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Kersti Kaljulaid : La politique de Trump, "c'est du solide"


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Kersti Kaljulaid : La politique de Trump, "c'est du solide"

Dans cette édition de The Global Conservation, euronews est à Tallinn en Estonie, le pays balte qui prend pour six mois, à partir de ce premier juillet, la présidence de l’Union européenne à l’heure où les 28 doivent relever une série de défis : la crise des migrants, le Brexit, les interrogations suscitées par le président américain sur ses engagements au sein de l’OTAN et une Russie dominant la scène internationale. La dirigeante estonienne Kersti Kaljulaid, en fonction depuis octobre dernier, dit qu’elle s’attaquera à une “situation bloquée” en Europe dans le dossier migratoire et estime qu’il n’y a aucun “vacillement” dans les positions de Washington à l‘égard de la sécurité de son pays et de ses voisins de la région.

James Franey, euronews :
“Le gouvernement italien a menacé de bloquer l’entrée de ses ports aux bateaux humanitaires étrangers transportant des migrants secourus en Méditerranée. Qu’en pensez-vous ? Cette crise fait partie des dossiers prioritaires dont vous allez vous occuper en assurant la présidence de l’Union européenne.”

Kersti Kaljulaid, présidente estonienne :
““Nous devons débloquer cette situation”:http://fr.euronews.com/2017/07/03/concertation-europeenne-pour-les-migrants dans laquelle certains pays disent qu’ils n’accepteront rien, qu’ils n’assumeront aucune responsabilité tandis que de l’autre côté, il y a ceux qui supportent cette charge. Il faut jeter un pont entre ces deux camps qui ne voient pas les choses de la même manière. Et différents mécanismes existent après tout parce que l’Union européenne a aussi par nature, une mission de forte redistribution. Elle redistribue les ressources entre les pays pour qu’ils puissent gérer les situations difficiles dans lesquelles ils se trouvent. Je crois qu’il faut envisager toutes les options possibles.
Nous devons aussi comprendre une chose : ces personnes qui viennent en Europe et qui ont le droit d’y demander l’asile préfèrent se rendre dans certains pays en particulier et nous devons aussi discuter de cela car ils peuvent circuler librement en Europe. Ils ont tendance à aller là où leur niveau de vie sera plus élevé. C’est humain, c’est tout-à-fait compréhensible parce qu’ils ont tout perdu. Quand vous avez déjà perdu votre maison, vous allez essayer de trouver les meilleures conditions de vie pour vous et votre famille. Et les pays où le niveau de vie est moyen font face à des difficultés de ce point de vue. Il nous faut aborder ces questions également.”

James Franey :
“Vous évoquez les options possibles pour rallier ces pays qui n’honorent pas leurs engagements pour ainsi dire. De quelles options parlez-vous précisément ?”

Kersti Kaljulaid :
“Je pense à la possibilité d’accorder une plus grande aide financière aux pays qui sont prêts à accueillir des personnes en provenance d’autres pays européens.
D’un autre côté, on ne peut pas générer une difficulté morale pour ces gouvernements qui feront face à des critiques comme : “Ces gens sont des demandeurs d’asile, ils s’installent ici et on les aide plus que ceux qui sont pauvres ici.”
Il faut mettre tous ces points en discussion. Ce n’est pas une situation qui se résoudra d’elle-même. Il faudra de la bonne volonté.”

Aucun "vacillement" américain

James Franey :
“Le président américain Donald Trump a adopté une position mitigée sur ses engagements à l‘égard de l’OTAN. Croyez-vous qu’il soutienne totalement l’alliance ?”

Kersti Kaljulaid :
“Il communique par Twitter et contrairement à ce qu’on pourrait attendre ou espérer d’un chef d’Etat, il se peut que ses propos soient inexacts ou mal choisis. Mais quand vous regardez au-delà du monde de Twitter et que vous voyez la politique de son administration dans son ensemble, c’est du solide.
Pour moi, cela ne fait aucun doute que c’est bien le cas depuis six mois, les messages que j’ai reçus – comme mes collègues dans la région – sont exactement les mêmes. Les positions de Washington n’ont pas vacillé et ne vacillent pas.
Bien sûr, nous nous sentons en sécurité parce que se préparer parce que nous avons un voisin imprévisible ne veut pas dire avoir peur. Nous ne nous demandons pas tous les jours : “Et s’il se passait quelque chose ?”
Nous faisons confiance à l’OTAN, à nos alliés. Et nous avons conclu une alliance qui repose sur nos valeurs démocratiques, sur l’architecture de la sécurité internationale. Nous respectons les accords et contrats internationaux que nous avons signés. Reste qu’actuellement, il y a un pays – notre voisin – qui malheureusement, ne respecte pas les accords internationaux qu’il a signés.”

