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Le film de la semaine : Barbara


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Le film de la semaine : Barbara

Barbara de Mathieu Amalric (1h37)

Barbara n’est pas un biopic conventionnel, mais une évocation libre et impressionniste de l’immense chanteuse à travers l’actrice Jeanne Balibar, muse à peine dissimulée de Mathieu Amalric. Mêlant images d’archives et film dans le film, le résultat donne un objet de cinéma unique et envoûtant.

De Dalida à Claude François, en passant par Edith “La Môme” Piaf, les biopics ont fait florès dans le cinéma français récent. Généralement fidèles et linéaires, ils ne se sont pas aventurés loin des sentiers battus, préférant l’hagiographie, la romance ou le roman-photo pour raconter l’histoire d’une vie et d’une oeuvre. Mathieu Amalric, lui, fait montre d’une autre inventivité formelle et narrative, et relève le gant haut la main. Au lieu de nous raconter la vie de Barbara (qui pourrait donner d’ailleurs donner un film passionnant), il a préféré s’aventurer dans la poésie et la mise en abime, pour livrer au final un portrait kaléidoscopique en forme d’hommage ultime à celle qui reste peut-être la plus insaisissable auteur-compositeur française de tous les temps.

La grande trouvaille du film, c’est bien sûr de faire jouer Jeanne Balibar non pas le rôle de Barbara, mais dans le rôle de Brigitte, une actrice célèbre qui joue le rôle de Barbara dans un film de… Mathieu Amalric. Balibar joue donc à être Barbara, au su et au vu de nous, spectateurs, et c’était peut-être le but premier d’Amalric : nous montrer une comédienne au travail. Ici, le défi est énorme car Barbara est un personnage hors-normes, hors-cadre, à la fois fragile et solide, belle et moche (c’est Jacques Brel qui lui avait fait le compliment, en se comparant à elle), sérieuse et fantaisiste. Plusieurs fois dans la même séquence, la mise en scène d’Amalric et le jeu de Balibar arrivent à montrer cette dualité constante, et c’est l’une des plus belles réussites du film.

Le cinéaste (qui se met en scène aussi en réalisateur du biopic) nous livre dans Barbara une vision double, presque schizophrénique : celle d’un réalisateur fasciné par le personnage de la chanteuse, et celle d’une actrice qui endosse ses habits de lumière et ses zones d’ombres. Le chassé-croisé est permanent et, au fil du film, Amalric et Balibar réussissent à nous perdre entre phantasmes et réalité, images réelles de Barbara (plusieurs extraits d’un documentaire de Gérard Vergez de 1972 ainsi que plusieurs extraits de concerts sont inclus dans le film) et séquences entières du film en train de se faire. On se retrouve embarqué dans un tourbillon cinématographique où, petit à petit, on ne se pose plus la question de savoir si on a affaire à Barbara ou à Balibar. Mathieu Amalric fait ainsi coup double en rendant hommage aussi bien à la chanteuse qu’à l’actrice, qui fut d’ailleurs sa femme et est la mère de ses enfants. Le générique ne trompe pas d’ailleurs : à l’écran apparaît d’abord le nom de Balibar avant celui de Barbara. C’est peut-être la seule limite du film : l’actrice, malgré son talent, n’a pas la tessiture ni le charisme de la chanteuse, et lorsque celle-ci surgit au détour d’une image d’archives, sa puissance et son magnétisme éclatent, renvoyant le jeu de Balibar à un mimétisme, certes excellent, mais à qui il manque la part irrésolue du génie de Barbara. On lui en tient pas gré tant sa performance reste néanmoins puissante et incarnée.

Barbara a reçu le Prix Jean Vigo 2017 qui distingue chaque année un réalisateur français de long métrage et un réalisateur de court pour leur indépendance d’esprit et leur originalité de style.. Le film a aussi été récompensé à Cannes par le Prix de la poésie du cinéma remis par le jury Un Certain Regard 2017.

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