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La Turquie, un pays transformé un an après le putsch avorté


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La Turquie, un pays transformé un an après le putsch avorté

Le 15 juillet 2016, un coup d’Etat est organisé par une partie de l’armée en Turquie, dont l’objectif était de renverser le président Recep Tayyip Erdogan. Les autorités turques pointent du doigt les partisans de Fethullah Gülen, les accusant d’être derrière cette tentative de coup d’Etat. Ankara demande l’extradition de l’opposant exilé aux Etats-Unis. Si cette tentative de putsch a échoué, ses répercussions, comme la très radicale réponse du gouvernement turc, se font sentir aujourd’hui dans l’ensemble du pays. Le coup d’Etat avorté a ouvert la voie à une reprise en main de toute la société turque. Les sphères sociale, économique et politique ont ainsi profondément été impactées par les mesures prises par le pouvoir en réponse à cette tentative de putsch.

Qu’est-ce qui a changé en Turquie un an après ?

I – Réforme constitutionnelle

Le coup d’Etat raté a joué un rôle dans la campagne en faveur du référendum destiné à renforcer les pouvoirs du président turc. Recep Tayyip Erdogan est sorti renforcé de cette “péripétie” et a pu profiter de l’élan en sa faveur. Le 16 avril 2017, la réforme constitutionnelle est approuvée par référendum avec 51% des suffrages. Erdogan obtient les pleins pouvoirs en cumulant, à partir de 2019, les fonctions de chef de l’Etat, chef des armées, chef du gouvernement, chef de son parti, l’AKP. Depuis Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la Turquie moderne, jamais un dirigeant turc n’aura eu autant de pouvoirs.

II – Etat d’urgence

Au lendemain du coup d’Etat, la Turquie a décrété l‘état d’urgence, qui reste toujours en vigueur aujourd’hui. Grâce à cette disposition, le président Erdogan peut contourner le parlement et suspendre les droits et les libertés.

III – Purges sans précédent dans la fonction publique

Dans les semaines qui suivent le putsch raté, la fonction publique est frappée par une véritable purge. Des centaines de milliers de professeurs, de juges et de policiers sont ainsi limogés. De très nombreux fonctionnaires seront également arrêtés et emprisonnés. Selon les derniers chiffres des autorités turques, 103 824 fonctionnaires ont ainsi été licenciés et 33 483 autres ont été suspendus depuis le 15 juillet 2016. Et, toujours selon le gouvernement, 50 546 « suspects » ont été mis en prison. La justice a traité les cas de 168 206 personnes liées à la tentative de coup d’Etat et des mandats d’arrêt ont été délivrés pour 8 000 autres. Près de 3 000 juges et procureurs ont été licenciés. Presque tous sont en prison.

IV – Médias

Les autorités turques ont fermé 156 organes de presse en raison de leurs liens supposés au « terrorisme ». La Direction de la presse turque a indiqué que l’accréditation de 750 journalistes a été révoquée. Et plus de 100 journalistes ont été emprisonnés suite à la répression post-coup d’Etat, portant le nombre de journalistes détenus à 165 selon la Fédération Européenne des Journalistes.
Parmi ces journalistes emprisonnés, se trouvaient le français Mathias Depardon et le journaliste italien Gabriele del Grande. Ces derniers ont été libérés en juin. Le gouvernement turc a également bloqué l’accès à Wikipedia en avril dernier, en pointant des « menaces pour la sécurité nationale ».

V – Une armée sous la tutelle directe de l’Etat

La Turquie a fermé ses académies militaires et a placé les forces armées sous le commandement direct du ministre de la Défense, dans un un mouvement de vaste refonte de l’armée du pays. 7 655 officiers, dont 150 généraux et amiraux, ont été renvoyés de leur poste depuis le coup d’Etat, selon des données du ministère de la Défense.

VI – Le Conseil de l’Europe place la Turquie “en observation”

En avril dernier, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a voté en faveur d’une procédure de suivi à l’encontre de la Turquie. La résolution votée est motivée par la régression démocratique de la Turquie depuis le coup d’Etat manqué du 15 juillet 2016 et par la concentration des pouvoirs suite au référendum du 16 avril 2017. La Turquie fera donc l’objet de contrôle plus étroit en matière de droits de l’homme. Le pays en devenant membre du Conseil de l’Europe en 1950 s‘était pourtant engagé à défendre et à faire respecter les droits de l’homme sur son territoire. La Turquie a été déjà soumise à un telle procédure de suivi entre 1996 et 2004.

VII – Le Parlement européen demande l’arrêt des négociation d’adhésion

Le Parlement européen, en novembre 2016, a voté une résolution, par 471 voix pour, 37 contre et 107 abstentions, pour stopper les négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE en raison de la répression “disproportionnée” en cours dans le pays depuis le coup d’Etat avorté. Mais le texte voté par le Parlement européen reste symbolique. A nouveau, le Parlement s’est prononcé le 6 juillet dernier pour demander l’arrêt du processus d’adhésion, en pointant la réforme constitutionnelle qui doit entrer en vigueur en 2019 en Turquie. Et comme en novembre, les autorités turques ont réagi en s’opposant à toute demande de suspension des négociations d’adhésion à l’UE.

VIII – Près de 1 000 entreprises saisies

965 entreprises ont été saisies suite aux mesures de répression et placées sous administration publique. Les actifs de ces entreprises, représentant près de 10 milliards d’euros selon le vice-Premier ministre Nurettin Canikli, ont été placés dans le Fonds d’assurance et de garantie des dépôts. Les propriétaires des compagnies saisies ont été mis en en prison ou ils ont fui à l‘étranger.

IX – ONG, écoles et syndicats

Dans une Turquie sous état d’urgence, plus de 1 400 organisations non gouvernementales ont dû mettre la clé sous la porte. La directrice d’Amnesty International en Turquie, Idil Eser, est détenue depuis le 5 juillet dernier. Elle a été arrêtée avec sept autres militants, ainsi que les deux personnes animant un atelier consacré à la sécurité informatique auquel les membres d’Amnesty participaient. De plus, 934 écoles, 109 pensionnats, 15 universités, 35 hôpitaux et 19 syndicats ont également été fermés par un décret pris par le président Erdogan /20160723-8-1.pdf .

X – La Turquie “dégradée” par les agences de notation

L’agence de notation Fitch, en janvier dernier, a dégradé la note de la Turquie en de “BBB-” à “BB+”, en catégorie spéculative (junk), en raison de l’évolution politique du pays. D’autres agences ont également abaissé leurs perspectives pour la Turquie. Pour Standard & Poors, la note de la Turquie est ainsi passée de «stable» à «négative».