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Syrie : sombres arrangements entre le cimentier Lafarge et Etat islamique


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Syrie : sombres arrangements entre le cimentier Lafarge et Etat islamique

Les ennuis judiciaires ne font que commencer pour le grand groupe franco-suisse de cimenterie LafargeHolcim. Le parquet de Paris a annoncé ce mardi que trois de ses juges, qui travaillent pour les pôles antiterroriste et financier, sont en train de mettre le nez dans le dossier ouvert vendredi dernier. Le cimentier est accusé d’avoir passé de dangereux arrangements avec le groupe jihadiste Etat islamique pour continuer de faire tourner tant bien que mal son usine de Jalabiya, ville du nord-est de la Syrie, au cours des années 2013 et 2014.

Les chefs d’accusation sont lourds, “financement d’une entreprise terroriste” et “mise en danger de la vie d’autrui”. L’association Sherpa, qui lutte contre la corruption financière, avait déposé plainte contre Lafarge en novembre dernier. Dans cette plainte, elle accuse le géant industriel “d’avoir accepté de s’entendre avec des membres du groupe Etat islamique” car il voulait à tout prix “maintenir sa production malgré l’intensification des affrontements”.

Une dizaine d’anciens employés de la filiale Lafarge Cement Syrie ont suivi en portant plainte à leur tour, avec constitution de partie civile. Ils dénoncent les pressions indignes qu’ils subissaient pour se rendre absolument au travail malgré l’immense insécurité règnant sur les routes de la région : des menaces de licenciement, de suspension de salaires, etc.


Un laissez-passer d'Etat islamique contre de l'argent

Les jihadistes d’Etat islamique, qui ont progressé vers Jalabiya à partir de juin 2013 (date à laquelle ils ont fait tomber Raqqa, à environ 90 kms de là), obligeaient tous les véhicules à payer une taxe de circulation sur leurs territoires conquis. Selon le journal Le Monde, qui l’a révélé dès juin 2016, le cimentier Lafarge aurait parlementé avec les terroristes afin d’obtenir un laissez-passer pour ses ouvriers, en échange de sommes d’argent… En mars dernier, l’entreprise a effectivement avoué qu’elle avait “indirectement financé” plusieurs groupes armés pour maintenir ses activités syriennes.

Pour le géant du ciment, l’enjeu financier valait apparemment plus que la sécurité de ses employés : il avait payé 600 millions d’euros pour finir de construire l’usine de Jalabiya et la faire fonctionner, l’un des plus gros investissements étrangers en Syrie. A tel point que quand les activistes islamistes ont fini par s’emparer de la cimenterie le 19 septembre 2014, la direction n’avait rien prévu pour évacuer les trente ouvriers encore présents, ils ont dû s’enfuir dans la panique comme ils le pouvaient.

L’ex-patron de LafargeHolcim, Eric Olsen :


La morale de l’histoire, c’est qu’il n’y en a pas ! Le patron de LafargeHolcim, Eric Olsen, a démissionné. Le conseil d’administration du groupe a néanmoins affirmé qu’il n‘était “pas responsable” et qu’il n‘était “pas informé des actes répréhensibles identifiés”. On verra ce qu’en disent les trois juges du parquet de Paris en charge de l’instruction.

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