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A Barcelone, les attentats ébranlent le débat sur le tourisme

Avant les attentats, un débat faisait rage à Barcelone autour du tourisme de masse dans la ville. Depuis, c'est la trêve mais les riverains restent inquiets et mobilisés.

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A Barcelone, les attentats ébranlent le débat sur le tourisme

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Ce qui s’est passé est dramatique. C’est pour ça que je veux être très clair : nous ne sommes ni contre le secteur du tourisme ni contre les touristes mais contre le tourisme de masse.“ C’est ainsi que Pere Mariné entame la conversation, en précisant son point de vue au regard des attaques récentes à Barcelone et Cambrils qui ont fait 15 victimes le 17 août dernier. Cet ingénieur en informatique de 59 ans est membre de l’association Al Poblenou Ens Plantem, l’une des associations de riverains les plus actives contre le boum touristique dans la capitale catalane. Aujourd’hui, il reconnaît “être en état de choc à cause des attaques terroristes, comme tout le reste de la ville.

Les attentats semblent avoir porter un coup de frein à l’intense débat autour du mode de tourisme pour la ville. Une trêve après des mois d’intenses manifestations pour forcer les autorités à plus de régulation du secteur, pour interdire les nouvelles licences de location d’appartements et encourager un plus grand contrôle du nombre d’hôtels autorisés. Au moins 75 millions d‘étrangers ont voyagé en Espagne l’année dernière, dont 9 millions se sont rendus dans la capitale catalane. Presque tous ceux qui visitent Barcelone passent, à un moment ou à un autre, par les Ramblas où a eu lieu l’attentat. Selon une association locale, environ 213 000 personnes descendent cette rue chaque jour et 80% de ces personnes sont des touristes. Le conseil municipal estime que le tourisme est la principale problématique de Barcelone désormais mais les événements des deux dernières semaines ont affecté la manière d’aborder la question.

Avant les attentats, nous avions réussi à faire s’ouvrir le débat sur le modèle touristique de la ville, un débat que le lobby de l’industrie du tourisme avait tenté d‘étouffer en nous accusant d‘être “touristico-phobiques“ explique Ernest Cañada, l’un des porte-paroles de l’association Alba Sud pour un tourisme durable. Selon lui, certains ont tenté d’instrumentaliser les attaques terroristes afin d‘étouffer les voix appelant à plus de régulation de l’industrie touristique. Pere Mariné est d’accord avec son analyse : “la phobie du touriste n’existe pas ; c’est ridicule d’utiliser ce concept. Le secteur du tourisme essaie juste de contrer nos arguments en utilisant des actes isolés d’un groupe minoritaire particulier comme prétexte.

Pere Mariné fait référence à des incidents dus à un mouvement de jeunesse indépendantiste catalan appelé Arran, auteur notamment d’une attaque contre un bus de touristes en juillet dernier. Pourtant, cette organisation – qui a refusé tout commentaire dans le cadre cet article – a aussi condamné les attentats. Dans une déclaration postée sur son site web, elle exprime “sa solidarité envers les victimes de ces attaques brutales, condamnables et repréhensibles.

Une semaine après les attentats, la priorité des associations de riverains de Barcelone est avant tout de “faire battre de nouveau le pouls de la ville et montrer que nous n’avons pas peur“ avoue Jordi Camina, membre de Som Paral-lel- Pour lui, “il est clair que personne ne pouvait souhaiter ce qui s’est passé, mais nous devons protéger notre liberté et empêcher le lobby du tourisme de profiter de l’atmosphère d’unité qui est née des attaques afin de pousser de nouveau en faveur d’une croissance du tourisme.

Par Estela Celada et Gorka Castillo