DERNIERE MINUTE

Le hashtag vu par son créateur : Chris Messina

Il est celui par qui le hashtag est advenu : rencontre avec Chris Messina

Vous lisez:

Le hashtag vu par son créateur : Chris Messina

Taille du texte Aa Aa

Ce week-end, lors d’un festival, Chris Messina, designer produit de son état, n’a pu retenir un sourire alors que l’un de ses interlocuteurs lui a dit “hashtag peu importe” au cours de leur conversation.
Pour comprendre les raisons de son amusement, il faut revenir dix ans en arrière. Il travaillait alors pour Google, au coeur de la Silicone Valley en Californie, et une nouvelle plateforme appelée Twitter vient alors de rejeter sa suggestion d’utiliser le symbole dièse pour regrouper des messages.

C‘était le truc le plus simple, le plus stupide, qui puisse fonctionner“ nous raconte aujourd’hui Chris Messina, ce qui, avec le recul, pourrait selon lui expliquer pourquoi Twitter a d’abord refusé son idée.

Remettons-nous dans le contexte : en 2007, le premier iPhone vient tout juste d‘être mis sur le marché et la plupart des gens utilisent encore des téléphones portables avec des claviers à touches. Twitter est alors peu connu et, dans les souvenirs de Chris, pour les médias ceux qui l’utilisent ne sont, qu’une “bande de mecs qui se regardent le nombril“.

Lorsqu’il lance son idée du hashtag il y a dix ans, Chris Messina la propose d’abord aux autres utilisateurs du réseau social.

Par la suite, il fait une présentation plus officielle à Twitter, dans leurs locaux, mais elle est rejetée. “C‘était indéniablement une proposition élégante mais je devais vraiment me remettre au boulot“ a raconté Biz Tone, cofondateur de Twitter, dans un récent post de blog. “Je suis retourné à mon écran d’ordinateur pour aider à relancer Twitter qui avait planté, abrégeant la conversation avec un sarcastique ‘oui, oui, bien sûr, on va faire ça.’

Jusque là, le symbole dièse était utilisé sur les téléphones mobiles pour le répondeur. L’idée d’y recourir comme outil pour regrouper les messages a été qualifié par les très occupés fondateurs de Twitter comme “un truc de nerds“ que le commun des mortels ne comprendrait jamais, selon Nick Bilton, auteur de “Hatching Twitter: a true story of money, power, friendship, and betrayal” (L‘éclosion de Twitter : une histoire vraie d’argent, de pouvoir, d’amitié et de trahison – NDLR, livre non traduit en français).

Comment Chris Messina a-t-il finalement convaincu Twitter d’utiliser le hashtag ?

Je pense que c’est en prenant sur moi le fait d’en parler à tous les gens qui utilisaient et qui développaient des apps pour Twitter et d’effectivement les convaincre qu’il y avait vraiment un truc avec cette idée“ explique-t-il avant d’ajouter “J’ai été assez persévérant“. En effet, il a continué à utiliser des hashtags, qui, à l‘époque n‘étaient pas encore cliquables.

La plateforme a finalement été “forcée“ d’incorporer le hashtag quand elle a acquis et intégré des apps qui utilisaient déjà le concept. Chris dit ne pas en tenir rigueur aux fondateurs : “d’une certaine manière le hashtag est arrivé sur Twitter comme un cheval de Troie“. Il faut encore attendre juillet 2011 pour que le réseau social recommande officiellement l’utilisation du signe dièse sur la plateforme pour regrouper des messages. C’est aussi depuis lors qu’un hyperlien est ajouté au hashtag, rendant son utilisation beaucoup plus simple.

Pourquoi avoir choisi ce signe ?

Chris Messina explique que la raison est très simple : lorsqu’il a lancé son idée, les gens utilisaient encore presque tous des téléphones mobiles avec des claviers numériques à touches, ce qui lui laissait l’option de choisir soit l’astérique soit le dièse. En outre, ce symbole était déjà utilisé dans les forums. Chris Messina n’aurait donc pas à convaincre ceux qui l’utilisaient déjà. De plus, ce signe ne remplissait aucune autre fonction dans les industries des nouvelles technologies à l‘époque. L’arobase (@) commençait à être utilisée avec les noms d’utilisateurs, donc le signe dièse paraissait un complément assez naturel.

Quel est son hashtag préféré ?

L’homme par qui le hashtag est advenu en a deux préférés : #BlackLivesMatter et #FromWhereIStand. #BlackLivesMatter est un message de protestation et une affirmation en soi. C’est le parfait exemple de ce que devrait invoquer un hashtag puisque #BlackLivesMatter “génère une réaction pour ou contre“ explique Chris Messina.
Quant à #FromWhereIStand, Chris Messina le trouve très puissant car les gens l’utilisent pour partager ce qu’il sont en train de faire à un moment précis dans leur vie et le hashtag permet d’amplifier la force de la photo, lui confèrant plus d’importance.

Quel est le futur du hashtag ?

Dix ans après sa proposition initiale dans les bureaux de Twitter, Chris Messina espère que les hashtags pourront être utilisés comme des “armes contre la désinformation et l’ignorance” dans la guerre contre “les fake news”, un terme qu’il définit comme des informations “qui se répandent facilement mais n’ont aucune source dans la réalité”.

Chris Messina travaille actuellement à un projet secret qu’il révélera sous peu. Il a aussi développé un Facebook Bot personnel à découvrir sur Messenger.