James Franey :
“La Russie dispose de quelque 300.000 hommes stationnés sur son flanc ouest d’après l’OTAN. Quelles sont les intentions de Vladimir Poutine selon vous ?”

Kersti Kaljulaid :
“Ce que M. Poutine a cherché à faire avant la guerre en Géorgie, c‘était en fait de renégocier, de réarranger précisément ce dont nous parlions, à savoir l’architecture de la sécurité internationale établie par les Accords d’Helsinki qui stipulent que chaque pays a le droit de décider avec qui il fait du commerce et avec qui il s’associe et cela ne convient pas à M. Poutine. Son intention, c’est de changer cela.
Je crois qu’en Géorgie, les pays occidentaux ont fait une erreur parce qu’ils n’ont pas vu qu’ils ne transmettaient pas le bon message.
Il y a eu une tentative de renégociation avant cela quand M. Medvedev était président, mais les Russes ne sont pas allés jusqu’au bout. Ensuite, en Géorgie, la Russie s’est rendue compte que quand elle agit, la réaction est relativement limitée. Et donc les effets de tout cela se sont propagés à la Crimée. Et je suppose – et même je suis tout-à-fait certaine – que tout le monde a alors, compris ce qu’il y avait derrière : c‘était une menace pour l’architecture de notre sécurité internationale. Le droit de chaque pays de décider de son sort doit être défendu.”

Vladimir Poutine "exploite la moindre fissure pour montrer que l'Europe est désunie"

James Franey :
“Le credo de l’Union européenne, c’est que ‘nous sommes tous unis’. Il s’est effectivement appliqué quand il a été décidé de prolonger les sanctions contre la Russie en raison de la situation en Ukraine.
Mais beaucoup de dossiers divisent les Etats membres : par exemple, le projet de gazoduc Nord Stream 2. Treize pays ont exprimé leur désaccord il y a quelques jours à Bruxelles alors que l’Allemagne et la France semblent le soutenir totalement. Quel est votre avis ?”

Kersti Kaljulaid :
“Le gaz perd de son importance de toutes manières. Et vous ne pouvez plus prendre qui que ce soit en otage grâce à des pipelines. Evidemment, cela veut dire que vous ne pouvez garantir à personne de gros bénéfices grâce à l’utilisation des pipelines. Ce qui nous amène à la question de l’Ukraine.
Que le Nord Stream 2 se fasse ou non, il faut comprendre que l’approvisionnement en gaz va se diversifier grâce à d’autres options dans l’ensemble de l’Europe de toutes façons. Les technologies sont en train d‘évoluer tellement rapidement.”

James Franey :
“D’après vous, Vladimir Poutine se sert-il du gaz et de l‘énergie pour diviser l’Europe ?”

Kersti Kaljulaid :
“Il est clair qu’il essaie d’exploiter la moindre fissure pour montrer que l’Europe est désunie.”

"Le Royaume-Uni restera notre partenaire et allié"

James Franey :
“La Première ministre britannique Theresa May a fait des propositions pour garantir les droits des citoyens européens au Royaume-Uni. Je crois qu’environ 10.000 Estoniens vivent sur place. Ses propositions sont-elles suffisantes selon vous ?”

Kersti Kaljulaid :
“Nous espérons et nous sommes sûrs que nous pouvons faire confiance au Royaume-Uni pour protéger leurs droits.”

James Franey :
“Comment le faire ?”“

Kersti Kaljulaid :
“Le Royaume-Uni est un pays démocratique, un pays libre qui partage nos valeurs, qui restera en Europe, qui restera notre partenaire et allié même après que le Brexit aura été fait. Nous ne permettrons pas la moindre discussion qui viserait à rompre ces liens et personne n’a cet objectif en Europe, je peux vous l’assurer.”

James Franey :
“Vous avez dit : ‘Après que le Brexit aura été fait’. Mais à Bruxelles, certains estiment que le Brexit pourrait ne pas se faire.”

Kersti Kaljulaid :
“J’aimerais vraiment que ce soit le cas. Mais je ne vois pas comment il pourrait ne pas se faire. Bien sûr, je ne suis pas ravie de voir le Royaume-Uni quitter l’Union européenne. Je suis davantage attristée pour le peuple britannique parce que comme je l’ai déjà dit, je ne crois pas que l’opération, même d’un point de vue économique, sera payante.”

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