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Le film de la semaine : Les Proies


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Le film de la semaine : Les Proies

Les Proies de Sofia Coppola (1h33)

Après quatre ans d’absence des écrans (depuis The Bling Ring), la « wonder girl » du cinéma indépendant américain revient sur les écrans avec une pléiade de stars pour une nouvelle adaptation des Proies, histoire vénéneuse et cruelle où la mort rôde en permanence.

Les cinéphiles se souviennent évidemment de la première adaptation des Proies de Don Siegel en 1971, tirée du roman de Thomas Culinan. Clint Eastwood, soldat nordiste blessé au front, erre au fin fond d’une forêt du Sud profond d’une Amérique écartelée par la guerre de Sécession. Après avoir été recueilli et soigné par les pensionnaires d’un internat de jeunes filles, il deviendra l’objet de toutes les rivalités et convoitises. Le canevas est scrupuleusement conservé ici par Sofia Coppola, et c’est Colin Farrell qui a la lourde tâche de remplacer le grand et ombrageux Clint dans le rôle du caporal McBurney en perdition. Sans être renversant dans ce rôle, il s’en tire avec les honneurs, et creuse le sillon de son personnage de « bad boy » séducteur à la belle gueule cassée. Farrell est le seul homme du film (on ne verra que fugacement quelques silhouettes masculines de soldats dans tout le reste du film), et c’est les femmes qui tiennent ici la culotte et les rennes du film. Avec un casting à couper le souffle, réunissant plusieurs générations d’artistes, de la doyenne Nicole Kidman à la juvénile Oona Laurence en passant par la génération montante (Elle Fanning) ou confirmée (Kirsten Dunst), la Coppola réunit la crème du cinéma féminin hollywoodien sous le même toit. Et c’est la première réussite du film.

L’autre réussite du film est l’ambiance nimbée et parfois gothique qu’arrive à distiller Sofia Coppola. Plus que la mise en scène, plutôt plate (on se demande bien ce qui a piqué les membres du jury du dernier Festival de Cannes pour avoir décerné à la réalisatrice le Prix de la mise en scène), préférant le montage alterné un peu fainéant au plan-séquence ambitieux, c’est la photographie et l’esthétique particulièrement réussies qui emmènent le spectateur hors du temps, dans cette institution oubliée de tous à cause de la guerre qui fait rage mais dont on entend que le canon lointain. On s’installe immédiatement dans un espace ouaté et brumeux qui nous emmène entre limbes et purgatoire.

Le titre du film en français Les Proies va petit à petit perdre de son sens (en fait, le titre original The Beguiled, littéralement “Les séduisantes” aurait été beaucoup plus judicieux) pour rapidement devenir caduque : ce soldat qui, au début, voit ses femmes comme des cibles potentielles, va s’apercevoir à son insu que de chasseur il deviendra chassé. Il est rare de voir dans un film un homme se transformer en victime expiatoire du désir sexuel et de la vengeance des femmes. Le registre des sentiments féminins est passé au crible par un scénario à rebondissement : tendresse, naïveté, séduction, jalousie, possession, vengeance, cruauté, manipulation, sadisme… La présence masculine et virile du soldat va toutes les affecter et n’en laissera aucune indifférente. De la jeune novice innocente à la maitresse femme déterminée, sans oublier la nymphomane, la romantique ou la bigote, tous ces personnages vont former une ronde infernale autour du pauvre soldat qui va perdre petit à petit toute illusion de sortir des rets de ces femmes araignées qui tissent leur toile au fil du film. La proie n’était vraiment pas celle que l’on croyait…


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