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Espagne : quand des "vivas" saluent le départ des renforts de police vers la Catalogne

Le ministère espagnol de l'Intérieur a dénoncé ces manifestations.

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Espagne : quand des "vivas" saluent le départ des renforts de police vers la Catalogne

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¡A por ellos, Oé!“. Ces quelques mots étaient devenus en 2006, le signe de ralliement de toute une Espagne unie avec sa sélection nationale de football, à l’occasion de la Coupe du monde organisée en Allemagne. Ce “chant” que l’on peut traduire par “On va les battre, ohé”, a aussi pris un certain essor en raison du fait que l’hymne espagnol est dépourvu, officiellement, de paroles. Et depuis, cette rengaine est un devenu synonyme de victoire, comme l’est également “We Are The Champions” de Queen. Et à quelques jours de la tenue du référendum d’autodétermination en Catalogne, “¡A por ellos, Oé!” a pu être à nouveau entendu dans les rues en Espagne.

La situation est plus que tendue. Madrid a décidé d’envoyer sur le territoire catalan plus de 6 000 agents de la Guardia Civil et du Cuerpo Nacional de Policía de España (la police nationale dépendant du ministère de l’Intérieur et qui est présente sur tout le territoire espagnol à l’exception des communautés disposant de leur propre police, comme en Catalogne), pour renforcer son dispositif visant à interdire l’organisation du référendum du 1er octobre prochain.

Et c’est le départ de ces unités qui a été salué par des personnes qui se sont rassemblées dans de nombreuses villes espagnoles comme à Guadalajara, Tolède, Malaga, Huelva, Algéciras ou encore Cordoue et Cadix. Les messages postés sur les réseaux sociaux montent la même chose, un foule scandant le fameux “¡A por ellos, Oé!” ainsi que “Viva Policia” et agitant des drapeaux espagnols, comme pour “saluer le départ vers le front” et non pour donner du baume aux cœurs de footballeurs.






Des militants de partis d’extrême droite (VOX) ou de groupes identitaires ont pris part à ces manifestations et les ont relayées sur les réseaux sociaux.


Le ministère espagnol de l’Intérieur a dénoncé ces rassemblements en indiquant qu’aucune autorisation officielle n’avait été demandée et qu’ils seraient interdits à l’avenir. Cependant, certains de ces “hommages” ont été filmés et publiés directement par des membres des forces de sécurité.


Une situation compliquée pour la police régionale catalane

Depuis l’annonce faite par les autorités catalanes d’organiser un référendum sur l’indépendance de la province, la tension n’a cessé de monter entre Madrid et Barcelone. Illégal et inconstitutionnel pour le pouvoir central, le scrutin prévu ce dimanche est tout à fait légal pour le gouvernement de la communauté autonome, car fondé sur le droit des peuples à l’autodétermination.

La question de la tenue du référendum a placé la police régionale catalane dans une situation difficile. Si les Mossos d’Esquadra jouissent d’une grande autonomie par rapport au gouvernement central, en ayant de très nombreuses prérogatives, ils doivent tout de même respecter le serment prêté à la constitution espagnole. Ce qui est concrètement délicat pour les plus 15 000 agents de la police régionale de Catalogne.

Le gouvernement central espagnol reproche le peu d’entrain dont a fait preuve la police catalane lors de la perquisition des locaux du ministère de l’économie catalan et l’arrestation d’une dizaine de responsables du gouvernement local par la Guardia civil, des unités de police, qui ont le statut de militaire et qui sont déployées sur l’ensemble du territoire.

En temps normal, les agents de la Guardia Civil sont moins présents en Catalogne et leur mission consistent surtout à protéger les bâtiments publics espagnols sur le territoire de la province. Mais face à cette situation qu’elles estiment insupportable, les autorités espagnoles ont tenté de prendre le contrôle des Mossos, en décidant de les placer sous la houlette d’un colonel de la Guardia Civil. Une décision qui a été tout de suite dénoncée par le pouvoir catalan en la personne du conseiller à l’intérieur, Joaquim Forn.

Et concernant les renforts policiers envoyés en Catalogne, ils prendront le chemin des ports de Barcelone et de Tarragone. En effet, le ministère espagnol de l’intérieur a affrété trois ferries où ils seront logés.


Dans un communiqué, les dockers des deux ports ont annoncé qu’ils n’effectueront aucune intervention sur ces trois bateaux.