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Législatives autrichiennes: l'immigration au coeur des débats

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Législatives autrichiennes: l'immigration au coeur des débats

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Une vingtaine d’adultes suivent attentivement un cours de civilisation autrichienne dans une classe d’intégration à Vienne. Réfugiés, ils incarnent malgré eux le débat qui monopolise la campagne sur la place des immigrés en Autriche, à trois semaines des législatives.

Au programme du jour: comprendre le système scolaire autrichien. C’est l’un des nombreux chapitres de l’initiation aux “valeurs” nationales dispensée par le Fonds autrichien pour l’intégration, un cursus qui a pris son essor après la crise migratoire de 2015.

Entre élèves, on ne parle pas de politique et encore moins des élections législatives organisées le 15 octobre après dix années de grande coalition entre sociaux-démocrates et conservateurs.

Mais les immigrés en général, et les musulmans en particulier, sont omniprésents dans les discours de tous les candidats au scrutin, à commencer par le jeune favori conservateur Sebastian Kurz que le parti d’extrême droite FPÖ a accusé de “plagier” son programme.

L’Autriche, un pays de 8,7 millions d’habitants, est l’un de ceux en Europe à avoir accueilli le plus de migrants au regard de sa population (1,5%) en deux ans, alimentant les débats sur le coût des prestations et sur la capacité d’intégration des nouveaux venus.

“Il faut en parler ouvertement, ne pas taire les choses”, s’est récemment défendu le chancelier social-démocrate Christian Kern, en difficulté dans les sondages, au sujet d’un clip controversé de campagne où il apparaît.

Dans ce spot tourné dans un bistrot de village, une électrice confie: “Je ne suis pas raciste mais (…) c’est inacceptable de voir des femmes porter la burqa, j’ai peur dans mon propre pays”. “Tout le monde doit respecter nos règles”, lui répond le chancelier dont le gouvernement a fait voter une interdiction du voile intégral qui entrera en vigueur début octobre.

Selon une récente étude européenne, environ un tiers des Autrichiens ne souhaiteraient pas avoir un musulman pour voisin, un taux supérieur à celui de l’Allemagne, de la France, de la Suisse et de la Grande-Bretagne.

Sebastian Kurz a donné le ton en proposant de réduire les allocations dont bénéficient les étrangers et de fermer les jardins d’enfants musulmans qui forment, selon lui, des “sociétés parallèles”.

Concurrencé sur sa droite, le FPÖ, qui avait un temps tempéré ses slogans, a retrouvé des accents ouvertement xénophobes en proclamant que “l’islam n’a pas sa place en Autriche” et en réclamant la création d’un portefeuille “pour la Protection de la patrie et la Culture dominante”.

Selon ce parti, les cours d’intégration n’ont pas lieu d‘être, car les bénéficiaires de l’asile sont voués à retourner dans leur pays.

- Melting pot viennois –

“Lorsque les partis abordent la question de l’islam, c’est toujours dans un contexte négatif”, regrette le conseiller municipal de Vienne Omar al-Rawi, ancien responsable au sein de l’association musulmane IGGÖ.

“Le discours populiste domine et c’est dommage car l’Autriche a été un modèle pour l’intégration des musulmans”, remarque ce quinquagénaire d’origine irakienne.

Premier en Europe à reconnaître l’islam comme religion officielle en 1912, le pays a au fil des ans accueilli des générations de travailleurs turcs, yougoslaves, ou de réfugiés tchétchènes.

A Vienne, où un habitant sur deux est né à l‘étranger ou a un parent né à l‘étranger, le quartier “multikulti” du Brunnenmarkt, en périphérie du centre historique, incarne ce melting pot.

“Je comprend que les gens aient peur des musulmans” après les attentats qui se sont multipliés en Europe, observe Julian, 47 ans, Turc de Bulgarie arrivé en Autriche en 1995. “Mais l’islam normal n’a rien à voir avec ça”, assure ce vendeur de légumes.

Comme en Scandinavie, l’arrivée massive de demandeurs d’asile principalement syriens, afghans et irakiens a cependant bousculé les équilibres d’un pays aux prestations sociales parmi les plus généreuses d’Europe.

Parallèlement, la radicalisation de jeunes musulmans est devenue un sujet d’inquiétude avec pas moins de 300 jihadistes partis d’Autriche, un des principaux contingents européens de combattants rapporté à la taille du pays.

Mais pour le politologue Peter Filzmaier, l’erreur des politiques est de parler des musulmans en général et de “mettre tout le monde dans le même sac”. “Il n’y a pas une solution clé-en-main pour tous. Il faut regarder les besoins de chaque groupe”, notamment en fonction du pays d’origine, souligne-t-il.

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