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L'école, première étape vers l'intégration des réfugiés en Grèce

Dans cette édition d’Aid Zone, nous sommes en Grèce pour découvrir les efforts déployés pour faciliter l’accès à l‘éducation pour les enfants accueillis dans les centres de transit pour…

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L'école, première étape vers l'intégration des réfugiés en Grèce

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Dans cette édition d’Aid Zone, nous sommes en Grèce pour découvrir les efforts déployés pour faciliter l’accès à l‘éducation pour les enfants accueillis dans les centres de transit pour réfugiés. Un dispositif de transport en car financé par l’Union européenne a été mis en place pour les acheminer dans des écoles grecques.

Pour appréhender l’ampleur de la crise des réfugiés, évoquons tout d’abord quelques chiffres : de janvier à début juin 2017, plus de 72.000 migrants sont arrivés en Europe, principalement par la mer.

Malgré une baisse de 96% du nombre des arrivées en Grèce sur les quatre premiers mois de l’année par rapport à la même période l’an dernier, ils sont 62.000 migrants et réfugiés à être bloqués dans le pays. Plus de 20.000 d’entre eux sont mineurs d’après l’UNICEF (mars 2017).

Dans le camp de réfugiés de Malakasa à Athènes, nous rencontrons Abbas Noori, 10 ans. Il est afghan et vit avec sa famille sur place depuis environ un an et demi.Il fait partie des 2500 enfants réfugiés et migrants résidant dans les centres d’accueil qui peuvent désormais bénéficier d’un enseignement classique tous les après-midi de la semaine dans les écoles grecques. “Cela fait trois mois que je vais à l‘école : c’est vraiment important d‘étudier, c’est important pour mon avenir,” nous confie-t-il.

Abbas et les autres élèves réfugiés fréquentent 93 écoles de Grèce continentale. Leur acheminement au départ de 32 camps aujourd’hui est assuré grâce à un projet financé par le service de l’Union européenne à l’aide humanitaire (ECHO) et mis en place par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Aid Zone 3 Greece

“Un droit humain fondamental”

“Avant le lancement du programme, nous indique Iannis Baveas, coordinateur du projet de scolarisation à l’OIM, les enfants n’avaient accès à aucune scolarisation classique : ils avaient seulement droit à une éducation informelle dans les camps. Or c’est quelque chose de très important, insiste-t-il, parce que c’est un droit pour tous les enfants d’aller à l‘école, ce n’est pas un privilège, c’est un droit humain fondamental.”

Un peu partout dans le pays, 73 cars circulent chaque après-midi pour emmener les enfants dans des écoles situés entre 2 et 18 km de leur camp. Pour Abbas, le trajet dure une quinzaine de minutes jusqu‘à l‘école élémentaire Avlona. Depuis fin mars, elle compte en plus de ses 235 élèves, 20 enfants de Malakasa.

Giannis Stefanidis est enseignant dans l‘établissement, c’est lui qui leur fait cours les après-midi. “Il y en a beaucoup qui n‘étaient jamais allés à l‘école dans leur pays d’origine, raconte-t-il. Ce qui veut dire qu’ils n’ont même pas les bases pour savoir comment se comporter à l’intérieur de l‘établissement, indique-t-il avant de préciser : “Il leur a fallu environ deux mois et demi pour apprendre 300 mots à peu près : je crois que c’est suffisant, mais l’essentiel, c’est qu’on voit de grands sourires sur leur visage.”

Les enfants réfugiés sont regroupés dans des classes spécifiques : ils ont cours de grec, anglais, maths, informatique, arts plastiques et sport.
Leur intégration est lancée.

Combien d’enfants non scolarisés ?

“C’est probablement à cela que devrait ressembler l‘école pour tous les enfants, nous explique notre reporter Monica Pinna. Mais aujourd’hui, ajoute-t-elle, on n’a pas encore d’idée précise sur le nombre d’enfants réfugiés en Grèce qui ne sont pas scolarisés.”

Ce projet bénéficie à environ 80% des enfants des camps de Grèce continentale. Ceux qui vivent dans des villes peuvent avoir accès à une scolarisation le matin comme les élèves grecs. Mais leur nombre est difficile à estimer car les réfugiés se déplacent beaucoup. La scolarisation reste l’un des principaux défis de leur accueil.

“On a dû batailler auprès de nombreuses familles pour leur expliquer à quel point c’est important que leurs enfants aillent à l‘école, même si elles ont prévu de partir pour un autre pays,” affirme Yorgos Kapranis, représentant du service européen à l’aide humanitaire.

“Quel est le prochain objectif de la Commission européenne ?” lui demande Monica Pinna.

Yorgos Kapranis lui répond :
“Ce programme est temporaire : ces sites ne sont pas faits pour être maintenus, ce sont des centres de transit, les familles ont déjà commencé à les quitter, l’Union européenne finance l’hébergement en appartement et les enfants sont admis le matin dans les écoles grecques. Ce programme les prépare à intégrer le système éducatif national.”

Quête de réussite

Le père d’Abbas, Mohammad Ibrahim Noori rêve d’aller s’installer en Suisse. Pour autant, il est fier que son fils aille à l‘école. L’accès à l‘éducation était déjà problématique en Iran où cette famille afghane a vécu pendant 21 ans avant d’arriver sur place. “J’espère qu’il pourra continuer ses études dans les écoles grecques parce qu’il aime cela, dit-il. Je suis optimiste pour son avenir et on espère qu’il réussira ; l’une des raisons pour lesquelles on a émigré, c‘était parce qu’on voulait que nos enfants réussissent leurs études,” assure-t-il.

Le ministère grec de l’Education assure qu’en septembre, les écoles grecques rouvriront leurs portes aux enfants des camps et qu’ils auront classe le matin avec leurs camarades grecs.

Monica Pinna avec Stéphanie Lafourcatère