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Le film de la semaine : Petit Paysan

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Le film de la semaine : Petit Paysan

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Petit Paysan de Hubert Charuel (1h30)

Remarqué cette année à la Semaine de la Critique à Cannes, Petit Paysan est un premier film qui flirte avec le thriller fermier tout en dressant le portrait implacable d’un éleveur, écartelé entre l’amour du terroir et de ses vaches, et la tension constante d’un métier solitaire et éreintant où l’on peut tout perdre du jour au lendemain.

Le cinéma de fiction ne s’aventure que très rarement dans nos campagnes, ou alors sous la forme de documentaires (De Farrebique de George Rouquier aux Profils paysans de Raymond Depardon, les réussites sont nombreuses), et pourtant c’est un monde d’une dureté et d’une beauté implacables où peuvent se nouer drame et tragédie. Nous sommes dans l’Est de la France, quelque part entre la Champagne et la Lorraine. Des champs à perte de vue, et des exploitations qui parsèment l’horizon. On rentre dans l’histoire avec le réveil de Pierre, qui sort d’un mauvais rêve, et qui, dès potron-minet, doit aller s’occuper des quelques dizaines de vaches dont il s’occupe seul. Toute sa vie tourne autour de son élevage, il mène ses vaches au champ, les ramènent, les traie, les soigne. Bref, son troupeau est sa seule raison d’être, et son unique préoccupation. Pas de vie sociale, ou quelques amis d’enfance eux aussi éleveurs, sa sœur vétérinaire qui suit ses vaches, et ses parents dont il a repris l’exploitation d’à côté. Mais lorsque les premiers cas d’une épidémie se déclare, sa vie va basculer. Il est prêt à tout pour sauver son troupeau.

Ce qui frappe d’abord, c’est la vérité des gestes, le rythme d’un travail quotidien qui n’a rien de romantique même si on est dans une belle campagne. Hubert Charuel n’a pas construit un monde rural de pacotille, il connaît son affaire car, lui-même fils de paysan, il a grandi dans une ferme avant de prendre son destin en main, intégrer la FEMIS et devenir réalisateur. Ce premier film a donc cette marque d’authenticité essentiel pour que le spectateur adhère d’emblée à l’histoire. Le réalisateur rentre ensuite très vite dans le vif du sujet et ne s’appesantit pas dans la description de la vie à la ferme. Ce qui l’intéresse, c’est le portrait d’un homme, un petit paysan, qui va devoir faire face à une épidémie galopante qui risque de faire s’écrouler son monde. On ressent d’emblée la solitude de Pierre, qui va vivre le risque de contamination comme une épée de Damoclès jusqu’au jour fatal où l’une de ses vaches est touchée. Dès lors, une course contre la montre s’engage.

Même si la mise en scène est plutôt plate, Charuel choisit judicieusement de rester près de son personnage, et nous faire sentir ses doutes et ses peurs sans une profusion de dialogues. Le personnage de Pierre est interprété par Swann Arlaud, qui avait été nommé en 2015 au César du Meilleur espoir masculin pour son rôle dans Les Anarchistes aux côtés de Tahar Rahim et Adèle Exarchopoulos. Il arrive à donner une dimension intérieure très forte à son personnage, qui monte en pression jusqu’à devenir une cocotte-minute ne demandant qu’à exploser. Les personnages secondaires ne sont par contre que très peu fouillés (Bouli Lanners est à la limite de la caricature en fermier belge suicidaire ruiné par l’épidémie), Hubert Charuel préférant rester sur son personnage principal de bout en bout, qui ne reculera devant rien pour sauver ses vaches. Petit Paysan est un titre parlant, certes, mais la traduction anglaise (le film a été vendu largement à l’étranger), Bloody Milk est autrement plus parlant. A ne pas manquer.

Frédéric Ponsard

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