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Les confessions pudiques de Najat Vallaud-Belkacem


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Les confessions pudiques de Najat Vallaud-Belkacem

C’est avec quelques minutes de retard que la ministre de l’Education a fait son apparition dans une librairie de la place Bellecour à Lyon. Un léger retard que Najat Vallaud-Belkacem va s’employer à faire oublier sous une pluie d’excuses auprès des nombreux inconnus et des fidèles qui l’attendaient.
Tous avaient fait le déplacement pour obtenir une dédicace de la ministre après la sortie de son autobiographie (*) “La vie a plus d’imagination que toi”.
Un titre inspiré d’une phrase que sa mère lui a transmise, comme slogan pour la vie.

Longtemps, Najat Vallaud-Belkacem n’a souhaité évoquer ni son passé ni exposer sa famille. Sa vie privée était une véritable chasse gardée. Mais à 39 ans, la ministre a fini par se raviser.
Ce livre, elle l’a d’abord écrit pour ses deux jeunes enfants qui doivent partager leur maman avec son engagement politique. Mais c’est aussi à toutes ces femmes et à ces jeunes issus de l’immigration, qu’elle s’adresse. Son livre, sa vie, c’est “une histoire vraie dont j’ai bien voulu qu’elle dise un peu de moi, pour autant qu’elle dise un peu de la France”.

De cet ouvrage, on apprend que la ministre a vécu au Maroc jusqu‘à l‘âge de quatre ans dans un petit village, sans eau courante. Mais c’est en France qu’elle a grandi, dans les quartiers nord d’Amiens. Une ville dont elle ne connaîtra que tardivement le centre-ville. De ces années, Najat Vallaud-Belkacem se souvient surtout du bibliobus qui s’est arrêté toutes les semaines en bas de son immeuble : sa soeur et elle en ont dévoré tous les livres. Autant de pages ouvertes sur le monde.

De nombreuses anecdotes viennent également compléter le portrait de la ministre de l’Education. On apprend ainsi qu’elle s’est fait un plaisir de porter chaque mercredi – jour du Conseil des ministres – une tenue confectionnée par des étudiant(e)s des lycées professionnels de la mode.
Najat Vallaud-Belkacem passe aussi à confesse quand elle avoue ne pas avoir voté en ce 21 avril 2002. Elle avait vingt-cinq ans et avait pleuré de rage quand Jean-Marie Le Pen était finalement parvenu au deuxième tour de la présidentielle.

Entre deux confidences, Najat Vallaud-Belkacem se montre nettement plus incisive dès qu’il s’agit de faire l‘éloge de “l‘école de la République” ou de défendre son action, rue de Grenelle.
Une réponse somme toute très pudique face au déluge de haine et de critiques qui l’a accompagné depuis son entrée au gouvernement.

A quelques semaines des élections, Najat Vallaud-Belkacem a répondu à nos questions.

Quel est, pour vous personnellement, votre plus grand succès ?

Najat Vallaud-Belkacem :
Avoir tenu bon, tout simplement. Je suis frappée de voir à quel point l’action politique est au fond un combat de chaque instant. Sauf bien sûr à ne considérer les responsabilités que comme un privilège et à faire de la gestion en attendant que cela passe. Cela n’est pas dans ma nature et dans chacun de mes ministères j’ai pris à-bras-le-corps des réformes et des changements indispensables pour améliorer le sort de ceux dont j’avais la charge : les femmes lorsque j‘étais ministre des droits des femmes, les jeunes et les quartiers populaires quand j’en ai, brièvement été en responsabilité, les élèves et les étudiants depuis maintenant deux ans et demi. Si je m’en tiens au premier et au dernier de mes ministères, je dirais que la Loi sur l‘égalité femmes-hommes du 4 août 2014 (avec les sanctions sur les entreprises qui ne la respectent pas, les nombreuses dispositions contre les violences faites aux femmes, le partage du congé parental ou encore la garantie contre les impayés de pension alimentaire…) ou encore celle contre la prostitution sont emblématiques de cette action.
A l’Education, ce sont bien sûr les budgets inédits que j’ai réussi à obtenir pour mettre davantage d’enseignants à l‘école primaire, scolariser plus d’enfants de moins de trois ans, permettre au collège que les élèves soient mieux aidés et suivis, mieux rémunérer les enseignants ou encore augmenter les bourses et les fonds sociaux. Les plus beaux des résultats sont par exemple la baisse importante du nombre de décrocheurs scolaires annuels ou encore du nombre d‘élèves victimes de harcèlement.

Avant de devenir ministre, quand vous êtes-vous sentie la plus discriminée parce qu’issue de l’immigration ?

La première expérience de racisme à laquelle j’ai été confrontée ne m’était pas directement adressée. Il s’agissait d’un tract du FN sur lequel je suis tombée par hasard, j’avais environ 13 ans, je me souviens l’avoir lu et m’être sentie agressée par la violence de son propos. Par la suite, je n’ai pas eu le sentiment d’être directement victime de discrimination mais j’ai toujours eu à lutter pour ne pas être enfermée dans la case « diversité », je voulais être reconnue comme une femme politique à part entière. C’est d’ailleurs pour cette raison que je me suis si longtemps refusée à évoquer mon passé.

Vous avez encore quelque chose de “marocain” dans votre comportement de tous les jours ?

En fait, ça n’est pas tant mon passé « marocain » – je n’y ai vécu que les premières années de ma vie – que mon passé au sein de ma famille. Nous n’avions presque rien et j’ai conservé en moi le sens de la valeur des choses. Cela peut sembler anecdotique, mais pour vous donner un exemple concret, quand, dans son enfance, on avait l’habitude d’aller à dos d‘âne jusqu’au puits pour chercher de l’eau, on ne gaspille pas l’eau… Et puis, il y a ce qui ne relève pas du comportement mais qui m’a façonné, la richesse de connaître une autre culture, de parler une autre langue, d’avoir pu m‘émanciper à travers l’école de la République. Cela m’habite profondément et cela forge bien sûr le sens des combats que je mène pour permettre à tous les jeunes de ce pays d’avoir les mêmes chances de réussite.

A quelle occasion votre mère a-t-elle prononcé le titre de votre livre pour la première fois ? Ce titre n’a-t-il pas finalement précédé le livre ?

J’ai le sentiment de l’avoir toujours entendue me dire « la vie a plus d’imagination que toi. » J’ai appris des années plus tard, que François Truffaut en était l’auteur. Cette phrase, finalement, c’est un puissant adjuvant à tous mes rêves de petite fille et c’est sûrement pour cela que je n’ai jamais été de celles et ceux qui cherchent à établir leurs projets sur des années et des années. Je prends les responsabilités qui me sont confiées les unes après les autres, je mesure l’honneur qui m’est fait et je cherche à être digne de la confiance qui m’a été accordée. C’était pour moi une évidence, une fois que j’avais écrit ce livre, ces confidences sur le sens de mon parcours, que cette phrase devait se retrouver en couverture.

(*) Grasset, 159 p.

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