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Une carte de retrait pour les réfugiés syriens de Turquie

Grâce au soutien de l'UE, les réfugiés syriens de Turquie les plus fragiles reçoivent une carte de retrait pour parer au plus urgent.

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Une carte de retrait pour les réfugiés syriens de Turquie

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La Turquie accueille la plus importante population de réfugiés au monde : près de trois millions et demi de personnes. Dans quelles conditions vivent-elles et que fait l’Union européenne pour les soutenir ? C’est ce que nous découvrons dans ce nouvel épisode d’Aid Zone.

Pour mieux appréhender la crise syrienne, rappelons quelques chiffres : on estime que 465.000 Syriens sont morts ou portés disparus depuis le début de la guerre civile en Syrie il y a six ans et que près du quart sont des civils d’après des chiffres de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (mars 2017).

Il y a cinq millions et demi de réfugiés syriens dans le monde et ils sont 3,1 millions à être enregistrés en Turquie, le pays du monde qui accueille le plus de réfugiés d’après le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR).

Pour voir les conditions dans lesquelles ils vivent, nous nous rendons dans le sud-est de la Turquie : la cité ancienne et touristique de Şanlıurfa est devenue l’une des principales zones d’accueil des réfugiés dans le pays. La frontière n’est qu‘à une cinquantaine de kilomètres. Aujourd’hui, sur deux millions d’habitants, près du quart sont des personnes enregistrées comme réfugiés syriens.

Couvrir les besoins fondamentaux

C’est le cas de Fadi Yusuf Allavi. Cet homme originaire de Raqqa vit en Turquie depuis deux ans. “Avant la guerre en Syrie, la vie était normale là-bas, je travaillais comme chauffeur de taxi, je vivais avec ma famille, raconte-t-il. Mais quand la guerre a commencé, ajoute-t-il, on a vu les bombardements, les frappes aériennes, des choses insupportables ; alors, on a décidé de venir ici.”

Fadi est l’un des bénéficiaires d’un Plan d’aide sociale d’urgence : les réfugiés les plus vulnérables de Turquie reçoivent une carte pour retirer de l’argent et ainsi, couvrir leurs besoins fondamentaux. Ce programme lancé l’an dernier concerne déjà près d’un million de personnes. C’est le plus vaste projet d’aide humanitaire jamais financé par l’Union européenne.

“L’argent que je reçois chaque mois, c’est 840 livres turques (ndlr : l‘équivalent de 200 euros) parce que j’ai cinq enfants : ça fait 120 livres par personne, précise Fadi Yusuf Allavi. Avec ça, je paie le loyer, j’achète du thé, du sucre, de l’huile, de la viande, du pain, tout ce qu’il nous faut,” dit-il.

À la différence d’autres dispositifs, les réfugiés peuvent dépenser l’argent comme bon leur semble : “Cette fois, j’ai pris 100 livres (ndlr : environ 25 euros), je préfère retirer cet argent au fur et à mesure comme ça je sais exactement combien je dépense, ça suffira pour la semaine,” indique le père de famille.

Statut de protection temporaire

En Turquie, les ressortissants syriens ne sont pas officiellement reconnus comme réfugiés. Ils disposent d’un statut de protection temporaire avec des droits limités dont un accès réglementé au marché du travail. La plupart d’entre eux ne vivent pas des aides sociales, c’est le cas des plus fragiles uniquement.

“90% des réfugiés de Turquie ne résident pas dans des camps, mais dans les villes, souvent dans des quartiers en périphérie, explique notre reporter Monica Pinna. Le fait d’avoir une adresse – quelle que soit la vétusté de leur habitation – peut leur permettre d’accéder à d’autres formes d’aide humanitaire,” poursuit-elle.

Suriyye Juneid, 40 ans, est mère de sept enfants. Elle vit dans un magasin désaffecté qui a été reconnu comme son lieu de résidence légal. La carte de retrait dont elle bénéficie lui permet de payer son loyer, quelques dépenses et de quoi manger. “Avant je travaillais dans les champs de coton avec mon frère, je devais laisser mes enfants dans la tente, explique-t-elle. J’ai eu la carte il y a sept mois et depuis, je ne travaille plus, je peux m’occuper d’eux,” se félicite-t-elle.

Contrôle régulier

Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies et ses partenaires soutiennent 120.000 personnes dans la région de Şanlıurfa. Un contrôle régulier est mené pour savoir si les familles restent éligibles à la carte et voir comment elles dépensent l’argent.

“Recueillir ces informations, c’est important parce qu’on peut ainsi corriger des erreurs, mais aussi collecter des données pour pouvoir ajuster ce programme au niveau structurel,” fait remarquer Martin Penner du Programme alimentaire mondial.

Il est prévu que ce Plan d’aide touche 1,3 millions de réfugiés d’ici la fin de l’année. Financé par le service de la Commission européenne à l’aide humanitaire, il est mis en place par le Programme alimentaire mondial en partenariat avec le Croissant-Rouge et le gouvernement turcs.

“Ce projet allie les principes de l’aide humanitaire internationale et l’efficacité des structures publiques existantes, souligne Mathias Eick du service européen à l’aide humanitaire. Donc ça nous a permis de lancer un projet très efficace, très rapidement et à une très grande échelle,” assure-t-il.

“Cette carte peut nous servir à fournir d’autres types d’aide aux bénéficiaires comme de l’argent pour les enfants qui vont à l‘école ou d’autres sommes pour des événements particuliers, renchérit-il. Donc ça fait vraiment évoluer le cadre de l’aide humanitaire traditionnelle,” commente-t-il.

Aujourd’hui, plus de 30% des réfugiés syriens qui vivent en Turquie reçoivent de l’aide de manière régulière.

Aid Zone 5 TURKEY

Monica Pinna avec Stéphanie Lafourcatère