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Les Rohingyas ont "besoin de tout"

Les 430 000 Rohingyas qui ont trouvé refuge au Bangladesh et qui sont entassés dans des bidonvilles près de la frontière manquent de tout. Le Haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés a appelé ce dimanche la communauté internationale à intensifier son aide.

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Les Rohingyas ont "besoin de tout"

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Ils sont 430 000 à avoir fui la Birmanie et ils ont besoin d’aide.

Les Rohingyas qui ont trouvé refuge au Bangladesh et qui sont entassés dans des bidonvilles près de la frontière manquent de tout.

Le Haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés s’est rendu dans l’un des camps ce dimanche. Il a appelé la communauté internationale à intensifier son aide matérielle et financière. “J’ai été frappé par l’ampleur incroyable de leurs besoins. Ils ont besoin de tout. Ils ont besoin de nourriture, d’eau potable, d’un abri, de soins de santé appropriés. Le plus urgent reste de leur trouver un logement correct“, a déclaré à la presse Filippo Grandi.

Aux conditions de vie sordides dans ces camps s’ajoute le traumatisme psychologique. “_Les histoires que nous entendons de la part des survivants sont horribles. Il y a des personnes qui ont été violées par plusieurs agresseurs”, explique Kate White, coordinatrice médicale d’urgence de Médecins sans frontières.

Des observateurs de l’ONU expliquent eux aussi avoir vu des dizaines de victimes de viols et de viols en réunion parmi les Rohingyas ayant fui les violences ces dernières semaines en Birmanie. Presque toutes ont déclaré que les auteurs étaient des soldats de l’armée birmane.

D’après les spécialistes, il s’agit très vraisemblablement du sommet de l’iceberg. En raison des stigmates attachés au viol chez cette minorité musulmane conservatrice et des difficultés pour survivre, il est probable qu’un grand nombre de victimes ne se font pas connaître.

Shamila (son nom a été changé) explique qu’elle saignait encore quand elle est arrivée au Bangladesh après trois jours de marche. “Les trois soldats m’ont tous violée“, dit la jeune femme de 25 ans, les larmes aux yeux, tenant fermement sa fillette de six ans par la main. “Quand ils sont partis, je suis sortie de la maison avec deux de mes enfants et j’ai suivi la foule de gens qui courraient“. Le mari de Shamila était absent au moment de l’attaque et elle ne l’a plus revu. Elle ne sait pas où sont ses trois autres enfants qui jouaient dehors. Quand les soldats en ont eu fini avec elle, ils avaient disparu.

Ce genre d’histoires abonde parmi les réfugiées depuis la dernière éruption de violences le 25 août. Une mission de l’ONU est en train d’enquêter sur les accusations d’abus des droits de l’homme commis en Birmanie, y compris les violences sexuelles.

La représentante spéciale de l’ONU sur les violences sexuelles durant les conflits Pramila Patten s’est dite récemment “gravement préoccupée“ par la situation. Ces violences sont “utilisées comme outil de terreur pour forcer les populations visées à fuir“.

Nourin Tasnupa, qui travaille dans une clinique gérée par l’Organisation internationale pour les migrations de l’ONU (OIM) au camp de réfugiés de Leda, dit que la plupart des victimes qu’elle a eu à soigner ont été frappées avant d‘être violées. Elle raconte avoir vu des femmes présentant des bleus et des traces de morsures sur les seins et les parties génitales. Elle se fonde sur l’expérience du dernier accès de violences en Etat Rakhine (ouest de la Birmanie) en octobre 2016 pour juger que nombre de femmes restent silencieuses. “Les gens ne veulent pas partager ces incidents même avec leurs proches“, dit-elle à l’AFP. Human Rights Watch avait alors estimé que les violences sexuelles “entraient dans le cadre d’une attaque coordonnée et systématique contre les Rohinghyas“.

Aujourd’hui, les victimes de viols semblent moins nombreuses, selon les experts de l’ONU qui soulignent cependant qu’en raison du chaos ambiant, l’ampleur véritable du fléau est impossible à déterminer. “En ce moment, c’est le combat pour la survie“, déclare Irine Loria, chargée des violences sexistes à l’OMI. Elle dit que cette fois-ci, les viols semblent être différents par nature, plus opportunistes.

Avant, le viol semblait être un outil. Les gens étaient mis nus en public, humiliés“, explique-t-elle. “Cette fois, on dirait que le but c’est de les chasser le plus vite possible“.

Le témoignage d’Ayesha, 20 ans, semble conforter cette version des faits. La jeune femme s’est rendue à la clinique de Leda une semaine après son arrivée au Bangladesh. Quand les soldats sont arrivés dans son village de la commune de Buthidaung, dans le nord de Rakhine, ses voisins ont pris la fuite, raconte Ayesha, dont le prénom a également été modifié. “Ils sont venus à 08h00 du matin et ont commencé à incendier les maisons. Les gens fuyaient, mais il fallait que je m’occupe de mon enfant“.

Cinq militaires sont entrés chez elle. L’un l’a violé sous le regard des autres. Son mari avait déjà fui à cause des rumeurs sur le fait que les soldats allaient s’emparer des hommes. Elle ne l’a pas revu mais elle a entendu qu’il avait réussi à gagner le Bangladesh. Elle espère qu’ils se retrouveront bientôt.

Avec agence (AFP)