats sont encourageants.

“Ils mettent en pratique ce qu’ils ont appris avec nous, mais ce sont leurs propres initiatives, indique Henry Solarte de la FAO. Ils choisissent leur type de culture, ils continuent d’utiliser leurs techniques sur le verger commun et ils font la même chose dans leur jardin,” dit-il.

L’isolement et l’insécurité alimentaire restent des défis au sein de ces communautés qui jusqu‘à il y a peu, étaient pour certaines, menacées d’extinction en raison du conflit.

Aid Zone Colombia

Monica Pinna avec Stéphanie Lafourcatère

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